Marguerite Rouamba, la passion du micro

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Deux décennies durant, elle a bercé les auditeurs et téléspectateurs de la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB), de la région des Hauts-Bassins avec sa voix suave. Marguerite Rouamba Zongo, puisse que c’est d’elle qu’il s’agit, a su conquérir le cœur des bobolais. Retour sur son parcours éloquent.

Élégante et charismatique, naturelle devant le micro, la voix de Marguerite Rouamba apaise les auditeur.ice.s tant elle est douce et mélodieuse. Prestance face à la caméra, sa belle voix détend les téléspectateur.ice.s et contribue à une écoute plaisante. Ouverte, joviale, généreuse, Marguerite Zongo épouse Rouamba aime la vie.

Marguerite Rouamba durant l’enregistrement d’une émission

Issue d’une famille modeste, Marguerite est originaire de Koubri, localité située dans la province du Bazèga. Elle est née d’un père catéchiste, d’une mère ménagère et d’une fratrie de huit enfants. Son enfance est teintée d’éducation religieuse. « Mon père catéchiste recevait à domicile, les personnes âgées car il n’y avait pas d’église. Tu parles, les gens te regardent et t’écoutent, cela a quand-même un impact. Le fait de me frotter à ces personnes, a un peu influencé mon choix de communicatrice », explique-t-elle.

Dès la classe de 3e,, Marguerite, élève au lycée Montaigne, à Ouagadougou, quitte les bancs malgré le refus de son père, afin de soutenir sa mère, qui a sous sa coupe, un enfant atteint de poliomyélite. « J’ai pris cette charge assez tôt et laissé tomber mon cursus scolaire. La rééducation a pris trois ans. Malheureusement, il n’a pas pu réellement marcher. Il avait pour appui, un bâton », regrette Marguerite.

Marguerite Rouamba Zongo. « J’espère un avenir radieux. Je prie pour qu’il y ait tout simplement la paix. Tant qu’il y aura la paix, chacun pourra se débattre pour avoir son pain quotidien. Et moi, ma prière est que cette paix revienne au Burkina pour qu’on puisse toujours vaquer à nos occupations », a-t-elle souhaité.

En 1976, elle obtient un poste d’animatrice au niveau du centre de santé de Koubri, où en groupe, elles sont chargées entre autres, de sensibiliser les femmes sur l’entretien des enfants et le rôle de la vaccination. Et, c’est cette expérience d’animatrice qui l’a poussée à rejoindre radio Canal Arc-en-ciel, à la RTB dirigée par Alfousséni Bassolé. « C’était vraiment intéressant car il y avait un mythe pour moi entre les voix qui sortent des postes récepteurs et l’image à l’écran. J’étais captée par tout cela », avoue-t-elle.

Durant son passage à la RTB, Marguerite dit être marquée par la personnalité de Jeanne Coulibaly. « Quand elle présentait le journal, j’étais émerveillée. Du début jusqu’à la fin du journal, j’étais devant mon poste téléviseur.  De journaliste, elle est passée à ambassadrice. Elle a été une femme battante. Sa personne m’a beaucoup captivée », justifie-t-elle.

Inspirée par cette présentatrice éloquente et au talent exceptionnel, Marguérite Rouamba se lance à fond dans le métier de ses rêves, la communication. Elle traduit à la doyenne, ses remerciements pour lui avoir servi de modèle.

En 2006, sous la houlette de Marcel Toé, tous les agents pigistes ont été régularisés. Un acte que Marguerite Rouamba salue.

 « Une Marguerite Rouamba, résolument engagée »

Rigoureuse et ferme dans l’éducation de ses enfants, chez Marguerite, les valeurs sociales sont au premier rang. « Lorsque j’étais tout petit, j’ai eu à égorger un coq. Ce jour-là, avec maman, ça a chauffé. J’ai compris que ce n’était pas bon, à mon âge de faire ce genre de choses. Elle nous a vraiment appris à être solidaires, à être soudés surtout entre nous, frères. La famille avant tout », retient Tégwendé Adolphe, son enfant, à présent père d’une fillette.

Marguerite Rouamba et son fils Tégwendé Adolphe, le jour de sa décoration à la place de la nation.

Pour son fils Tégwendé Serge Adolphe Rouamba, agent de la fonction publique, Marguerite est une femme battante. « On est fier d’elle, de ce qu’elle fait pour nous, de sa présence dans nos vies », se réjouit-il. Il lui souhaite longue vie et une santé de fer afin qu’ils puissent tous ensemble lui offrir de beaux jours et combler tous les désirs de son cœur.

Marguerite est une femme de caractère. Quand elle a un objectif en tête, elle se bat toujours pour l’atteindre. Six ans durant, elle est présidente de l’Association catholique des Femmes du Diocèse (ACFD) de la paroisse Saint Jean Paul Il de Lafiabougou.

