« Nous voulons lutter contre les tueurs silencieux afin de sauver des vies », Taahiratou Ouédraogo,

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Subvenir aux besoins des Personnes déplacés internes (PDI) de Kinfangué, localité située à Komsilga dans la province du Kadiogo, région du Centre et contribuer à l’amélioration de leurs conditions de vie, telles sont les ambitions qu’affiche l’Association Aide au Renforcement et à la Promotion de la Santé communautaire au Burkina Faso (2ARPSC-BF). Il s’agit notamment des maladies dites tueurs silencieux (la tension artérielle, le diabète, l’hépatite, le cancer). La présidente de ladite association, Taahiratou Ouédraogo,  entend impacter sa communauté.

Qu’est-ce qui vous a motivée à mettre en place cette association ?

Après mon premier accouchement en 2019, j’avais besoin d’une aide-ménagère et on m’a indiquée un site de Personnes déplacées internes à Kinfangué. Arrivée, ces gens étaient réticents à l’idée de confier leur enfant a une inconnue bien qu’ils soient dans le besoin et sans emploi. Quand j’ai analysé la situation, je me suis dite : « Pourquoi ne pas créer une activité pour les aider à s’en sortir et préserver leur dignité ? ».

C’est ainsi que l’association est née. Pour la première fois, on a collecté des vêtements de la cour, acheter du beurre de karité et de la potasse avec le peu qu’on avait, mon mari et moi, et nous leur avons fait don puisque c’était pendant le froid, pour qu’ils puissent appliquer sur la poitrine des enfants. Les adultes pouvaient en utiliser pour se pommader. Ça protège du froid. Ils étaient très contents. Avec ce premier acte, ils se sont sentis adoptés par des inconnus qui leur ont montrés de l’amour. Ça les a soulagés un tant soit peu.

Don de vêtements et accessoires aux PDI de Kienfangué

Quels sont les objectifs de l’association ?

Nous voulons lutter contre ces maladies qu’on appelle « tueurs silencieux » et sensibiliser la population sur ce phénomène afin de sauver des vies. Ce sont des maladies qui se manifestent silencieusement et on ne s’en rend pas compte. Du jour au lendemain, tu tombes et on dit que tu as une maladie que tu n’avais pas. Tu vas devoir traîner un traitement toute ta vie pour les plus chanceux. Sinon, c’est la mort ou des paralysies pour les moins chanceux.

Auprès des personnes déplacées internes, avez-vous vécu une situation qui vous a marquée ?

Oui. Nous avons organisé un certain nombre d’activités et pour la plupart d’entre elles, j’ai demandé le soutien d’une ONG turque nommée Fosapa. Les turcs nous ont donnés des vivres et des habits destinés aux personnes déplacées internes. Ils les ont aussi soutenus financièrement.

Lors de l’une de nos campagnes de don de vivres sur le site, j’ai vu un jeune homme âgé de 23 ans qui présentait les signes de l’hépatite. Je l’ai approché et après des échanges, il nous a faits savoir qu’il se traitait à l’indigénat par manque de moyens pour se rendre dans un centre de santé.

Ayant reçu 200 000 FCFA avec les turcs après la campagne, nous avons donc utilisé cet argent pour faire des examens cliniques, des ponctions lombaires, etc.  Mais, entre-temps, ça n’allait pas. Il a traîné avec la maladie avant qu’on ne la découvre. Quand on a commencé les soins, c’était trop tard. On a séjourné à l’hôpital de Tengandogo. De là-bas, on nous a transférés à hôpital Yalgado Ouédraogo et dieu en a décidé autrement. Il s’en est allé. Cet incident malheureux a été pour moi, l’occasion de les sensibiliser sur la maladie et de profiter lancer une campagne de dépistage. Nous avons prévu une activité, dans ce sens, le 3 décembre 2023.

La présidente de l'’Association Aide au Renforcement et à la Promotion de la Santé communautaire Taahiratou Ouédraogo,  entend impacter sa communauté.
La présidente de l’Association Aide au Renforcement et à la Promotion de la Santé communautaire Taahiratou Ouédraogo,  entend impacter sa communauté.

Nous allons faire des dépistages de diabète, de la tension artérielle, du cancer du col de l’utérus et du cancer du sein.

Pour cette initiative, avez-vous bénéficié d’un accompagnement quelconque ?

Pour le moment, nous avons l’Association pour le Bonheur des Personnes nécessiteuses qui nous aide dans l’organisation. Nous avons aussi la présidente des Casqués du Faso et l’Association des Étudiants en Médecine (AEM) qui nous a promis des kits pour 100 déplacés parmi les 300 déplacés. Ces kits sont composés d’un carton de 100 spéculums, 100 bandelettes pour le diabète et des gants.

Avez-vous des projets pour la suite ?

Oui, déjà nous avons un programme mensuel de prise de constance (poids et tension artérielle) dont le but est de détecter les cas graves et de les diriger vers les centres de soins les plus proches. Ce sont des personnes à risque puisqu’elles sont déjà sous le choc d’avoir tout perdu et aussi, vue la sédentarité, elles ont besoin de suivi et on le fait avec nos maigres moyens.
En ce qui concerne le projet du 3 décembre, nous voulons leur apporter un peu plus. Donc, nous lançons un appel à l’endroit des bonnes volontés, à nous soutenir.

En dehors de la santé, il faut qu’ils arrivent à faire des activités rémunératrices car ceux qui donnent chaque fois en auront marre, un jour. Il ne faut pas qu’ils soient là, à attendre qu’on vienne les aider tout le temps. Pour pallier ce problème, nous sommes actuellement en train de travailler sur des projets qui vont leur permettre de développer des activités génératrices de revenus dans le domaine de l’agriculture et de l’artisanat. Nous sommes convaincus qu’avec ses activités, ces Personnes déplacées internes seront plus mobiles et pourront éviter, la plupart des maladies liés à la sédentarité.

L’association créée en 2021 a un siège situé à Cissin, non loin du palais de la jeunesse et de la culture Jean-Pierre Guingané. Nous organisons des campagnes de dépistage des maladies appelées tueurs silencieux. Nous invitons les gens à nous rejoindre pour des conseils. L’association est accessible à tout le monde.

Entretien réalisé par Françoise Tougry

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