Ada Yaya Bocoum, fait partie des premières femmes qui se sont imposées dans le milieu de l’architecture au Burkina Faso. Depuis plus de vingt ans, elle bâtit des villes en Afrique de l’Ouest. Elle a aussi dû, à chaque étage, démonter les préjugés qui voulaient qu’une femme ne dessine pas de bâtiments. A la faveur le Prix Étalon du Génie Civil – Architecture Féminine Afrique de l’Ouest, qui lui a été décerné lors de la 5ᵉ édition de l’Étalon du Génie Civil le 25 juillet dernier, nous sommes allés sa rencontre. Portrait d’une femme chez qui rigueur, discipline et humilité sont maîtres-mots !
C’est dans une robe à base de Koko Dunda adaptée à sa silhouette fine que Ada Yaya Bocoum, chaîne au cou et quelques accessoires féminins au bras nous accueille. « Il y a quelqu’un devant la porte. Attendez, je vais venir vous ouvrir », pouvait-on entendre sa voix depuis l’intérieur. En effet, malgré la présence de son assiste, c’est elle-même Ada Yaya Bocoum qui nous ouvre la porte. Tout de suite, on découvre une femme au contact facile et très humble.
Issue d’une famille de 5 enfants, d’un père ingénieur hydraulicien et d’une mère professeure d’art ménager, Ada Yaya Bocoum est née à Ouagadougou. Son nom Bocoum, hérité de ses parents originaires de Dori, trouve racine au Mali.
Elle fait ses premiers pas d’écolière à l’école primaire de Plateau en 1984, située à Zogona, devenue Azimut.
« Et après, j’ai fait l’école Mission fille à Niamey et j’ai eu mon certificat d’études primaires à Niamey, au Niger », explique-t-elle.
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Ada, appelée à suivre ses parents pour qui voyager de pays en pays est un devoir professionnel, est inscrite au collège Sacré-Cœur, de N’Djamena, au Tchad en 1990. Elle y poursuit son parcours scolaire avant de revenir au collège protestant de Ouagadougou où elle obtient son premier diplôme, le BEPC en 1994.
L’étape du collège protestant bouclée, Ada se retrouve au lycée technique de Ouagadougou (LTO) aujourd’hui devenu Lycée technique Sangoulé Lamizana. Etablissement où elle obtient le baccalauréat, série E en 1997.
Après le baccalauréat, Ada YAYA BOCOUM entre à l’école africaine des métiers de l’architecture et de l’urbanisme, une école inter-Etat avec 14 pays membres basée au Togo, ou elle sort avec le diplôme d’architecte Urbaniste DEIAU en 2003.
Une histoire de passion
Ada Yaya Bocoum, a eu une enfance tranquille, animée par la curiosité et des voyages qui lui ont favorisé l’apprentissage auprès de ses parents strictes et rigoureux. « Ils m’ont appris que le travail était une chose très, très importante », assure -t-elle.
Et puisque voyager permet d’apprendre des autres et de découvrir, Ada, bien que jeune, jouit d’une ouverture d’esprit penchant en sa faveur à force de voyager de pays en pays.

Ce qui, selon elle, l’a amené à s’intéresser aux métiers particuliers qui font appel à la culture, à l’art et la technique avec le stylisme comme ultime passion.
Mais, son choix pour le métier d’architecte a été fait, lorsque Ada, élève en classe de 2nde, croise le chemin d’un architecte. Il s’agit de feu Mamadou Dabré, une figure bien connue de l’architecture au Burkina Faso des années 1980 à 1990.
Avec des chefs d’œuvre comme le salon d’honneur de l’aéroport de Ouagadougou et l’ambassade du Canada au Burkina Faso. Face à l’ingéniosité de ce dernier, Ada est tout de suite séduite par le métier d’architecte.
« J’ai été vraiment fascinée et admirative face à ce qu’il faisait. Du coup, je me suis dit, ce métier m’intéresse », se souvient-elle.
Alors, stylisme où l’architecture, que ce soit l’un ou l’autre, il est question de l’art et à défaut d’habiller les hommes, Ada Yaya Bocoum habille des villes depuis 2003.
Une vie de passion qu’elle mène, après avoir intégré Le cabinet d’architecture Afrique Archi aujourd’hui Sata Afrique, suite à l’obtention de son diplôme d’architecte urbaniste.
Avec plus de 20 ans d’expérience dans le métier d’architecte urbaniste, Ada a piloté la réalisation d’innombrables projets de construction.
Des projets parmi lesquels, la réalisation du centre Arc-en-ciel en 2020. Une initiative de l’association APECA a marqué Ada et continue de faire vibrer son cœur. « Ce projet représente ce que je pense que l’architecture devrait être. Nous avons travaillé avec la communauté environnementale et on a utilisé des matériaux appropriés avec des blocs de terre comprimés et fait une double toiture », confie-t-elle.
