Archives mensuelles: juin 2016

Queen Mafa

Naissance d’un réseau pour la promotion de biopesticides au Burkina Faso

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Contribuer à l’homologation des biopesticides d’origine végétale, c’est l’objectif visé par un groupe d’acteurs composés de chercheurs, d’universitaires, de producteurs, de distributeurs d’intrants agricoles, de représentants d’organisation de la société civile et des institutions publiques et privées ainsi que des journalistes scientifiques.


Contribuer à l’homologation des biopesticides d’origine végétale, c’est l’objectif visé par un groupe d’acteurs composés de chercheurs, d’universitaires, de producteurs, de distributeurs d’intrants agricoles, de représentants d’organisation de la société civile et des institutions publiques et privées ainsi que des journalistes scientifiques.

Cet engagement découle d’un atelier de partage d’expériences sur les biopesticides, tenu le 17 décembre 2015 à l’Université de Ouagadougou. La tomate et le chou sont les deux cultures retenues pour l’expérimentation tandis que la citronnelle et le neem vont servir pour le traitement .Les parties prenantes à ce projet entendent se battre pour parvenir à homologuer des biopesticides végétales aux bouts de plusieurs expériences et sur plusieurs site. D’éminents chercheurs et enseignant-chercheurs comme le professeur Ivonne Bonzi ont fait de cette question leur cheval de bataille. In fine, il s’agit de promouvoir l’agriculture biologique dans un contexte d’utilisation et d’abus de pesticides dans la maraicherculture au Burkina Faso.

Queen Mafa

A 17 ans, Inès Astrid Tougma décroche le bac avec 16,96

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Inès Astrid Tougma a prouvé une fois de plus que les filles peuvent êtres championnes dans les séries scientifiques. En effet, la jeune fille a réussi le Bac série D session 2015 de la plus brillante des manières avec une moyenne de 16,96, mention très bien.


Inès Astrid Tougma a prouvé une fois de plus que les filles peuvent êtres championnes dans les séries scientifiques. En effet, la jeune fille a réussi le Bac série D session 2015 de la plus brillante des manières avec une moyenne de 16,96, mention très bien. Passionnée de sciences, elle a décroché 19 en mathématiques, 19 en Physique chimie, 18 en anglais.

Pourtant la jeunes fille ne trouve pas cette performance extraordinaire pour car elle espérait même plus. « Je m’y attendais, mais je dois avouer que je voulais l’avoir avec 17 de moyenne. Il me manquait un point, mais ce n’est pas grave. » nous-a-telle confié. Cette confiance, l’adolescente la tient de ses performances scolaires. « J’ai préparé mon bac depuis la seconde. Je n’ai jamais sous-estimé une matière, je faisais des efforts partout ».

Queen Mafa

Pesticides et pilule contraceptive, un cocktail dangereux pour les femmes

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Des chercheurs français viennent de mettre au jour le processus moléculaire de l' »effet cocktail » lié à l’exposition aux perturbateurs endocriniens.Une enquête menée  par l’association générations futures,    parue en mars dernier, révélait que « la contamination des femmes en âge d’avoir des enfants est généralisée ».


Des chercheurs français viennent de mettre au jour le processus moléculaire de l' »effet cocktail » lié à l’exposition aux perturbateurs endocriniens.Une enquête menée  par l’association générations futures,    parue en mars dernier, révélait que « la contamination des femmes en âge d’avoir des enfants est généralisée ».

Ils sont partout autour de nous. Dans notre alimentation, à cause de l’usage des pesticides, dans les cosmétiques ou encore dans certains médicaments, comme la pilule contraceptive. Des substances polluantes provenant de l’activité humaine qui, lorsqu’elles sont mélangées, peuvent avoir de graves conséquences sur la santé. C’est justement le mécanisme de cet « effet cocktail » qui a été élucidé ne équipe de chercheurs français, dont les résultats seront publiés prochainement dans la revue Nature Communications.

Si la plupart du temps ces substances sont inoffensives lorsqu’elles sont absorbées de manière isolée, l’association de ces perturbateurs endocriniens a pour effet d’augmenter leur toxicité. Les conséquences ? Des altérations physiologiques ou métaboliques conduisant à des cancers, de l’obésité ou du diabète.

