« Quand on est déterminé, on peut arriver au sommet » Adrinkaye Zenaba Ousmane, styliste

Adrinkaye Zenaba Ousmane Assoua est une entrepreneure tchadienne. Passionnée par la mode depuis son enfance, elle a réussi à ouvrir une école de formation professionnelle.  De la couture en passant le stylisme modélisme, elle a fait un grand pas. Rencontre.

Comment êtes-vous arrivée au stylisme modélisme ?

Quand j’étais enfant, je prenais les habits de ma mère que je découpais en morceaux avec une lame. Puis, je les cousais à nouveau avec une aiguille et un fil. Si dans la maison, quelqu’un ne retrouvait pas son habit, il sait que c’est moi qui l’ai pris. Une fois, mon père m’a frappée à cause de ça.

J’ai abandonné l’école car je me suis mariée à 15 ans. J’ai appris qu’un centre de formation professionnelle Bella Couture devait s’ouvrir au Tchad. J’ai sauté sur l’occasion. J’ai d’abord été une simple couturière en 2001. Ensuite, pour approfondir mes connaissances en stylisme et modélisme, je me suis formée pendant trois ans. Avant même de finir, j’ai ouvert mon atelier la deuxième année à 21 ans, avec deux machines et deux apprenants. Pour plus de perfectionnement en stylisme, j’ai suivi des cours en ligne.

Adrinkaye Zenaba styliste au centre. A gauche, Gérard Ndjaiasra Douala, un de ses mannequins. A droite, son collaborateur Moutapha Mahamat, chargé de la formation en couture.

 Que représente la mode pour vous ?

Un métier que j’aime, qui donne beaucoup d’occasions. C’est noble. J’aimerai avoir mon propre centre de formation en stylisme pour partager mes connaissances avec les autres. J’ai créé mon évènement qui s’appelle Fiesta La Moda.

Vous avez  gagné le premier prix au JNPA (Journée Nationale pour la promotion de l’Artisanat) et bien d’autres, qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est un sacrifice récompensé parce qu’on se bat corps et âme. Personne ne nous soutient. Je me mets en tête que je vais en compétition. Je pars avec détermination parce qu’on travaille pour gagner.

Quand on est déterminé, on peut arriver au sommet. C’est le courage. A tous ceux qui sont en train d’emboîter mes pas, c’est un métier porteur qui donne de la visibilité et beaucoup de respect.

Quelle place occupent les femmes dans le stylisme modélisme ?

Auparavant, les gens étaient étonnés. Une femme sur la machine ?  Comment on peut trouver une femme avec les ciseaux en train de tailler du tissu ? Mais aujourd’hui, son importance est visible. L’homme tchadien accorde de l’importance à une femme surtout quand elle a un centre de formation, un atelier. On l’appelle grande dame parce qu’elle a des employés.

 Dans les grands événements, c’est très compliqué. Soit tu comptes sur toi-même ou tu laisses tomber. On ne peut rien créer sans financements. On ne peut pas aussi avoir les locaux sans les louer. On ne peut pas non plus utiliser les mannequins sans les payer.

 Quelles sont les autres réalités de ce milieu ?

Il y a des difficultés mais,  dénigrer les femmes, les harceler, non. Sauf qu’on ne s’entend pas vraiment. Il y a des opportunités où nous rencontrons des blocages, un combat interne. Chacun veut tirer profit.  Quand on vous invite à un festival, vous devez vous prendre en charge…

Collaborez-vous avec  d’autres femmes dans le domaine de l’artisanat, le tissage, les bijoux, les perles ?

Oui. Nous utilisons les bijoux faits à la main surtout dans les défilés, des tenues teintées, tissées… Je travaille plus avec Respa Winko, une artisane qui voyage dans le monde. Grâce à elle, nous profitons présenter nos collections bien faites, bien appréciées Made in Tchad.

Tout récemment, vous avez participé au Salon Internationale du Textile Africain (SITA) à Lomé, comment avez-vous trouvé les créations des stylistes burkinabè ?

Oui. Leur création, les tenues étaient au top ! C’était une fierté pour moi de rencontrer ces jeunes stylistes. Elles ont remporté des prix. J’ai regardé les modèles avec attention. Vraiment, le Burkina m’inspire à travers le travail de qualité. Elles ont présenté des tenues typiquement burkinabè et je leur dis « Chapeau « .

 Et si un jour Adrinkaye devient première dame, que ferez-vous pour changer les conditions de la femme tchadienne en matière de développement ?

Je voudrais que tout le Tchad consomme local « Made in Tchad ». On doit abandonner l’importation des produits. L’Afrique produit beaucoup mais, on ne valorise pas assez. J’aimerais que tout soit accessible aux femmes pour leur épanouissement.  Plus  de main d’œuvre féminine dans le domaine de la mode et l’artisanat.

Quelles sont les défauts d’Adrinkaye ?

Une femme qui aime les principes et le partage. Elle n’aime pas les cachotteries. Je suis ouvert à tout le monde.

Quelle est votre couleur préférée ?

Le bleu ciel.

Si vous aviez un bâton magique, qu’allez-vous changer dans le monde ?

La vulnérabilité en milieu jeune. Qu’il y ait des ouvertures pour les femmes et les jeunes filles en manque de formation afin qu’elles puissent s’intégrer dans la vie sociale!

Entretien réalisé par Françoise Tougry

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