Ce projet, bien qu’il fasse la fierté de Ada Yaya Bocoum, est loin d’être le projet le plus grand ou le plus important, réalisé par la native de Ouagadougou, à la carrière marquée par le succès aussi bien au plan national qu’international.
Directeur général de l’entreprise Trilogie, Wati Laurent Zoma, client de Ada Yaya Bocoum depuis 5 ans ne tarit pas d’éloge la concernant. Vidéo!
Du Burkina Faso, au Mali, en passant par le Sénégal, Ada Yaya Bocoum a mis son professionnalisme au profit de multiples entreprises à l’image de la BSIC Burkina Faso, l’Association Professionnelles des Banques et établissements financiers du Burkina Faso (APBEF – B, la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et aussi à de nombreux particuliers de la sous-région. « Il nous arrive d’être sollicité hors du Burkina Faso et on est fiers de pouvoir contribuer justement au paysage urbain de beaucoup de villes », témoigne-t-elle.
Travailler avec des différents types d’institutions et particuliers, permet de pouvoir aller des projets moins importants aux projets plus importants et avec des impacts différents.
Une opportunité que Ada Yaya Bocoum a, de pouvoir enrichir son expérience et celui de l’agence Africa Etudes SARL, dont elle est fondatrice depuis 2010.
Technicien en génie civil à Africa Etudes SARL depuis 14 ans, Régis Kaboré, connaît au mieux Ada Yaya Bocoum qu’il qualifie de très humble, rigoureuse et ouverte d’esprit. Vidéo !
La carrière jalonnée de succès de Ada Yaya Bocoum n’a pas toujours été rose depuis le début. Le métier d’architecte urbaniste étant autrefois réservé aux hommes, Ada a dû batailler pour briser le mur des stéréotypes, afin de s’offrir une place dans le domaine.
« Au tout début de ma carrière, j’ai eu des situations où les gens s’attendaient à voir un architecte homme et finalement, c’était moi, une femme et en plus une jeune. Donc, il y a quelqu’un qui a eu à dire : Non, est-ce que vous êtes sûre qu’elle pourra faire le projet ? Donc, il m’est arrivé de démarrer difficilement des collaborations et prestations », avoue-t-elle.
Le genre d’expérience, devenu beaucoup moins fréquent à son égard de nos jours.
« Le métier d’architecte, c’est pour accompagner tout le monde »
En 2014, alors qu’elle avait déjà le vent en poupe, Ada Yaya Bocoum est sollicitée par un couple, avec un objectif particulier. Celui de la construction d’une maison avec un budget limité d’environ 20 millions. « Ils ont été vraiment très clairs en donnant le budget qu’ils avaient et on a pu leur offrir une construction à la hauteur de leur rêve avec les moyens disponibles », explique-t-elle.
Une étape qu’elle qualifie d’expérience enrichissante vécue avant de rappeler que le métier d’architecte, c’est pour accompagner tout le monde.
Pour Ada, toutes les couches peuvent avoir recours au service de l’architecte. « Quand vous avez surtout un budget très réduit, c’est en ce moment qu’il faut venir vers ce professionnel pour vous aider à réaliser votre projet avec les moyens qui sont à votre disposition », recommande-t-elle.
Mère d’une fille, épouse et cheffe d’entreprise, Ada Yaya Bocoum se définit comme une citoyenne burkinabè ordinaire.
Rigoureuse, disciplinée et pleine d’humilité malgré son succès qui transcende les frontières du Burkina, elle garde les épaules sur terre.
« Au bureau la règle est simple. Je l’appelle madame comme tous mes collaborateurs et elle nous traite aux mêmes pieds d’égalité », explique sa fille, Welli Fadima Bocoum Kouom Ekwame, également architect à Africa Etudes SARL.

En tant que mère, dit Welli Fadima Bocoum Kouom Ekwame, j’apprends à ses côtés et elle me transmet les valeurs telles que la discipline, la rigueur et le travail bien fait.
Sœur jumelle de Ada, Hawa Béré Bocoum admire particulièrement sa rigueur et sa ponctualité, qu’elle manifeste aussi bien dans sa vie professionnelle que familiale.
Selon Hawa Béré Bocoum, c’est une personne fiable, qui honore toujours ses engagements et qui place le professionnalisme au cœur de tout ce qu’elle entreprend. « J’apprécie sa constance et son sens des responsabilités, qui inspirent confiance à ceux qui ont la chance de travailler ou d’évoluer à ses côtés. C’est une personne sur laquelle on peut compter car lorsqu’elle donne sa parole où prend un engagement , elle s’y tient », souligne-t-elle.