Œstrogènes et pesticides, un cocktail à haut risque

Mais ce mécanisme restait incompris jusqu’à maintenant. Des chercheurs de l’Inserm et du CNRS à Montpellier sont parvenus à décrypter au cours d’une expérience « in vitro », c’est-à-dire en dehors d’un organisme vivant, le processus moléculaire qui pourrait contribuer à l’effet.

Queen Mafa

Professeur Yaye Kène Gassama : celle qui fait pousser le riz en milieu salé

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Le Pr. Yaye Kène Gassama est revenue à ses vieux amours. Après avoir rempli ses fonctions de ministre, elle est retournée à la Faculté des sciences de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Vendredi 10 septembre 2015. 


Le Pr. Yaye Kène Gassama est revenue à ses vieux amours. Après avoir rempli ses fonctions de ministre, elle est retournée à la Faculté des sciences de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Vendredi 10 septembre 2015. Au 2e étage du département de biologie végétale, son discours véhicule l’amour débordant pour la recherche d’une manière générale et en particulier pour l’exploitation des nouvelles technologies appelées biotechnologies. Rencontre avec chercheure extraordinaire.

Dans son bureau, des séquences importantes de sa carrière universitaire sont en arrière-plan, d’une petite bibliothèque. La sobriété du bureau n’est pas un indicateur de la quantité, ni la qualité des recherches menées depuis une trentaine d’années en biotechnologies dans ce département de la Faculté des sciences et techniques. Cette dame a défriché le champ des biotechnologies au Sénégal. Aujourd’hui, les universités publiques et le Sénégal peuvent en récolter les fruits. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le Sénégal n’est pas en retard sur la recherche en biotechnologies même si pour ce qui concerne les OGM (Organismes génétiquement modifiés) sur le terrain, il est distancé par le Burkina Faso, le Kenya, l’Afrique du Sud et même le Soudan en termes de superficies couvertes par les plantes modifiées. « Nous avons produit en 25 années de recherche beaucoup de résultats dans le domaine des biotechnologies végétales. Nous pouvons être fiers de figurer parmi les leaders dans ce domaine en termes de nombre de chercheurs et de nombre de publications scientifiques produites. La valorisation de ces résultats nécessite des moyens accrus pour relèvement des infrastructures et pour promouvoir la mobilité des chercheurs et des étudiants », fait Pr.Yaye Kène Gassama. L’universitaire n’est pas conservatrice. Elle ne s’enferme pas trop dans une spécialisation. Elle a reçu diverses formations.Elle part de sa discipline de base pour embrasser ce que nous disons les spécialités des temps de modernes : les biotechnologies pour encore parler à un langage accessible, des disciplines qui s’intéressent ou qui s’occupent des Ogm.  « J’ai une formation en biotechnologie végétale et microbienne et une spécialisation en agronomie et en foresterie. Le dénominateur commun à ces différentes disciplines, c’est l’amélioration génétique », fait remarquer l’universitaire titulaire. Au niveau national et international, Yaye Kène Gassama, a été la présidente du Conseil africain des ministres en charge de la Science et de la technologie (Amcost). Elle a été, durant 3 ans, la coordinatrice nationale du Comité national de biosécurité du projet de l’Unep-Gef (United nations Environnement/ Programme/Global environnement facility). Ce projet a abouti à l’élaboration d’un cadre règlementaire consensuel en biosécurité. Elle a aussi participé à la conception d’un programme régional d’harmonisation des politiques en biosécurité en Afrique de l’Ouest et du Centre.

L’adaptation du riz dans un milieu salé

Mais elle est surtout présente dans la recherche-action. Le Pr. YayeKèneGassama au-delà de l’acquisition de connaissances nouvelles, a une définition de la recherche basée sur la création de produits nouveaux ou de services utilisables par les populations, définition certainement largement partagée dans le monde de la recherche : en effet, celle-ci doit apporter des réponses aux défis du développement dans les domaines de la santé, de l’agriculture, de l’éducation, de l’environnement… « S’intéresser à la riziculture en zone salée dans une optique de pérennisation de cette culture qui en plus de la dimension économique a une fonction sociale chez des groupes ethniques de la Casamance, constitue une nécessité pour fournir aux populations des solutions d’adaptation », soutient l’universitaire. Ses travaux ont aussi offert de beaux jours pour les « Niébé », une espèce endémique en Afrique de l’Ouest.

