Dans le cadre de la célébration de l’Année internationale des agricultrices, initiée par les Nations Unies, un webinaire s’est tenu, ce jeudi 15 octobre 2026 sous le thème : « Les femmes sahéliennes au cœur de la transformation des chaînes de valeur pastorales : l’accès à la formation, aux financements et aux infrastructures marchandes comme levier d’autonomisation et d’épanouissement ». La rencontre virtuelle a permis de faire le point des acquis engrangés et des défis à relever.
L’objectif de cette rencontre virtuelle est de mettre en évidence la contribution des femmes à la transformation des systèmes pastoraux au Sahel et en Afrique de l’Ouest et de promouvoir leur rôle stratégique dans la résilience et la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Cette célébration entre dans le cadre de la deuxième phase du Projet Régional d’Appui au Pastoralisme au Sahel (PRAPS-2). Mis en œuvre par le Comité permanent Inter-États de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS), l’objectif est de renforcer la résilience des pasteurs et des agropasteurs dans les zones ciblées. Ont pris part à ces échanges, les organisations partenaires du projet, les unités de gestion du projet dans les pays la Banque mondiale, les Réseaux féminins des Organisations pastorales, les bénéficiaires du PRAPS-2.

Ce webinaire a servi de cadre pour dresser le bilan de la mise en œuvre de la stratégie genre du PRAPS-2, de faire le point des défis lies à la participation pleine et entière des femmes et proposer des actions pour renforcer le rôle des femmes dans le milieu agropastoral.
Dès l’ouverture, le chargé du PRAPS-2 à la Banque mondiale, Dr Frank Berthe a évoqué la place des femmes dans l’économie pastorale « En Afrique de l’ouest, les femmes réalisent jusqu’à 90% de la transformation et la commercialisation laitière. Pourtant leur travail est trop souvent invisible. C’est pourquoi le PRAPS ne s’est pas contenté de se fixer des cibles mais surtout d’institutionnaliser la place des femmes ». Pour lui, investir dans les femmes pastorales, c’est investir dans la sécurité alimentaire, la résilience et la stabilité du Sahel. A sa suite, le représentant du secrétaire exécutif du CILSS, Seydou Konkobo, a souhaité la bienvenue aux participants et prononcé le discours d’ouverture du webinaire. Pour lui, le pastoralisme, avant d’être une activité économique, représente un motif fidèle, une culture et une réponse séculaire à la variabilité des systèmes. « Une femme formée, financée et intégrée dans les circuits d’affaires est une actrice économique, une décideuse, voire une locomotive de résilience pour toute sa communauté », s’’est-il exprimé.

Sur le volet de la prise en compte du genre, l’experte genre du PRAPS-2, Abibata Adigoun, a présenté les avancées enregistrées par le projet. Parmi les résultats mis en avant figurent le renforcement des compétences des femmes, leur insertion dans des métiers porteurs et leur accompagnement dans le développement d’activités génératrices de revenus. Selon les chiffres présentés, plus de 4 000 femmes ont été formées et insérées dans des métiers porteurs, plus de 150 cadres techniques féminins formées au pastoralisme, plus de 21 000 femmes appuyées dans la conduite d’activités génératrices de revenus. Le PRAPS-2 a par ailleurs contribué à la mise en place d’environ 350 comités de gestion, dans lesquels la représentation des femmes est estimée à 15 %.

