Femmes mises à l’écart des mécanismes de paix et de médiation : la situation inquiète les délégations au Conseil de sécurité

Sur initiative de la Colombie qui assure la présidence du Conseil de Sécurité de l’ONU pour ce mois de juin, un débat public s’est tenu, au sein de l’organe, ce 17 juin, autour du thème : « La paix se décide avec les femmes : sortir du conflit en renforçant leur participation ».

Cette activité vise à faire le point de la participation des femmes aux processus de paix et de médiation, à travers le monde. D’emblée, la majorité des délégations présentes a malheureusement, reconnu une large exclusion des femmes des processus politiques et de paix. «Et ce, malgré les conclusions des études menées dans le cadre de la mise en place de la résolution 1325, initiant le programme femmes-paix et sécurité», a déploré Mme Sima Sami Bahous, la directrice exécutive d’ONU-Femmes.

Lesquelles conclusions mentionnent que le risque de conflit s’accroît dans les zones où les femmes sont en dehors de la vie publique.

L’ONU œuvre fortement pour l’implication des femmes. Pour preuve, au cours des cinq dernières années, la participation des femmes aux opérations menées par l’institution se situe entre 16 et 23%. Ce taux certes faible, constitue le double du taux mondial et connaît de nos jours, une baisse car « Le rôle de l’ONU est, de plus en plus, marginalisé », a relevé la directrice exécutive d’ONU-Femmes

Au regard de cette situation critique, il est important d’aider à l’atteinte de l’objectif fixé, il y a deux ans, par le secrétaire général de l’ONU. Celui d’avoir, au moins, un tiers de représentation des femmes en s’engageant ensemble pour une participation des femmes aux processus de paix parce que, selon Mme Bahous, de l’inaction résultent, des accords avortés, des cessez-le-feu rompus et des transitions qui n’ont pas tenu leurs promesses.

Ainsi, il est plus que jamais nécessaire que les femmes jouent leur partition. En effet, se basant sur son expérience aux cotés de femmes refugiées de Sierra Léone, la lauréate du prix Nobel de la paix, Mme Leymah Gbowee ne se fait aucun doute en affirmant : « Lorsque les femmes travaillent ensemble, elles peuvent apporter la paix dans leur communauté. » pour reconnaître la nécessité d’inclure les femmes dans les processus de paix.

Pour elle, plus de 25 ans après l’adoption de la résolution 1325, les engagements doivent maintenant, faire place à l’action.

Allant dans le même sens, Mme Kaavya Asoka, directrice du groupe de travail des ONG sur les femmes et la paix et la sécurité invite les Etats, ‘‘à rejeter’’ les processus intervenus en l’absence des femmes. Elle met l’accent sur la présence des femmes lors des négociations. « Les femmes doivent être présentes à la table des négociations notamment, les défenseuses des droits humains, les actrices de la consolidation de la paix et les responsables de mouvements féministes », a-t-elle souligné.

A l’instar de ces personnalités, plusieurs Etats ont aussi donné de la voix. Entre appel pour une participation plus visible des femmes et plaidoyers pour garantir une participation efficace et en toute sécurité de celles-ci, les avis sont partagés. Cependant, tous convergent vers une même idée, les femmes ont leurs mots à dire dans les mécanismes de paix et de médiation.

La Colombie a rappelé que son accord de paix de 2016 avait intégré une dimension de genre. Mais, elle a dénoncé l’absence massive des femmes dans les négociations.  « Les femmes sont absentes de 9 tables de négociations sur 10 », a regretté, la ministre des affaires étrangères de la Colombie.

Le Danemark a insisté sur la nécessité de garantir une participation réelle et sécurisée des femmes. A cet effet, la France, de son côté, a affirmé que l’inclusion des femmes est une condition indispensable pour une paix durable. « La participation des femmes à tous les aspects du maintien de la paix doit demeurer la boussole du Conseil car il s’agit de la condition d’une paix durable », a martelé la délégation française.

Israël, quant à lui, a mis l’accent sur la protection des femmes contre les violences et les représailles, plaidant pour des mécanismes concrets afin de renforcer leur sécurité dans les processus de paix. « De nombreux éléments de preuve de violence sexuelle disparaissent au lendemain d’une attaque », clame-t-il.  la représentante d’Israël.

Selon la représentante d’Israël, comme solution pour assurer cette protection, Israël, aux côtés de la Suisse et l’Argentine, a mis en œuvre, une nouvelle trousse à outils pour doter les premiers intervenants d’instruments leur permettant d’identifier, de recenser et de préserver les preuves dans des conditions extrêmes.

Le débat au Conseil de sécurité  a mis en lumière, une réalité préoccupante : les femmes restent trop souvent, écartées des mécanismes de paix et de médiation, en dépit de la reconnaissance de leur rôle primordial dans ces processus. Que ce soient les personnalités ou les Etats, tous épousent la même idée. Celle d’une participation réelle, sécurisée et protectrice des femmes qui demeurent le socle d’une paix durable. Par conséquent, il est temps, de transformer en actions concrètes, les engagements pris à ce  sujet.

Source Press.un.org

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