Après plusieurs mois de travail, Gonta Alida Henriette Da a défendu, ce vendredi 11 septembre 2026, son mémoire de Master 2 en santé communautaire à l’Université Joseph Ki-Zerbo. Portant sur la prévention de la dengue en milieu carcéral, son étude a été évaluée à 16/20, avec la mention très bien, à l’issue de la délibération du jury.
Intitulé « Connaissances, attitudes et pratiques des acteurs du milieu carcéral sur la dengue : cas de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) », la soutenante s’est intéressée à la manière dont les détenus et le personnel de la MACO connaissent, perçoivent et prennent en charge, le risque lié à la dengue.
Le choix de ce sujet part d’un constat. La dengue reste un problème de santé publique au Burkina Faso, particulièrement dans les zones urbaines. Dans les établissements pénitentiaires, les conditions de vie, la promiscuité et les difficultés liées à l’assainissement peuvent favoriser la présence des moustiques responsables de la transmission de la maladie.

L’objectif était également de déterminer leur niveau global et d’identifier les facteurs pouvant influencer leurs connaissances et leurs comportements face à la maladie.
Pour mener ses recherches, elle a réalisé une enquête transversale à visée descriptive et analytique, basée sur une approche quantitative. L’étude a concerné les détenus âgés d’au moins 18 ans, ayant séjourné au moins un mois à la MACO, ainsi que plusieurs catégories de personnel, notamment les gardes de sécurité pénitentiaire, le personnel administratif, le personnel de santé et les agents sociaux.
Chez les détenus, un échantillonnage stratifié par quartier a été effectué, suivi d’une sélection aléatoire. La taille nécessaire de l’échantillon était de 365 détenus.
Lire aussi : Commission nationale des Droits humains (CNDH) : Gonta Alida Henriette Da plaide pour un renforcement des ressources humaines
Pour le personnel, les agents présents au moment de l’enquête et ayant accepté de participer ont été sollicités.
Les données ont été recueillies à l’aide de questionnaires individuels administrés sur tablette avec l’application KoboToolbox. Elles ont ensuite été traitées et analysées à l’aide du logiciel Stata.
Les résultats montrent que la majorité des détenus avaient déjà entendu parler de la dengue. En ce qui concerne le mode de transmission, 85 % d’entre eux ont donné une bonne réponse. Du côté du personnel, l’ensemble des participants a correctement identifié le mode de transmission. Toutefois, plus de 94 % du personnel ont déclaré n’avoir reçu aucune formation sur la dengue.
Concernant les attitudes, la majorité du personnel s’est déclarée incapable de mener des activités de prévention contre la maladie. Chez les détenus, la situation est différente : plus de 95 % se sont dits capables de participer à des activités de sensibilisation. Près de 39 % se sont également déclarés disponibles et capables de se protéger contre la dengue.
Les pratiques de prévention restent cependant préoccupantes. Plus de la moitié des détenus ont indiqué que leur environnement n’était pas régulièrement nettoyé. Plus de 34 % ont aussi signalé la présence de récipients d’eau non couverts à l’intérieur des cellules.

Chez le personnel, plus de 88 % ont déclaré ne pas savoir quelle conduite tenir face à un cas suspect de dengue chez un détenu. Cependant, plus encore, 11 % ont indiqué qu’ils isoleraient l’individu en cas de dengue.
L’analyse du score global des connaissances, attitudes et pratiques fait ressortir une différence entre les deux groupes. Chez les détenus, le score CAP global moyen dépassait 63 %. Pour le personnel, les scores jugés mauvais et erronés étaient majoritaires, avec respectivement 62,34 % et 61,70 %.
Ces résultats montrent ainsi un décalage entre les connaissances sur la dengue et leur mise en pratique. Malgré certaines connaissances relativement bonnes chez les détenus, les conditions de vie et les contraintes liées à l’environnement carcéral peuvent limiter l’adoption de comportements de prévention. Chez le personnel, le manque de formation apparaît également comme une difficulté importante dans la prévention et la prise en charge de la maladie.
Lire aussi CNDH: Gonta Alida Henriette DA élue présidente
Comme toute œuvre, le travail de l’étudiante a été soumis à des observations et à des recommandations après présentation. Le président du jury, le Pr Ramané Kaboré, a notamment relevé des problèmes de correspondance entre certaines questions de recherche, les objectifs et les hypothèses. Il a également demandé à la soutenante de mieux distinguer les concepts, les théories et les différentes approches utilisées dans son étude.

Le jury a aussi insisté sur certains aspects méthodologiques, notamment la description de l’échantillonnage du personnel. Une attention particulière a été accordée à la distinction entre les variables et les indicateurs, afin de mieux préciser les éléments mesurés dans l’étude.
Le jury était composé du Pr Ramané Kaboré, président, du Pr Augustin Palé et du Dr Jean-Baptiste Yaro, rapporteurs, ainsi que du Dr George Rouamba, membre.
La MACO était représentée par des gardes de sécurité pénitentiaire, tandis que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), partenaire de la MACO, était également présent.
À l’issue des échanges et de la délibération, Gonta Alida Henriette Da a obtenu la note de 16/20, avec la mention très bien. Cette distinction vient couronner plusieurs mois de recherches consacrées à une problématique de santé publique encore peu étudiée dans le contexte carcéral. Un travail qui met en évidence l’importance de renforcer l’information, la formation et les actions de prévention contre la dengue au sein des établissements pénitentiaires, afin de mieux protéger aussi bien les détenus que le personnel.
Augustine Sawadogo stagiaire



