Burkina Faso : Le groupe de co-développement Violences faites aux Femmes et aux filles plaide pour l’implication masculine dans la lutte

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Sensibiliser les hommes et garçons à abandonner les stéréotypes néfastes et à défendre les droits fondamentaux de tout citoyen notamment, ceux des femmes et filles, tels sont les objectifs qui ont motivé le webinaire mensuel du groupe de codéveloppement Violence faites aux Femmes et aux Filles (VFF). Il s’inscrit dans le cadre du projet Voix et Leadership des Femmes (VLF) mis en œuvre au Burkina par Oxfam en partenariat avec Affaire Mondiale Canada. La rencontre virtuelle tenue le vendredi 05 janvier 2023, à Ouagadougou, a connu une participation active.

Le webinaire, cadre d’échanges sur la masculinité positive est placé sous le thème « L’implication masculine dans la lutte contre les Violences faites aux Femmes (VFF) ». Selon le communicateur du jour, Seydou Soma, sociologue, la masculinité désigne l’ensemble des caractéristiques et comportements, propres aux hommes et dépourvus de violence. Mais de façon spécifique, quand on parle de la masculinité positive, il s’agit d’une approche selon laquelle, les hommes aussi peuvent cuisiner, s’engager dans l’éducation des enfants, emmener leurs enfants à l’école, prendre soin de leur famille. Les hommes peuvent également demander de l’aide, aller chez le médecin, demander des conseils aux femmes, aux autres hommes ou aux professionnels. Cela les aidera à être de meilleures personnes.

A l’écouter, la masculinité positive a plusieurs niveaux.  On note alors des masculinités non-violentes, démocratiques, pacifiques, inclusives, co-responsables, démonstratives et engagées.

Cependant, dans le patriarcat, idéologie qui met l’accent sur la concentration du pouvoir par les hommes, on attribue uniquement aux hommes, a-t-il expliqué, des rôles et des qualités qui sont valorisés et estimés dans la société. Même s’ils représentent apparemment une position avantageuse pour les hommes, ces privilèges ont privé les hommes de mieux connaître ce que les femmes autour d’elles pensent et proposent. Ils sont obligés de ne pas manifester leurs sentiments et compétences, de nier les possibilités de chercher de l’aide et de se montrer toujours forts et capables même s’ils ne se sentent pas ainsi aux fond d’eux.

« Éviter de montrer toutes leurs émotions peut nuire à leur santé mentale »

A côté de la masculinité positive, on note la masculinité toxique, indique Seydou Soma. Ce phénomène implique la pression extrême que certains hommes peuvent ressentir pour agir d’une manière réellement nuisible.

En fait, la masculinité toxique ne signifie pas que les hommes soient toxiques ou que la masculinité en soi est toxique. Au contraire « Cette idée que les hommes doivent agir avec fermeté et éviter de montrer toutes leurs émotions peut nuire à leur santé mentale et avoir de graves conséquences pour la société, c’est ainsi qu’elle est connue sous le nom de « masculinité toxique », a-t-il clarifié. En effet, dès le plus jeune âge, l’enfant est confronté aux stéréotypes liés à son genre. Si la petite fille doit être calme, douce et réfléchie, le garçon est poussé à être fort, énergique et aventurier. Et en grandissant, cette mentalité reste, être viril, dominant et ne jamais montrer sa sensibilité ou ses sentiments.

Seydou Soma est catégorique sur l’extériorisation des sentiments et la manifestation de la sensibilité au niveau des hommes.  « Exprimer ses sentiments ne va pas à l’encontre de la masculinité. Un homme qui exprime ses sentiments de façon respectueuse peut devenir un leader positif qui crée des relations solides avec sa famille et son entourage. Nous ne sommes pas moins hommes quand nous reconnaissons nos faiblesses », a-t-il précisé.

A tous les hommes ayant l’impression de ressentir les effets négatifs d’une masculinité toxique et désirant en sortir, le sociologue conseille de voir un psychologue. Ce dernier les aidera à diagnostiquer comment cela affecte leur vie et à se libérer de ce poids.

Être un homme violent n’est ni naturel ni normal, a-t-il-rappelé. De l’avis du communicateur, les hommes peuvent, eux aussi, exprimer leur affectivité et s’engager dans l’éducation des enfants et dans les activités de la maison sans affecter leur masculinité. Les gens ne sont pas violents par nature mais, par l’influence de la famille et des communautés. Les médias, l’école et les idéologies viennent renforcer cette violence.


Lisez aussi : Violences basées sur le genre : la masculinité positive comme moyen de lutte


 

Aux termes de sa communication, Seydou Soma a émis des recommandations fortes. Il a suggéré entre autres, d’ouvrir des espaces pour que les hommes puissent être écoutés et trouver de l’aide dans leurs difficultés. Les employeurs peuvent favoriser des horaires plus flexibles afin de leur permettre de s’occuper des tâches à la maison et de l’éducation de leurs enfants.

Au sein des familles, il demande d’attribuer aux hommes ainsi qu’aux garçons, des tâches permettant une répartition égalitaire des responsabilités et des tâches domestiques.

D’une manière générale, Seydou Soma a recommandé de réduire la pression sur les hommes et les encourager à reconnaître leurs erreurs, à chercher de l’aide et à ne pas se sentir obligés au succès.

Dans les politiques publiques, il plaide pour l’accès à un congé parental payé en faveur des hommes. Ils pourront ainsi mieux s’investir dans l’éducation des enfants depuis leur naissance.

Il a notamment invité les femmes à dénoncer les comportements violents des hommes, à leur égard.

Le groupe de co-développement de lutte contre les Violence faites aux Femmes et aux Filles (VFF), composé d’un ensemble d’associations féminines est sous le lead de l’Alliance féminine (AfeM).

Françoise Tougry

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