                       La mère des espèces végétales modifiées

« La biotechnologie est un outil qui donne la possibilité d’obtenir à partir d’un individu sélectionné, des millions d’individus. C’est le clonage. J’ai travaillé avec mon équipe sur l’amélioration du « Bissap » de variétés d’agrumes, mais aussi pour introduire des gènes de résistance à des virus », dévoile l’universitaire, Pr. YayeKène Gassama avec son équipe, a décrypté les systèmes des espèces végétales soit pour les protéger soit pour les conserver ou encore pour valoriser leur potentiel. Les espèces d’Acacia, de Prosopis, d’anacarde, de Never Die, de « soumpe », du bambou entre autres ont été étudiées dans une perspective de modification de leur système biologique.   La diversité des espèces végétales qui sont passées à la loupe dans leur laboratoireest indicatrice de sa passion pour les biotechnologies. « Mes recherches avaient pour base une meilleure connaissance des systèmes biologiques pour pouvoir agir et valoriser de manière durable leur potentiel», rappelle le membre de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal ( Ansts).

                                 La transformation génétique

Elle est une pionnière dans la transformation génétique des espèces. « La transformation génétique, c’est l’intégration de nouveaux gènes, dans une espèce cultivée, ou forestière, pour accroître le rendement, la résistance à des pesticides, la capacité photosynthétique, la tolérance à la sécheresse, à la salinité et la résistance aux virus. Toutes ces techniques permettent d’améliorer l’espèce », explique la spécialiste des biotechnologies. Le Pr.Yaye Kène Gassama a conçu des méthodes de transformation directes utilisant Agrobacteriumtumefasciens par voie directe.

Aucun cas de toxicité sur une période de 20 ans

Le professeur a une position tranchée sur les débats sur les avantages et les inconvénients des Ogms. L’universitaire en bon scientifique se tient aux résultats des études scientifiques réalisées à travers le monde et qui n’ont pas décelé des conséquences négatives aussi bien sur la santé humaine et animale.« Il existe des normes édictées par la Fao et l’Oms et au niveau de l’Union Européenne, des évaluations sont régulièrement effectuées sur les Ogm avant leur mise sur le marché. Si l’on se base sur les études effectuées sur l’innocuité des Ogm consommés sur une période de 20, aucun cas avéré scientifiquement n’a été prouvé», soutient l’universitaire. Toutefois elle milite pour le respect des principes de précaution pour prévenir la dissémination des Ogm dans l’environnement.

I.SANE

IRD: une journée dédiée à la femme doctorante

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Le constat est clair.  Les études supérieures sont plus longues pour les femmes  que pour les hommes. L’insertion sociale, les maternités, la gestion du foyer en sont autant de causes .De  ce fait, il existe un énorme  décalage entre homme et femme en ce qui concerne les études doctorales.


Le constat est clair.  Les études supérieures sont plus longues pour les femmes  que pour les hommes. L’insertion sociale, les maternités, la gestion du foyer en sont autant de causes .De  ce fait, il existe un énorme  décalage entre homme et femme en ce qui concerne les études doctorales.

D’où la nécessité  d’aider les femmes à mieux s’épanouir  académiquement en leur offrant beaucoup plus d’opportunité de formation et d’expression. C’est dans cette optique que  l’IRD a organisé  une journée dénommée « Femmes et recherches pour le développement », le jeudi 31 mars dernier. L’objectif principal étant  de permettre  aux femmes doctorantes  de  présenter leurs différents travaux de recherche. Au total 5 femmes doctorantes ont présenté un aperçu de  leur travaux de recherche.

Pour  Isabelle Wendpagnagda Combéré, une des étudiantes en deuxième année de thèse à l’Université Ouaga 1, Pr Joseph Ki-Zerbo, c’est une belle  tribune que leur offre l’IRD pour non seulement s’exprimer mais aussi améliorer leur travaux de recherche. Inscrite au  sein du laboratoire  de physique-chimie et de l’environnement, ses travaux ont porté sur le traitement de potabilisation d’eaux souterraines contaminées à l’arsenic par la technique d’adsorption sur matériaux  poreux. Selon la doctorante, la contamination à l’arsenic un  problème   de santé publique au Burkina.

