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Mois de la femme :  Taafé Vision sensibilise sur les droits des femmes à travers le cinéma  

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Dans le cadre de la célébration du mois de la femme, l’Association “Taafe Vision” a procédé, ce dimanche 22 mars 2026, à une projection-débats de films sur les droits des femmes à Ouagadougou. L’initiative vise à vise à sensibiliser les populations sur les droits des femmes à travers le cinéma et le dialogue communautaire.

Les cinéphiles

En présence de femmes, enfants et Hommes, l’espace situé derrière le palais du Neem Naaba dans le quartier Panzani de Ouagadougou a vibré au rythme de sensibilisation sur les violences conjugales, l’excision et l’Autonomisation de la femme avec élément centrale le cinéma.

Trois courts métrages dont deux en mooré et un en français ont été projetés en présence de l’autorité coutumière Neem naaba et le représentant de l’union européenne, fidèle alié de “ Taafé Vision “ depuis environ trois ans.

«A tout prix », une réalisation de Maimouna Ouédraogo contre l’excision

 Court métrage de 23 minutes, « A tout prix » de la réalisatrice Maïmouna Ouédraogo raconte l’histoire de Kilayé et Mayô, jeune couple et complice. Ces derniers vivent paisiblement à Ouagadougou avec leur fille de huit ans, Barkima. Un matin, la quiétude du foyer est troublée par la visite inopinée de Yaba à travers une discussion alarmante : il est question d’exciser la mère de Kilayé.

Mayô surprend alors Barkima. Résolue et elle-même survivante de cette pratique dangereuse, elle tente de s’opposer à cette décision. La tension monte, les convictions s’entrechoquent. Arrivera-t-elle à convaincre Yaba de ne pas exciser Barkima ?

Tous les angles de perception restent ouverts à toutes les interprétations.

Maimouna Ouédraogo et Assita Soma

«  Manipulation  », un film signé Assita Soma sur l’Autonomisation des femmes

 Dans la vie de couple, le quotidien est parfois alimenté par de multiples maux chez certains.

Dans ce sens, Assita Soma s’engage dans une réalisation cinématographique de 23 minutes sur l’une des difficultés majeures rencontrées par des femmes au foyer très souvent réduite au silence, sous l’emprise de l’époux.

Dans ce projet de film, la réalisatrice lève le voile sur l’autonomisation des femmes avec point focal Kadi, jeune femme d’une trentaine d’années, titulaire d’un master I en Droit.

Kadi vit avec son mari Abdoul et ses deux enfants. L’homme de sa vie se montre attentionné et très amoureux de son épouse si bien qu’il la convainc de limiter ses sorties et se propose de lui faire toutes ses courses.

Kadi, tellement reconnaissante de cet amour et de cette bienveillance, implique son mari dans ses recherches d’emplois. Un jour, Abdoul oublie de fermer son tiroir fétiche à clé et Kadi découvre un lot de demandes d’emplois.

Mis devant les faits, ce dernier avoue avoir saboté toutes les tentatives de Kadi de trouver du boulot de peur de la perdre. Kadi, loin de céder au comportement plus où moins hypocrite de son époux, reste déterminée à travailler malgré les malices de Abdoul.

Les violences conjugales, la triste réalité de certaines femmes au foyer

Selon un rapport de l’institut National de la Statistique et de la Démographie (INSD), au Burkina Faso, la violence conjugale touche au moins 29 % des femmes âgées de 15 à 49 ans, avec environ 20 % ayant subi des violences physiques.

Les formes courantes, selon la source, incluent des agressions physiques, des violences psychologiques et des surcharges de travaux domestiques.

D’où l’importance du film de 18 minutes « Poids du déshonneur  », sur les violences conjugales. Dans ce film, Nafi, une jeune mère constamment battue par son mari, décide de quitter le foyer. Mais, c’est sans compter sur sa famille. Elle est renvoyée par sa famille auprès de qui elle cherche refuge et fait face à l’inaction des services sociaux.

