Des veuves privées de leurs biens, une femme enfermée pendant onze ans dans un foyer violent, des survivantes de violences sexuelles rejetées par leurs proches : telles sont des histoires portées à l’écran, le samedi 05 août 2026 au Conseil régional de Tenkodogo. L’activité s’inscrit dans le cadre de la « Campagne 1325 chez nous », consacrée à l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité. Portée par Queen Mafa, membre du consortium Plurielle, un regroupement de sept organisations de la société civile en collaboration avec Diakonia, les activités sont menées par les différentes structures, en faveur des droits de la femme, leur émancipation et la lutte contre les violences basées sur le genre.
Pour cette étape à Tenkodogo, le choix a été porté sur un ciné-débat notamment sur des violences basées sur le genre à travers des témoignages et des histoires tirées de la réalité. La première projection intitulée, « Pleurs de veuves » est réalisée par Régina Nacro. Elle relate dix témoignages différents de femmes confrontées à des difficultés après le décès de leur mari. Pour la plupart, ce sont les frères du défunt qui se sont accaparés des biens. D’autres ont subi le lévirat par contrainte, avec des menaces en cas de refus. Avec leurs enfants, elles se sont retrouvées sans ressources. Certains enfants ont dû abandonner l’école par manque de moyens. Le film montre ainsi des familles plongées dans la précarité et des veuves confrontées à des situations de violence et d’abandon.

Le deuxième témoignage toujours de Régina Nacro est celui de « Fatimata Sow ». Une histoire qui a marqué les esprits. Pendant onze ans, elle a vécu dans un foyer marqué par des violences conjugales. Toujours battue par son mari sans raison véritable, elle devrait aussi faire face aux exigences du mariage. Fatimata Sow était toujours renvoyée par ses parents lorsqu’elle était battue par son conjoint. Des violences qui ont provoqué la perte de sa première grossesse, une fausse couche. Elle n’a plus eu d’enfant après cette grossesse à cause des infections que cela a causé et faute de soin, des complications l’ont rendue stérile. Dans son foyer, le silence faisait également partie de son quotidien. Son mari pouvait rester deux mois sans lui adresser la parole. L’histoire de Fatimata Sow a ainsi illustré le poids des normes sociales et du silence familial qui peuvent maintenir une femme dans une situation de violence pendant plusieurs années.
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Le troisième film, « Drame vécu par les survivantes de violences : l’urgence d’agir », réalisé dans le cadre du produit ReVie a mis en lumière, le parcours des femmes et des filles victimes de violences sexuelles. Certaines ont été rejetées ou abandonnées par leur mari après avoir subi un viol car ces derniers ne voulaient plus d’elles. Des récits qui ont ramené les participants aux questions de protection et d’accompagnement des survivantes.
Entre partage d’expériences, observations, propositions et questions, les participants ont eu l’occasion de réagi à l’issue de ces projections. Au -delà des simples témoignages et images visionnés, ces échanges ont permis de mettre en exergue, les causes des violences basées sur le genre, le silence qui les entoure et les moyens de mieux accompagner les victimes.
Pour la rédactrice en chef de Queen Mafa Françoise Tougry Ouédraogo, par ailleurs représentante du Consortium Plurielle, cette possibilité de parler ouvertement est une nécessité. « Entendre ces témoignages confirme que les injustices faites aux femmes sont une réalité et le degré de violence est plus élevé qu’on ne le pense », a-t-elle rappelé, évoquant les préjugés, les conflits d’intérêts et les difficultés d’accès à la justice.
Elle estime que les actions de sensibilisation doivent se poursuivre pour faire évoluer les mentalités sur la question, considérant que la bataille est engagée pour mener la lutte.

En organisant ce ciné-débat, Queen Mafa entend faire du cinéma, un véritable outil de sensibilisation. L’objectif est également de pointer du doigt, les réalités vécues par les femmes notamment les injustices, les violences basées sur le genre afin de susciter une prise de conscience à l’endroit des populations. Ce moment a ainsi transformé la salle, en un véritable espace de dialogue autour d’une réalité qui touche encore de nombreuses familles.
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Représentant le gouverneur de la région du Nakambé, le conseiller technique en charge de l’éducation et de la jeunesse, Joël Kéré, a salué l’initiative de Queen Mafa, notamment le choix du cinéma comme arme de sensibilisation. « En donnant à voir certaines réalités, le cinéma nous invite à réfléchir et à agir face aux violences que nous ne devons jamais banaliser », a-t-il déclaré.
« La violence n’est jamais une fatalité. Elle ne constitue ni une tradition, ni une affaire privée lorsqu’elle porte atteinte à la dignité et aux droits fondamentaux. La lutte contre la violence basée sur le genre est une responsabilité collective qui doit mobiliser l’État, les collectivités, les services sociaux et de santé, la justice, les forces de défense et de sécurité, les milieux coutumiers et religieux, les organisateurs de la société civile, les médias et les partenaires techniques et financiers », a-t-il-ajouté en livrant le message du Gouverneur.
À travers ce ciné-débat, le but est de faire voir les réalités, de porter plus haut, la voix des femmes et de susciter une prise de conscience. Une manière de rappeler que lutter contre les violences basées sur le genre ne consiste pas seulement à dénoncer les faits. Mais aussi, à écouter, sensibiliser et mobiliser l’ensemble de la population.
Augustine Sawadogo stagiaire



