" 8 mars, ce n’est pas pour festoyer dans les bars…" Aïda Tamboura

Penchée sur les dossiers dans son bureau ce 8 mars 2017, où l’on célèbre la journée internationale de la femme, Aida Tamboura est révoltée contre la manière dont cette journée est célébrée. Préoccupée à la reconversion des femmes dans les mines, elle appelle « ses sœurs » à une prise de conscience.

 

Que représente-t-elle, la journée du 8 mars pour vous ?

Pour moi c’est une journée pour magnifier la femme mais pas dans le sens qui est lui donnée depuis un certain temps. Ce sont des femmes qui se sont battues pour que cette journée leur soit dédiée en reconnaissance de tous leurs efforts pour la conquête de leur droit. On dit journée de la femme mais il s’agit de la journée des droits de la femme en réalité. Certaines femmes ont donné une autre connotation à la journée. 8 mars, ce n’est pas pour festoyer. 8 mars, ce n’est pas allé danms les bars…8 ars, ce n’est pas boire et souler la gueule. Qu’est-ce que la danse et toutes ces festivités autour nous apportent comme résultat pour un développement plus épanoui de la femme. La femme est brimée dans tous les secteurs d’activités, si nous ne prenons pas un temps pour réfléchir sur la condition réelle de la femme jamais il n’y aura pas un changement significatif. Il faut mettre de côté toutes ces histoires de djandjoba, défilés et autres, cela n’a aucun sens et se pencher sur la condition réelle de la femme .

On est fatigué de tous ces beaux discours, il faut passer à l’acte. Quand on parle d’objectif de développement durable(ODD) cela passe nécessairement par les femmes

Que proposez-vous pour un meilleur développement de la situation de la femme ?

 Nous devons plutôt décrire un programme d’action modeste avec des axes d’intervention bien définis tout en nous donnant les moyens nécessaires de les atteindre. On se met ensemble chacune avec ses compétences propres pour parvenir aux objectifs dès le départ et le 8 mars prochain on fait le bilan. Vous verrez qu’on aura un résultat probant au lieu de se regrouper et boire tout oubliant que l’alcool n’a jamais sauvé quelqu’un. Par exemple à Bagré où on doit doter les femmes d’intrants pour que ce pôle de croissance soit une véritable opportunité de développement des femmes. Mais ça traîne jusque là.

Les femmes ont besoin de formation. Il faut les former. On est fatigué de tous ces beaux discours, il faut passer à l’acte. Quand on parle d’objectif de développement durable(ODD) cela passe nécessairement par les femmes. Le pire dans tout cette histoire, c’est que cette journée est décrétée fériée ».

Pourquoi êtes-vous contre le fait que 8 mars soit férié ?

 Je suis contre le fait que la journée soit fériée parce que je trouve que pour un pays en développement comme le nôtre, nous avons trop de jours fériés. Dans la sous région, la plupart des pays célèbrent cette fête en allant au travail. Le monde entier accorde une importance au 8 mars mais ce n’est pas en restant à la maison ou en festoyant que la condition de la femme va évoluer. Nous pouvons magnifier la femme en posant des actes mais pas de la manière dont nos sœurs s’y prennent. Il faut que cette journée dite fériée soit supprimée. On peut magnifier la femme en ne rendant pas le 8 mars férié, chômé et payé. C’est trop de gâchis ».

"Je suis contre le fait que la journée soit fériée parce que je trouve que pour un pays en développement comme le nôtre, nous avons trop de jours fériés"

A votre niveau comment celebrez-vous la journée du 8 mars ?

AT : « Présentement je suis au bureau comme vous le constatez, je travaille. Pour moi ce n’est pas un jour férié. Après j’irai à la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou(MACO) faire un don aux femmes incarcérées. C’est une pensée pour toutes ces femmes qui sont sans soutiens et vivent dans des conditions des plus difficiles. Au moins ce geste leur permettra d’avoir ne serait-ce qu'un moment un repas nutritif acceptable ».

Pourquoi votre action est-elle précisément à l’endroit des femmes incarcérées ?

Vous savez ces femmes sont dans une situation très difficile, jamais enviée et jamais enviable. Enfermées, elles n’ont pas de soutiens même si quelques unes reçoivent la visite des parents. La majorité ne s’en sort pas. Malgré que certaines personnes leur viennent par moment en aide, cela est insuffisant pour elles. Il faut qu’on vienne en aide à ces femmes. C’est vrai que nous faisons avec ce que nous avons, aussi infime soit-il, il peut quand même aider quelque part. Il y a beaucoup de chose à faire à la MACO et je me dis que l’Etat seul ne peut pas tout faire. Je lance un appel que chacun puisse penser à la situation des incarcérés, surtout les femmes et les enfants ».

                                                                                                                     Issa KARAMBIRI

                                                                                                 This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.

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