En ce qui concerne l’importance du renforcement des capacités des femmes comme moteur de leur autonomisation, la présidente de l’Association des femmes de l’Afrique de l’Ouest (AFAO), Khady Fall Tall a partagé l’expérience de son organisation. Elle a notamment souligné l’accompagnement du PRAPS-2 dans la formation des femmes, en particulier dans la valorisation du lait. Grâce au soutien, des femmes et des jeunes ont pu développer des activités économiques et créer des emplois. Elle a également évoqué l’existence de quatre grandes coopératives ainsi que la mise en place, par l’Union européenne, d’un centre de formation destiné à renforcer les capacités des femmes et à contribuer à la lutte contre la malnutrition. Pour Khady Fall Tall, ces expériences méritent d’être reproduites afin d’élargir les possibilités d’emploi et de revenus dans les communautés pastorales. Pour terminer, elle a salué, les changements stratégiques et les évolutions de mentalités auxquels le PRAPS-2 a contribué.
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Si la formation et l’accès aux activités économiques constituent des leviers d’autonomisation, la participation des femmes aux décisions reste également un enjeu majeur. C’est l’un des points mis en avant par Hindatou Hamadou lors de la présentation du manifeste des Universités des Femmes en milieu pastoral et agropastoral. Co-production de la RBM, APESS, ROPPA et du WILDAF-AO, ce document entend replacer le leadership féminin au cœur de l’agenda politique pastoral ouest-africain. Il prône notamment la promotion de la masculinité positive et de l’éducation comme leviers d’émancipation. Il met également en évidence les obstacles persistants, comme l’application insuffisante des politiques et des textes, l’insécurité et la faible participation des femmes aux processus de décision et d’action. La vision portée par ce manifeste se résume en une formule : « Rien pour le monde pastoral sans les femmes ». À travers cette position, les organisations signataires défendent une vision qui place les femmes au cœur des décisions concernant leurs communautés. Elles appellent ainsi à dépasser les barrières sociales, économiques et environnementales qui limitent la participation effective des femmes.
Les témoignages des bénéficiaires ont ensuite appuyé les dires des intervenants. Fatime Zeyd Musli, présidente d’une mini-laiterie a expliqué comment son activité de transformation du lait, autrefois menée de manière rudimentaire, a évolué avec l’appui du PRAPS-2. Le projet a contribué à la mise en place d’une mini-laiterie et à la formation des femmes de sa communauté. « Nos vies ont changé avec l’appui que le PRAPS fait au niveau de ma communauté. Je suis actuellement la présidente du comité exécutif du Chartre pastoral pour trois communes, qui est composé de 1254 membres, dont 42% de femmes. Nous avons pu avoir non seulement l’accès aux compétences, mais également l’accès à la ressource financière, et une position beaucoup plus visible dans nos communautés », a-t-elle dit.
L’expérience d’Ami Biktou, fondatrice d’une laiterie-fromagerie au Niger, illustre pour sa part l’apport des outils numériques dans le développement des activités pastorales. Lauréate du hackathon pastoral organisé par le RBM, elle a développé une plateforme destinée à faciliter la commercialisation du lait local. Cette initiative lui a permis de mettre en relation plusieurs laiteries et différents points de vente de lait. Son expérience montre comment le numérique peut contribuer à améliorer la commercialisation des produits pastoraux et à rapprocher les acteurs d’une même chaîne de valeur.
Malgré les avancées présentées, plusieurs obstacles continuent de freiner le développement des activités portées par les femmes. Les difficultés d’accès à la terre, l’insuffisance de l’investissement privé et les contraintes liées à l’accès aux marchés figurent parmi les défis. Pour
y remédier, le PRAPS 2 ambitionne de soutenir environ 300 sous-projets dans les six pays concernés par le projet. L’accès durable aux ressources financières, aux technologies et à l’information continue de limiter les actrices du monde pastoral. Face à ces difficultés, les intervenants ont insisté sur l’importance de mieux organiser les femmes au sein de structures faîtières et d’adapter les formations, les mécanismes de financement et les infrastructures aux réalités de chaque contexte.
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Quant au bilan global, les données présentées font état de financements accordés dans plusieurs segments de la chaîne de valeur. Dans la filière bétail et viande, 148 projets auraient été financés, 55 sous-projets financés, avec 1 158 femmes bénéficiaires en transformation et commercialisation.
Dans le domaine de la production d’aliments, 72 sous-projets ont été financés, avec environ 4 589 bénéficiaires. Pour les activités de services, 283 sous-projets financés, dont 85 projets portés par des femmes.
Au total, les femmes bénéficiaires sont au nombre de 8 984, contre 8 669 hommes. Ces chiffres témoignent de la place accordée aux femmes dans les dispositifs d’appui du projet.
L’enjeu pour le PRAPS-2 et ses partenaires est désormais de consolider les acquis, de favoriser la diffusion des initiatives réussies et de poursuivre les efforts engagés pour permettre aux femmes d’occuper une place plus importante dans les chaînes de valeur pastorales. Car au-delà de leur autonomisation économique, leur participation représente un levier pour renforcer la résilience des communautés et contribuer à la sécurité alimentaire au Sahel.
En rappel, le PRAPS 2 couvre six pays sahéliens à savoir le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Tchad et s’inscrit dans la continuité du PRAPS, 1 mis en œuvre de 2015 à 2021.
Latyfah Sawadogo stagiaire



