Build Girls and Women Power (BGWP) : 500 jeunes femmes bénéficiaires directes

Le lancement du projet Build Girls and Women Power (BGWP) marque une étape historique dans le militantisme féministe en Afrique francophone. Porté par le Fonds Pananetugri, il s’inscrit dans le programme global Société Égalité pour une Transformation. L’ambition est claire : passer d’initiatives isolées à une dynamique régionale coordonnée, capable d’influencer durablement les politiques publiques et les mentalités. Micheline Kaboré, coordinatrice du Fonds, a ouvert la cérémonie par une phrase devenue emblématique : « Le pouvoir ne se donne pas, il se construit. »

Le projet Build Girls and Women Power (BGWP) s’appuie sur des objectifs précis. Il s’agit de 8 pays d’intervention, 500 jeunes femmes bénéficiaires directes, 20 organisations féministes partenaires renforcées, 4 réseaux régionaux créés ou consolidés, 25 % d’inclusion rurale minimale.

Aminata Ouédraogo, responsable d’éducation, a rappelé une statistique glaçante : au rythme actuel, l’égalité réelle entre les genres ne sera atteinte que dans 300 ans. Cette réalité souligne l’urgence d’agir. L’Afrique francophone est en outre la région la plus sous-financée au monde en matière de droits des femmes, ce qui limite l’impact des organisations locales. BGWP entend briser ce plafond de verre en apportant des ressources là où les besoins sont les plus criants.

Le contexte sécuritaire du Sahel ajoute une dimension dramatique. Les déplacements forcés touchent majoritairement les femmes et les enfants, tandis que la fermeture des écoles prive les jeunes filles de leur seul rempart contre le mariage précoce. La pandémie de COVID-19 a aggravé la situation, avec une perte estimée à 800 milliards de dollars pour les femmes à l’échelle mondiale, souvent confinées au secteur informel sans protection sociale.

Les quatre piliers de la transformation

Pour répondre aux défis multiples, BGWP ne se disperse pas. Le projet repose sur une architecture solide articulée autour de quatre axes complémentaires qui, ensemble, dessinent une stratégie cohérente.

Le premier pilier est celui du renforcement des capacités. Il ne s’agit pas seulement de formations théoriques. Mais, de donner aux filles et aux femmes, les outils pour diriger leur quotidien et leurs institutions. Confiance en soi et excellence technique deviennent les bases d’un leadership durable.

Mais, la force individuelle ne suffit pas sans la force collective. C’est pourquoi, le deuxième pilier, la construction d’alliances, prend le relais. L’idée est de transformer des initiatives isolées en coalitions solides, capables de réagir instantanément face aux menaces pesant sur les droits des femmes.

Ces alliances doivent s’appuyer sur une connaissance fine des réalités vécues. Le troisième pilier, la recherche et la documentation, vient combler un manque criant : trop souvent, les récits sur les femmes africaines sont produits ailleurs. BGWP veut reprendre le contrôle du récit en produisant des données endogènes, en documentant les histoires et les succès des femmes sur le terrain.

Enfin, pour que ces efforts ne soient pas éphémères, le quatrième pilier, le suivi, l’évaluation et la capitalisation, assure la rigueur et la transparence. Il s’agit de démontrer que les organisations féministes locales sont des partenaires fiables, capables de gérer des programmes complexes et de pérenniser les acquis.

Une cartographie de l’ambition

BGWP déploie ses activités dans huit pays : Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso, Guinée, Tchad, Cameroun et République Démocratique du Congo. Cette couverture régionale permet d’aborder des problématiques communes comme le mariage des enfants, les mutilations génitales féminines et l’accès limité aux ressources productives.

L’inclusion est au cœur du dispositif. Sur les 500 bénéficiaires directes, 25 % proviendront du milieu rural. Le projet adopte une approche intersectionnelle, prenant en compte les identités multiples des femmes : déplacées internes, issues de minorités ethniques ou vivant avec un handicap.

Le féminisme africain comme moteur

BGWP assume un féminisme africain enraciné dans l’histoire du continent. Loin d’être une importation occidentale, il s’appuie sur un héritage de résistances féminines contre l’injustice. Le projet veut réactiver cette identité en l’articulant avec des enjeux contemporains comme la justice climatique. Les femmes étant les premières impactées par les changements climatiques, elles doivent être au centre des solutions.

La question des droits sexuels et reproductifs est également abordée sans détour. L’autonomie corporelle est présentée comme le socle de toute autre liberté. Sans maîtrise de son corps, aucun leadership économique ou politique n’est durable.

Le partage intergénérationnel

Un des moments forts du lancement fut l’appel au partage intergénérationnel. BGWP veut créer un espace où l’expérience des pionnières rencontre l’énergie et la maîtrise digitale des plus jeunes. Cette fusion est perçue comme le carburant nécessaire pour atteindre les objectifs de transformation sociale.

La séance de questions-réponses a révélé un enthousiasme débordant, dépassant les frontières des huit pays ciblés. Des participantes venues du Togo ont exprimé leur désir de soutenir le projet via le bénévolat ou des campagnes digitales. BGWP a déjà réussi son premier pari : créer une espérance collective.

Micheline Kaboré a conclu par un adage qui a traversé la cérémonie : « Si vous éduquez un homme, vous éduquez un individu. Si vous éduquez une femme, vous éduquez une nation. »

Le projet BGWP témoigne que les femmes africaines ne sont pas des victimes passives des crises.  Mais, les architectes de la résilience du continent. En se dotant de capacités techniques, de réseaux solides et d’une documentation rigoureuse, elles ne demandent plus leur place : elles la construisent.

Dans les mois à venir, les alliances se renforceront, les compétences s’affirmeront et les premières données de terrain circuleront. L’horizon est clair : une transformation sociale où chaque fille et chaque femme pourra exercer son plein pouvoir.

 

KOAMA Elisabeth ( Stagiaire)

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