Quand on parle de Droit en Santé sexuelle et reproductive, on fait forcement référence à l’accès à des services de soins de qualité, incluant la contraception, le suivi de la grossesse et de l’accouchement ainsi que la prévention des infections. Toutefois, en bénéficier en tant que personne vivant avec un handicap relève du parcours de combattant. Et cela, malgré les différentes campagnes de sensibilisation menées par certaines associations. Dans cet entretien, sans filtre, Laure Kaboré, jeune femme vivant avec un handicap et secrétaire générale du bureau du conseil d’administration de l’Association action pour un Monde Meilleur (A.M.M), livre un témoignage poignant sur la marginalisation et les barrières physiques dans les structures de soins.
Parlez-nous de votre parcours scolaire
Mon parcours scolaire s’est limité à la classe de première. Mais, par la suite, j’ai eu l’opportunité de suivre plusieurs formations complémentaires, notamment en comptabilité, informatique, numérique, réseaux sociaux et leadership. Ces formations m’ont permis d’acquérir des compétences pratiques, de développer ma confiance en moi et de renforcer ma capacité à prendre des initiatives.
Quel est aujourd’hui votre parcours professionnel ?
Aujourd’hui, je suis membre de l’Association action pour un Monde Meilleur (A.M.M) . Au sein de l’association, il y a le bureau du Conseil d’Administration et j’occupe le poste de secrétaire générale dudit bureau. Je suis également engagée dans la défense des droits et l’inclusion des personnes handicapées, particulièrement des femmes et des filles handicapées. Je m’intéresse à l’informatique, au numérique, aux réseaux sociaux, à la comptabilité et au leadership. J’utilise également le numérique comme un outil de communication, de sensibilisation et d’autonomisation car je souhaite contribuer à créer davantage d’opportunités économiques et numériques pour les femmes et filles handicapées.
Quelle est votre réalité au quotidien, en matière de santé sexuelle et reproductive ?
Franchement ! C’est très compliqué. Déjà, pendant les rapports sexuels, c’est souvent douloureux. Du moment qu’on est handicapé, on a l’impression qu’il y a des choses qu’on ne peut pas se permettre. Quand on entend les gens parler des choses, on sait pertinemment qu’elles ne nous sont pas accessibles en raison de notre morphologie.
Comme quoi par exemple ?
Quand je parle des choses qu’on ne peut pas se permettre de faire, c’est que pendant les rapports sexuels, il y a des positions que les gens adoptent. Mais, je sais que certaines de ses positions sont difficiles à pratiquer quand tu es une personne vivant avec un handicap.
Et sur le plan purement sanitaire, comment cela se traduit-il ?
Dans ma situation, je suis déformée d’un côté. Porter une grossesse comporte d’énormes risques. J’en ai déjà vécu une, qui n’a pas abouti : le fœtus était mort-né et il a fallu l’évacuer ou recourir à une interruption sécurisée de grossesse. C’est une épreuve terrible.
Plusieurs témoignages font cas de difficultés d’accès aux soins par les personnes handicapées. Est-ce, vraiment le cas ?
À l’hôpital, le simple fait d’avoir accès à des soins de base relève du défi. Rien que pour accéder à la table de consultation, c’est tout un problème. Soit, la table est trop haute ! Soit, il y a des escaliers infranchissables. Tout cela nous complique la vie. Côté maternité, c’est encore plus lourd.
Vous ne vous faites pas accompagner en allant à l’hôpital ?
Non. Je ne me suis jamais faite accompagner par une personne. C’est juste mes aides-soignants qui m’accompagnent. D’habitude, quand je me sens mal, je n’ai même pas le courage d’aller à l’hôpital. Je préfère contacter directement ma maman qui est sage-femme et elle va me prescrire, ce que je dois prendre et je vais payer. Ça m’évite d’aller m’asseoir et je ne vais pas avoir ce que je veux.
Elle est au Cameroun. Donc, c’est par messages whatsApp, qu’on échange plus. Parfois, quand je lui explique ce qui se passe, elle n’est pas contente. Mais, que peut-elle faire ? Absolument rien ! Il faut que plusieurs personnes se mettent ensemble pour que quelque chose se fasse.
Et comment vous vivez cette situation ?
Franchement, le sentiment que j’ai, je suis déçue même de certains de nos agents de santé parce qu’on est tous des humains. Pourquoi on va faire la différence entre une personne handicapée et une personne normale (non-handicapée) ? On est tous des humains. Il n’y a pas de différence entre nous.

Ce que je veux, c’est qu’on nous mette sur le même pied d’égalité. Ce n’est pas parce qu’on est handicapé qu’on ne peut pas travailler. Ce n’est pas parce qu’on est handicapé qu’on ne peut pas se soigner. Ce n’est pas parce qu’on est handicapé qu’on doit toujours nous mettre à l’écart et nous prendre en dernier. Franchement, ce n’est pas intéressant.
Quel est alors votre message pour vous faire entendre ?
Je préconise que pour les soins de santé, ils n’ont qu’à envoyer le matériel adapté pour les personnes vivant avec un handicap et les personnes ne vivant pas avec un handicap. Comme ça, si les personnes handicapées arrivent, elles ne vont pas se sentir frustrées. Il faut aussi des rampes d’accès et des fauteuils pour nous permettre aussi de nous sentir à l’aise quand on part pour se faire soigner.
Quel message adressez-vous aux autorités ?
Mon message aux autorités est de renforcer les actions en faveur des personnes handicapées. Il faut notamment améliorer l’accès à la formation, à l’emploi, au financement, au numérique, à l’entrepreneuriat, à la mobilité et aux soins de santé. L’accessibilité des centres de santé reste également une grande difficulté pour les personnes handicapées. Certains établissements ne sont pas suffisamment adaptés aux personnes à mobilité réduite. Ce qui peut rendre les déplacements, les consultations et l’accès aux services de santé très difficiles. Je demande donc aux autorités de prendre davantage en compte l’accessibilité dans la construction et l’aménagement des centres de santé, mais aussi de faciliter l’accès aux soins pour les personnes handicapées. Nous avons des compétences, des idées et des capacités. Nous ne voulons pas seulement être bénéficiaires d’aide : nous voulons être des actrices du changement, des leaders et participer pleinement au développement de notre pays.
Entretien réalisé par Abdoulaye Ouédraogo