Les parents de Nafi chez leur beau fils accopagnés de la voisine, qui relate les faits afin de soutenir Nafi

Nafi trouve bientôt un emploi et réorganise sa vie. Cependant, menacée de bannissement, Nafi retourne auprès de son bourreau. Mais comme le dit un adage mooré : le chien ne change jamais sa façon de s’asseoir.

Le mari de Nafi récidive son caractère au goût du diable. Cette fois, leur voisine, longtemps témoin des violences subies par Nafi, décide de sortir du silence et relate la réalité aux parents de Nafi.

Des cibles touchées, des valeurs à prôner

Le droit des femmes de travailler, l’excision et la violence conjugales, selon le chargé d’affaires de l’union européenne au Burkina Faso Robert Adam, sont des fléaux qui malheureusement existent toujours dans la société. « Ce  sont des objectifs de nos actions dans la politique interne et dans les actions extérieures de l’Union européenne », a-t-il souligné.

Pour l’autorité coutumière  Neem Naaba, il est temps d’arrêter certaines pratiques telles que l’excision, qui n’est pas une bonne pratique.

«  Quand on parle de valeur traditionnelle, l’excision ne fait pas partie des valeurs traditionnelles », a laissé entendre Neem Naaba, au terme des projections. Cependant, il y a des valeurs traditionnelles à prôner concordant aux propos de Neem Naaba.  « Le respect mutuel , la dignité humaine,  la cohésion sociale et la paix, sont des éléments à cultiver autour de nous », a-t-il déclaré.

L’autorité coutumière  Neem Naaba

Face à l’opportunité de s’exprimer sur la cause des femmes, Neem Naaba exhorte la population burkinabè, à transmettre ses valeurs à la génération future.

Actrice de cinéma, réalisatrice et productrice burkinabè, Azaratou Bancé, présidente de l’association Taafé Vision s’est exprimée sur le rôle interpellateur du film dans la société. Avec beaucoup de conviction, le 7ème art est un moyen de changement de certains comportements néfastes à l’endroit des femmes. « Nous visons à faire comprendre que les violences basées sur le genre existent. Mais, il y a la politique de l’Autriche », a déploré Azaratou Bancé.

Azaratou Bancé

Des projections de telle envergure, renchérit-elle, rappellent la conscience collective que des femmes continuent de subir des violences.

Tout en espérant changer les comportements et éradiquer les violences basées sur le genre, l’initiative de Taafé Vision a trouvé gain de cause chez Roukiatou Bikienga, étudiante en Master I et cinéphile du jour. « Désormais en tant que femme, je retiens que l’excision est une femme à bannir. Je pense que c’est une thématique qui part d’une mauvaise information », a-t-elle affirmé.

Jeune femme touchée par la pertinence du message véhicule par les projections, Roukiatou s’engage à jouer le rôle d’actrice de changement.  « Je m’engage à parler autours de mois, des conséquences de l’excision et à inviter la gent féminine à délaisser cette pratique néfaste, voir dangereuse », a promis avec fermeté, la jeune dame.

Taafé Vision : une lueur d’espoir pour la gent féminine

Taafé Vision, crée en 2017, est une association burkinabè qui utilise le cinéma comme un outil de sensibilisation sociale en faveur des droits des femmes. Elle cuvre à la promotion d’une meilleure représentativité des femmes dans les secteurs du cinéma et de l’audiovisuel à travers la formation aux métiers du cinéma et la production cinématographique au féminin. Cette démarche vise à encourager la production d’œuvres exemptes de stéréotypes de genre et engagées dans la lutte contre toutes les formes de violences basées sur le genre (VBG).

Taafé Vision, en plus de produire, diffuse également des films réalisés majoritairement par des femmes, mettant en lumière des réalités vécues au sein des communautés, notamment les violences faites aux femmes et aux filles ainsi que les inégalités de genre.

Piloté par Azaratou Bancé, I ‘association compte environ 70 femmes incubées et dispose d’une banque d’une douzaine de courts métrages portant sur les vécus de femmes.

Abdoulaye Ouédraogo