« Les femmes n’ont pas moins de désir sexuel que les hommes », Jeanne Diaw, sexologue

Date:

Partager

Médecin sexologue sénégalaise, Jeanne Diaw exerce ce métier depuis 18 ans. Présente à Ouagadougou du 29 au 31 mars 2023 dans le cadre de la première édition du Festival féministe, une équipe de Queen Mafa a pu la rencontrer. Dans cet entretien, elle explique les raisons de sa présence au festival féministe et donne des astuces aux femmes pour une sexualité épanouie.

 

Vous êtes sexologue et vous participer au festival féministe. Quel est le lien entre la sexologie et le féminisme ?

 Dans ce festival, une grande priorité est accordée au bien-être de la femme. Etant des femmes qui travaillent dans le féminisme, il faut d’abord que ces femmes se sentent bien dans leur peau avant d’aller vers les autres femmes et leur parler de bien-être.

Ma présence à ce festival, c’est de faire comprendre aux femmes qu’elles doivent exister pour elles-mêmes. Quand elles existent et qu’elles ont des sensations, cela fait plaisir au partenaire. On pense qu’il faut faire des choses pour faire plaisir au partenaire. Non ! C’est la femme qui vibre d’abord et le partenaire vient participer à ce qui vibre en elle.

Il y a des stéréotypes qui sont véhiculés dans la société notamment les stéréotypes sexuels. Par exemple on dit souvent que les femmes ont moins de désir sexuel que les hommes. Ce qui n’est pas vrai ! Les femmes n’ont pas moins de désir sexuel que les hommes.

On a appris à l’homme à dire son désir sexuel et on a appris à la femme à taire son désir sexuel. Or il se trouve que dans le mariage, l’homme avec qui, la femme partage sa vie sexuelle se sent plus heureux que l’homme pour qui, la femme n’ose pas parler de sexualité.

La femme vibre d’abord et le partenaire vient participer à ce qui vibre en elle

Comment une femme peut-elle être bien dans sa peau et avoir une vie sexuelle épanouie ?

Pendant l’éducation de la fille, on lui apprend à taire ses émotions, ses sensations, à ne pas dire à un homme je t’aime, à être la fille la plus sage avec beaucoup de pudeur. Ce qui est l’inverse pour l’homme. On lui apprend à dire ses sensations, à parler de sexualité. Donc, la femme arrive au mariage en ayant honte de montrer son corps à son partenaire.

 

Or elles doivent savoir que le plaisir qu’on peut ressentir lors d’un rapport sexuel ne vient pas de l’homme. C’est ce que j’ai dans mon corps qui me donne des sensations et quand mon mari est avec moi, ça augmente ces sensations en moi. Si on n’a jamais dit à une femme qu’elle a des organes qui lui donne des sensations, elle va penser que c’est au mari de faire des choses pour qu’elle ait des sensations.

Ce n’est pas vrai. La femme doit connaitre son corps, les sensations qu’elle développe elle-même pour avoir du plaisir, pour s’épanouir sexuellement. Ce qui est l’inverse de la séduction. La séduction c’est comment attirer l’autre, comment faire plaisir à l’autre ? C’est faire exister l’autre.

Quels sont les problèmes récurrents des femmes qui se font consulter auprès de vous ?

Le problème récurrent, c’est la douleur lors des rapports sexuels, l’absence de plaisir sexuel, le fait que le partenaire ne soit pas attentionné, affectif.

Quels conseils prodiguez-vous à une femme qui n’a pas de plaisir sexuel ?

Quand une femme vient me voir pour me dire qu’elle n’a pas de plaisir sexuel, la première question que je lui pose est : est-ce que votre mari sait que vous n’avez pas de plaisir sexuel ? Parce que des fois, c’est difficile pour une femme de dire à son mari qu’elle n’a pas de plaisir sexuel. Elle le justifie en disant : je ne veux pas que mon mari ait honte du fait que je n’ai pas de plaisir sexuel. Je ne veux pas enfreindre sa pudeur pour lui dire que je n’ai pas de plaisir sexuel. Cela peut le gêner.

Pour une femme qui n’a pas de plaisir sexuel, il y a une grosse part dont le partenaire attend. Il y a des partenaires qui dès qu’ils sont excités, vont à la pénétration sans savoir que la femme doit être prête subjectivement et objectivement au niveau de ses organes génitaux externes. Il doit y avoir des changements visibles qui permettent à l’homme de passer à l’acte. S’il ne le sait pas, il va pénétrer vite alors que si la femme n’est pas encore excitée, elle ne va pas avoir de plaisir et en plus, elle va avoir mal. En ayant mal, elle va avoir peur des relations sexuelles suivantes.

Queenmafa.net

Laissez votre commentaire ici !

spot_img

Articles similaires

Le Niger, invité d’honneur à la 21e édition de la semaine nationale de la culture du Burkina  

Prévue du 27 avril au 04 mai 2024, la 21e édition de la Semaine Nationale de la Culture...

La rougeole : L’autre ennemi du Burkina Faso en 2024

La rougeole, maladie très contagieuse causée par un virus, connait une contagion croissante au Burkina Faso en ce...

Sénégal : Attentat à la vie de la journaliste Maimouna Ndour Faye

La directrice de la chaîne de télévision privée 7TV, Maimouna Ndour Faye a été sauvagement agressée et poignardée...

Burkina Faso : La ministre en charge de la Femme tchadienne rend hommage aux tisseuses de l’UAP – GODE

La ministre d'État, ministre de la Femme et de la Petite enfance du Tchad, Amina Priscille Longoh, a...