Quant aux difficultés rencontrées pour ses recherches Mademoiselle Combéré évoque  l’indisponibilité du matériel pour les analyses, et la recherche du financement qui est toujours en cours.

Christine Lovasoa Razanamahandry, une autre doctorante de 2ie s’est intéressée à la pollution environnementale par le cyanure et potentialités de bio remédiation dans des zones d’extraction aurifère en Afrique Sub saharienne : Cas du Burkina Faso.

Pour la doctorante, cet exercice lui  permettra  d’améliorer ses travaux car les apports ont été aussi intéressants les un des autres. « Si j’intègre toutes ces contributions, je pense que le  travail  sera de qualité » a-t-elle expliqué.

Stéphanie Dos Santos

Selon Stéphanie Dos Santos, sociologue démographe à l’IRD,  cette journée visait à valoriser les travaux de jeunes  femmes doctorantes et chercheuses dans tous les domaines scientifiques. Il s’agit d’une  discrimination positive explique  t-elle : « parfois on peut faire  changer les données de manière douce ».

La sélection des candidatures se fait  par   un appel à candidature dans les institutions de recherche au Burkina Faso. Le comité évalue la qualité des dossiers présentés et un des critères  est la diversité d’institution. Madame Dos  Santos s’est réjoui de l’organisation de   cette 3eme édition,  qui a permis une fois de plus de découvrir des femmes déterminées à réussir.

Lala Kaboré /Dera

Femmes entrepreneurs dans l’agro-industrie: Simone Zoundi, témoigne au Briefing de Bruxelles

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« Femmes entrepreneurs, des acteurs clés dans le développement de l’agro-industrie ACP », c’est le thème d’une réunion qui s’est tenu le 17 septembre 2015, au Secrétariat du groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). 


« Femmes entrepreneurs, des acteurs clés dans le développement de l’agro-industrie ACP », c’est le thème d’une réunion qui s’est tenu le 17 septembre 2015, au Secrétariat du groupe des États d’Afrique, des Caraïbeset du Pacifique (ACP). Cinq femmes originaires d’Afrique subsaharienne, des Caraïbes et du Pacifique dont Simone Zoundi du Burkina Faso, ont livré des témoignages passionnants sur la création et la gestion de leur entreprise agroalimentaire, notamment sur les facteurs ayant contribué à leur succès et ainsi que les difficultés rencontrées.

Dans son témoignage, Simone Zoundi a expliqué que Sodepal  est une entreprise de transformation alimentaire dont la mission est de lutter contre la malnutrition qui selon elle est «  le fléau du Sahel ». Á partir de produits tels que le millet, le miel et les fruits, Sodepal a créé une large gamme de denrées alimentaires à haute valeur nutritive, et notamment des gâteaux et des biscuits, des aliments pour bébés, des boissons et des confiseries. Des produits qui sont vendus en pharmacie, en supermarché et par les ONG partout au Burkina Faso. Sodepal exporte également vers les marchés voisins du Mali et du Niger.

Malheureusement les difficultés ne manquent pas. A l’image de nombre de petites et moyennes entreprises, madame Zoundi a souligné que son entreprise est confrontée entre autres, à un marché sous-développé en raison de la pauvreté des ménages, un accès limité au crédit, à la fraude et la corruption et à un système d’approvisionnement énergétique peu fiable.

La rédaction

Queen Mafa

Dr Agnès Kalibata: « l’avenir économique de l’Afrique se jouera dans les fermes familiales...

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Aux côtés de plus d’une douzaine de spécialistes de l’agriculture africaine les plus pointus du monde, le Dr Agnès Kalibata, présidente de l’Alliancepour la Révolution verte en Afrique(AGRA) a contribué à un numéro spécial consacré au devenir de l’agriculteur africain à l’époque du numérique.Nous vous proposons quelques extraits retranscrits en français.


Je souhaitais établir un fait tout simple : l’agriculture est prête à être le moteur d’une nouvelle ère de croissance économique inclusive en Afrique – mais uniquement si nous nous concentrons sur les petites exploitations familiales qui sont la principale source d’emploi et produisent la majeure partie de ce que mangent les Africains.