Vice-présidente chargée de la formation des Fédérations des architectes francophones d’Afrique de 2021 à 2024, Ada Yaya Bocoum a également assuré la fonction de présidente de l’Ordre des architectes du Burkina Faso de 2023 à 2025.
Une qualité, apprécié par Wati Laurent Zoma, directeur général de l’entreprise Trilogie et client de Ada Yaya Bocoum.
« Je suis un client qui n’est pas beaucoup disponible pour les amendements tout en sachant qu’à travers les réflexions, on est souvent amené à faire d’autres corrections. Ce qui ne passe forcément pas chez d’autres architectes. Mais, Ada, est une qui est disposée à corriger le projet et à reprendre certains aspects auparavant validés », confirme-t-il.

Intransigeante, voire catégorique, la franchise est un principe cultivé par Ada Yaya Bocoum tout au long de sa carrière. Ce qui lui a parfois coûté la perte de certains marchés, mais, pas l’amener à trahir son code de travail. « Tous les choix qu’on fait, il faut accepter et il faut assumer. Donc cette attitude, bien sûr, nous a coûté certaines situations », interpelle-t-elle.
L’ancien collaborateur de Ada Yaya Bokoum à l’ordre des architectes du Burkina, Aboubacar Djehidy Bolly admire également son professionnalisme. Podcast !
Ada est faite Chevalier de l’ordre du mérite en 2021. En 2026, Ada Yaya Bocoum continue d’imposer le respect à travers ses prouesses, comme l’illustre son prix de l’architecture féminine ouest-africain de l’Étalon du génie civil 2026, remporté.
Bien qu’elle dise ne pas travailler pour les distinctions, celle qui pense remplir sa mission d’architecte avoue être animée par un sentiment de fierté de recevoir des récompenses au regard de ses accomplissements.
Puisque que l’humilité précède la gloire, Ada Yaya Bocoum occupe le poste de Secrétaire Générale de la Fédération des Architectes Francophones d’Afrique, composée de 19 pays membres pour le mandat 2025 – 2027. Podcast !
Passionnée, Ada est une professionnelle prête à répondre aux exigences de ses clients, s’il le faut pour atteindre la perfection.
Ada Yaya Bocoum, c’est aussi une architecte urbaniste qui s’adapte aux réalités. Dans un monde où l’utilisation du numérique en milieu professionnel est presque indispensable, elle s’allie et fait de l’intelligence artificielle, un sérieux outil de travail.
Sur le plan professionnel et continental, Ada met son expertise au service de la profession en s’impliquant au sein d’instances fédérant les architectes francophones d’Afrique et de réseaux panafricains d’écoles d’architecture. Œuvrant ainsi à renforcer les échanges, la formation et la solidarité entre professionnels du continent.
Cette diversité d’engagements traduit une vision de l’architecture, indissociable de sa dimension humaine et sociale, où le métier de bâtisseuse se conjugue avec celui de citoyenne engagée pour le progrès collectif. « Je suis Membre de la Jeune chambre internationale et de Toastmasters International, Du FACT Sahel + (Forum des acteurs de la Construction en terre) », dit-elle.
Ada, caresse le rêve d’éliminer l’esprit de « moins cher » recherché par certains particuliers car pour elle, à force de vouloir décider de prendre l’option de moins chère, on est obligé de refaire et refaire. « Et finalement, vous payez peut-être trois fois, là où vous payez une bonne fois le bon prix », dit-elle.
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Au-delà de sa pratique architecturale, Ada Yaya Bocoum incarne un engagement social constant, porté par une conviction profonde. Celle selon laquelle, bâtir ne se limite pas à ériger des structures, mais consiste aussi à construire du lien humain et à accompagner les générations montantes.
Sensible aux enjeux de solidarité et d’entraide, Ada participe également à des actions humanitaires et communautaires visant à soutenir les personnes vulnérables et à promouvoir un développement plus inclusif dans la sous-région sahélienne.
L’engagement de l’architecte urbaniste Ada Yaya Bocoum se déploie aussi dans le champ de l’éducation et de l’excellence académique, à travers des émissions telles que Tableau d’Honneur, où elle encourage et valorise le mérite des jeunes élèves. Contribuant ainsi à cultiver une culture de l’effort et de la réussite chez la jeunesse.
Croyante et pratiquante, Ada est une fane de la musique religieuse et celle de Alif Naaba, le prince au pied nu.
Très liée à la culture, son plat préféré est le « Benga », niébé en langue nationale mooré, qu’elle qualifie de nourriture particulièrement complète.
Ada Yaya Bocoum a un message à l’endroit des jeunes, particulièrement les jeunes filles. « Si vous aimez ce métier et que vous tenez à le faire, donnez-vous les moyens pour y arriver », recommande-t-elle.
Abdoulaye Ouédraogo/www.queenmafa.net



