Cancer du col de l’utérus, cancer du sein ! Voilà deux maladies très connues qui inquiètent la population surtout, les femmes. Mais, on oublie souvent, un autre type de cancer : celui de l’endomètre. Le 4 juillet 2026, l’étudiante en médecine, Pengde-Windé Prisca Carenne Tassembédo épouse Zombré, a levé le voile sur ce phénomène au cours de sa soutenance qui a eu lieu, à l’université Joseph Ki-Zerbo. Elle a obtenu la mention très honorable avec les félicitations du jury.
L’endomètre est la paroi interne de l’utérus. Chaque mois, il s’épaissit pour préparer une éventuelle grossesse. En l’absence de grossesse, cette couche se détache et est évacuée sous forme de règles (menstruations). Toute chose qui est normale. Cependant, il peut être le siège d’une multiplication anarchique et incontrôlée de cellules entraînant un cancer. C’est ce point qui a fait l’objet de recherche sur le thème « Aspects anatomopathologiques des cancers de l’endomètre diagnostiqués à Ouagadougou du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2024».
Comprenons d’abord, ce qu’est l’anatomopathologie. Souvent appelée « anapath » ou anatomie pathologique, elle est une spécialité médicale qui étudie les modifications morphologiques des tissus, des organes et des cellules pour diagnostiquer les maladies, en particulier, le cancer.
Selon Prisca Tassembédo, les facteurs de risque sont, entre autres, l’obésité, le diabète, l’hypertension artérielle, le fait de ne pas avoir d’enfants ou d’en avoir après 30 ans, la puberté précoce, la ménopause tardive ainsi que l’utilisation prolongée de traitements œstrogéniques ou du tamoxifène (utilisé dans le traitement du cancer du sein). Un traitement œstrogénique désigne l’administration médicale des principales hormones sexuelles féminines dans le but de combler un manque d’hormones ou pour réguler certaines fonctions de l’organisme.
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Une réflexion profonde sur un mal silencieux
Ce thème a été proposé par le directeur de thèse Dr Franck Auguste Hermann Adémayali Ido, maître de conférences agrégé en anatomie et cytologie pathologiques. L’objectif est de mener une étude sur cette pathologie peu connue et peu documentée afin de contribuer à une meilleure connaissance de ce mal, ici au Burkina Faso.

L’étude a concerné six structures sanitaires dont les CHU Yalgado Ouédraogo, Bogodogo et Tengandogo ainsi que la polyclinique Sandof, la clinique Wend-Toin et l’hôpital Schiphra.
Ont été inclues dans cette recherche, toutes les femmes chez qui, un cancer de l’endomètre a été histologiquement confirmé, du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2024. Lorsqu’un médecin ou un scientifique utilise le terme histologiquement, il indique que l’analyse, l’observation ou la confirmation d’un fait a été réalisée en examinant un fragment de tissu (une biopsie, par exemple) au microscope.

Des conclusions pertinentes
Prisca est parvenue aux conclusions selon lesquelles, l’incidence du cancer de l’endomètre est en augmentation et le cancer touche principalement, les femmes ménopausées. Comme tout cancer, lorsqu’il est diagnostiqué et pris en charge précocement, il est associé à un bon pronostic avec un faible risque de récidive et un taux de survie élevé.
Aux termes de son analyse, Prisca Tassembédo a émis des recommandations. Au nombre de ces recommandations, la chercheure a suggéré la mise en place des campagnes de sensibilisation sur les facteurs de risque du cancer de l’endomètre ainsi que l’introduction de l’immunohistochimie. L’immunohistochimie (IHC) est une technique de laboratoire qui utilise des anticorps pour détecter, identifier et localiser des protéines ou des antigènes spécifiques dans des coupes de tissus cellulaires. Elle est principalement, utilisée en anatomopathologie pour diagnostiquer des maladies, notamment pour typer et caractériser avec précision, les tumeurs cancéreuses afin d’améliorer le diagnostic dans les hôpitaux publics.
La doctorante a tenu, à lancer un message poignant à l’endroit des femmes. « Allez en consultation dans un centre de santé devant tout signe d’alerte, notamment les saignements anormaux de la sphère génitale (surtout chez les femmes ménopausées) ou lorsque vous constatez soit des écoulements clairs ou du pus, soit des douleurs au bas-ventre ! », interpelle-t-elle.
Dans la même veine, Dr Ido, Chef du service d’anatomie et cytologie pathologiques du Centre Hospitalier Universitaire de Tengandogo soutient : « Dès qu’il y a un saignement chez une femme ménopausée ou pré-ménopausée, il ne faut pas hésiter à aller vers les gynécologues et les structures de santé pour qu’on puisse détecter parce que tout cancer, quand il est diagnostiqué tôt, meilleur est le pronostic et plus facile est la prise en charge ».
Une proposition salutaire de Dr Ido vient renforcer celles déjà annoncées plus haut par Prisca Tassembédo. En effet, il s’agit d’utiliser les données recueillies pour en faire, une base de travail qui va servir de plaidoyers et une meilleure prise en charge des patientes.
« Dans notre contexte, le cancer de l’endomètre fait partie des cancers honteux, comme on le dit dans le jargon populaire parce que tout ce qui touche la sphère génitale de la femme est un sujet tabou », a-t-il précisé.
Parfois, le cancer de l’endomètre part d’un signe banal et devient compliqué, par la suite, s’il est ignoré. Malheureusement, c’est quand les saignements deviennent intenses ou quand elles ressentent un certain inconfort que certaines femmes commencent à se rendre en consultation. A ce moment, c’est souvent, trop tard.
Réussir à accomplir cette mission n’a pas été facile pour Prisca Tassembédo parce qu’il fallait fouiller de nombreux comptes rendus, trouver des informations pertinentes et collecter minutieusement les données pour en faire des statistiques. Ce qui a rendu la collecte, longue et pénible selon ses propos. Heureusement, Prisca sait compter sur ses collègues qui l’ont aidée. Eux aussi, par la même occasion, poursuivent le même objectif, à savoir, la collecte des données pour leur propre thèse. » Ce travail d’équipe a grandement facilité la démarche », a-t-elle lancé, avec enthousiasme.
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Professeur titulaire en Anatomie et Cytologie Pathologiques à la faculté des Sciences de la santé (S.D.S) de l’Université Joseph Ki-Zerbo, Aimé Sosthène Ouédraogo est le lauréat du prestigieux « Prix André Gouazé » du 20e concours d’agrégation en médecine tenu à Brazzaville en Novembre 2020. I l est le président du jury.
Pr Aimé Sosthène Ouédraogo a fait savoir que ce thème est un sujet d’actualité tout en indiquant que la médecine est difficile. Cette difficulté pousse parfois, les étudiants à abandonner. « Quand on voit une étudiante qui se consacre à ses études et qui arrive à produire une telle œuvre, on ne peut que l’applaudir », a-t-il déclaré avant de poursuivre « La réussite est un compagnon de la vie, qui vous donne des opportunités d’aller de l’avant. Alors, accrochez-vous ! Le chemin, il est long et court. Il est long si vous n’écoutez pas les aînés et court pour celui qui s’inspire des erreurs et de l’expérience des autres. Je vous souhaite une bonne vie de famille, une bonne carrière médicale dans la spécialité que vous aurez choisie », a confié le Chef du service d’anatomie et cytologie pathologiques du centre hospitalier universitaire de Bogodogo.
Françoise Tougry