Le chemin de Adissa Lucienne Guingani Toé, journaliste reporter d’images et Marguérite Rouamba se croisent en mai 2009. « Le contact a été chaleureux du fait déjà de la parenté à plaisanterie. Marguerite Rouamba est très joviale et surtout très élégante. Elle aime les autres et elle témoigne cela par sa sociabilité, sa compassion et sa solidarité envers les autres. Une aînée pleine de sagesse », apprécie Lucienne Toé, devenue plus tard sa rédactrice en chef, puis directrice de la RTB, Hauts-Bassins.

Adissa Lucienne Guingani Toé. « Le défaut de Marguerite, elle ne révolte jamais lorsqu’elle est excédée par une injustice ou une difficulté. A cause de son engagement spirituel qui dit de pardonner, elle passe toujours l’éponge ».

A l’ouverture de la télé RTB2, Marguerite rejoint l’équipe de la télé pendant le cinquantenaire du Burkina. Elle a une facilité d’adaptation à toutes les situations.

Selon Adissa Lucienne Toé, Marguerite Rouamba est l’exemple parfait du leadership féminin, une femme engagée sur le plan professionnel, qui travaille sans répit, malgré toutes les difficultés rencontrées sur le terrain. « Même malade, elle vient au boulot.   Elle a été un grand pilier pour moi. Socialement, le jour de ma prise de service après la passation, elle m’a apportée de l’eau bénite pour asperger le bureau et elle a demandé une messe.  Malgré que j’étais son supérieur hiérarchique, elle a su être, cette grande sœur sur qui, je me reposais. J’ai beaucoup d’estime et de respect pour elle », rappelle-t-elle.

Pierre Ouédraogo, journaliste présentateur

Pierre Ouédraogo, journaliste animateur en langue mooré à la RTB a connu Marguerite Rouamba lors de la Semaine nationale de la Culture (SNC) en 2004, à radio Bobo. Elle avait un bureau, la bandothèque archives (là où sont stockés les éléments sonores de la radio). « C’est une dame qui aime et fait bien son travail. Si vous sabotez son travail, alors là, il faut vous attendre à sa réaction. Le jour où elle rate son journal télévisé en mooré, elle devient malade », martèle cet agent avec qui, Marguerite collabore si elle a besoin de comprendre une expression ou une terminologie.

« Parfois, elle m’envoie des interviews. Elle apprécie ma présentation. Souvent, elle m’interpelle sur les erreurs. Je suis à la retraite depuis deux ans. De mes collègues qui m’appellent, elle est la seule qui peut m’appeler deux fois par semaine. Que dieu lui donne longue vie, pour qu’elle puisse s’occuper de sa famille et de ses petits-enfants ! Petite sœur, bonne retraite à toi ! », indique Pierre Ouédraogo.

Une retraite paisible

A 47 ans, Marguerite est frappée par un drame. Son époux décède, alors que sa fille aînée est à l’université et le benjamin, en classe de 3e. Plongée dans la douleur du veuvage, La reprise à une vie normale se fait lente et très difficile. Elle peine à surmonter ce tourment.

Heureusement, Marguerite sait compter sur l’amour et le soutien indéfectible de ses enfants, (trois filles et un garçon) qui lui témoignent de l’affection et de la compassion. Elle tente d’aller de l’avant car le travail n’attend pas.

Pour ses débuts, elle commence l’animation de l’émission en mooré (Pagb yibéog sonsga ou causeries matinales entre femmes) en 2002 et la présentation du journal télévisé en 2010.

Après 28 ans de service, Marguerite Rouamba fait valoir ses droits, à la retraite. Ainsi, le 11 décembre 2022, elle est décorée, chevalier de l’ordre de mérite, symbole de reconnaissance pour tous les efforts professionnels consentis et le travail abattu. De quoi lui redonner le sourire. « Si c’était avant la retraite, j’aurai pu bénéficier d’un échelon. Mais, je rends grâce toujours à Dieu. L’esprit d’équipe y était et une belle ambiance aussi » clarifie-t-elle.

Une retraite bien préparée en vaut la peine. « On s’est serré les coudes et aujourd’hui, je rends grâce à Dieu. On a réussi à construire à Ouagadougou et à Bobo. Avec l’argent des petites boutiques, cela aide à compléter la pension pour ne pas trop maigrir », dit-elle avec ironie.


Lire aussi : Zoom sur Katlyn Liliou, une burkinabè vivant à Dakar


 

Tous les jours, après la prière du matin, elle fait la marche pour se maintenir, en plus de s’occuper de sa famille. En outre, elle garde le contact avec les membres de l’association des journalistes et communicateurs rétraité.e.s pour combler sa solitude.

« Je n’ai pas encore pu faire ce que je souhaitais pour elle. Mais, j’espère que le temps me le permettra », affirme Adolphe Tégwendé Rouamba, le benjamin de la famille, tout optimiste.

Françoise Tougry

Fabrice Sandwidi

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