À Tenkodogo, dans la région du Nakambé, le centre mère-enfant (CME) accompagne, au quotidien les femmes, en particulier, les survivantes à travers une prise en charge holistique. Depuis 2021, le centre œuvre également à l’amélioration de la santé maternelle et néonatale sous la coordination de l’attachée de santé en soins obstétricaux et gynécologiques, Sabine Zemba Sawadogo.
Quelles sont les missions du centre ?
La mission primaire est la prise en charge des survivantes (PEC) des survivantes de manière holistique. La seconde est la contribution à l’amélioration de la santé maternelle et néo-natale.
Lorsque vous recevez les femmes et les filles victimes de violences, à quoi sont-elles, le plus souvent, confrontées ?
Elles sont confrontées aux difficultés financières, au manque de pouvoir de décision et à la pression familiale.
Certaines viennent dans un état désespéré, pour ne pas dire qu’elles viennent trop tard (viol, coups et blessures, maternité). Quelle est la première urgence : médicale, psychologique, juridique ou sociale et pourquoi ?
La première urgence, c’est l’assistance médicale parce que ce service peut aider une survivante à éviter une incapacité physique suite aux violences physiques, aux avortements ou soit même, la mort ou encore, éviter une grossesse suite à un viol.
« Elle a été contrainte de renoncer ».
En cas de recours à la justice, la victime peut se rétracter à dénoncer son agresseur et cela va conduire à ce que la plainte ou le dossier n’aboutisse pas. A ce stade, peut-elle encore dire qu’elle n’a pas eu de l’aide ?
Elle peut se rétracter. Non, pas par plaisir! Mais, par la pression de la famille ou de l’entourage comme je l’ai dit, plus haut. Elle a eu de l’aide. Mais, elle a été contrainte de renoncer.

Dans quelle mesure, les représailles, les pressions ou la stigmatisation influencent-elles, le recours aux services de santé ? Comment mieux protéger les survivantes ?
La méconnaissance des droits et le manque de détermination de certaines survivantes. Sur le plan médical, le personnel est lié par le secret professionnel et œuvre, tous les jours, à protéger les survivantes.
Quels préjugés entourent encore la grossesse, l’accouchement ou les soins postnatals, issus de viol ou de façon générale ?
C’est la crainte que les gens se rendent compte que la grossesse est issue d’un viol. C’est comme si, on lui avait enlevé sa dignité.
« Car cette rumeur tarit inutilement l’image du personnel de la santé ».
Comment lutter contre l’idée selon laquelle, certaines douleurs ou complications liées à la grossesse doivent simplement être « supportées » ?
Il y a un counseling que les femmes reçoivent toujours quand elles viennent dans les services de santé. Elles sont enseignées sur les signes de danger au cours de la grossesse et les moments auxquels, il est nécessaire de se rendre dans un service de santé.
Aucun agent de santé ne dira à une femme de supporter une douleur ou complication au cours de la grossesse. Ce sont des mythes que les gens doivent abandonner car cette rumeur tarit inutilement l’image du personnel de la santé.
Comment les professionnels de santé, peuvent-ils créer, un environnement où les femmes et les filles se sentent écoutées, respectées et en sécurité ?
Je pense que cet environnement est déjà créé car il y a de nos jours, beaucoup de cadres qui facilitent le lien entre les femmes et le personnel de la santé.
Prenez même l’exemple de l’application mon BB et MOI ! L’application est presque partout, dans les portables des femmes. Aujourd’hui, après un accouchement, la femme a, au moins 4 RDV avec le personnel de la santé, le même mois.
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Le ministre de la justice Me Edasso Rodrigue Bayala a fait sortir une note dans laquelle, zéro tolérance pour les négociations en cas de viol. Désormais, quand il y a coupable, la condamnation suit. Que pensez-vous de cette décision et comment rendre efficace, la mise en œuvre ?
Mon intervention est purement sanitaire. Pour le reste, il y a des services spécialisés dans les affaires juridiques et judiciaires. Je pense qu’ils pourront vous aider à répondre à cette question.
Comment accompagner également les familles pour qu’elles deviennent un soutien, plutôt qu’une source de pression ?
C’est la sensibilisation et l’éveil des consciences. Au début de notre fonctionnement, les survivantes venaient seules. Mais, aujourd’hui, certaines viennent accompagnées de leur famille.
Entretien réalisé par Françoise Tougry