 En Afrique, la croissance démographique et la classe moyenne en pleine expansion sont en train de créer un marché intérieur des produits alimentaires, qui devrait atteindre 1 000 milliards de dollars en 2030. Mais pour que les petits exploitants agricoles africains puissent saisir cette chance, nous devons arrêter de les cantonner dans notre esprit à l’agriculture de subsistance et prendre conscience de leur potentiel de génération de revenu.

Le mot « subsistance » implique une lutte pour la survie, et non l’idée de création d’une entreprise florissante. C’est pourquoi aucun enfant de fermier pratiquant l’agriculture de subsistance ne veut suivre ses traces. La plupart la voient comme un métier qui les maintiendra dans la pauvreté. Pour la majorité des fermiers africains, elle est généralement un piège les menant à une misère où simplement subsister est un emploi occupant tout leur temps. Mais les fermes africaines sont tout à fait capables de devenir des activités rentables.

 

Aujourd’hui, la plupart des fermiers ne produisent qu’une partie de ce que leurs terres pourraient fournir, principalement parce qu’ils n’utilisent ni semences améliorées ni engrais. En Ouganda, par exemple, 87 % des petits exploitants agricoles conservent et utilisent leurs grains comme semences, même s’il existe de nouvelles variétés qui pourraient quadrupler leurs rendements.

Une raison de leur réticence à l’achat de nouvelles semences est que la plupart des agriculteurs africains fonctionnent dans un environnement qui les a toujours tenus au bord de la misère. Il est vrai que beaucoup d’entre eux n’ont pas accès aux intrants agricoles améliorant le rendement, notamment les graines, les engrais, et l’information. Plus important encore, ils font confiance à leurs propres semences parce qu’ils les connaissent et ne peuvent se permettre de parier sur l’inconnu.

De nombreux agriculteurs africains se demandent aussi pourquoi ils devraient investir dans l’accroissement de leur production alors qu’ils n’ont pas accès à des marchés où ils pourraient vendre leurs excédents. La République démocratique du Congo, le onzième plus grand pays du monde en superficie, compte moins de 2 250 km de routes revêtues, à peu près autant qu’une ville américaine de taille moyenne. Et quand les fermiers réussissent à amener leurs produits jusqu’au marché, ils ne parviennent pas à y obtenir une juste rémunération parce qu’ils manquent d’information sur le prix des produits.

Comment les agriculteurs africains, un énorme électorat regroupant 70 % de notre population, peuvent-ils aller au-delà de la subsistance ? Pour commencer, les pouvoirs publics nationaux et la communauté du développement peuvent leur donner des moyens en leur fournissant plus d’options en matière de semences, d’engrais et de possibilités de commercialisation.

Les fermes africaines sont tout à fait capables de devenir des activités rentables

La bonne nouvelle est qu’au cours de la dernière décennie, nous avons appris beaucoup de choses sur les semences locales et les besoins des sols dans les exploitations agricoles africaines. Nous avons également vu de nombreuses organisations intensifier leurs efforts, notamment les sélectionneurs de plantes dans les centres du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI) et les spécialistes des sols du Centre international de développement des engrais. De plus, de nouvelles initiatives, comme celle du Partenariat africain pour l’engrais et l’agro-industrie (AFAP – African Fertilizer and Agribusiness Partnership), fournissent des mélanges d’engrais adaptés aux conditions spécifiques des sols. Il existe des moyens innovants d’étendre ces solutions.

Dans certaines parties du Kenya, de la Tanzanie et du Mozambique, des ONG et des partenaires du secteur privé mettent les petits exploitants agricoles en relation avec des personnes locales de confiance qui fournissent des semences, des engrais et autres fournitures, ainsi que la formation à leur utilisation. Les taux d’adoption peuvent atteindre jusqu’à 70 % parce que, pour autant qu’ils aient l’occasion de les essayer, les agriculteurs sont disposés à payer pour ces intrants.

Les innovations numériques accélèrent également le passage à une agriculture orientée vers le marché. Plus de 750 millions d’Africains des zones rurales utilisent déjà des téléphones mobiles, ce qui permet, par exemple, aux agriculteurs du Nigéria de recevoir des bons pour des semences et des engrais directement par leurs téléphones. Rien qu’au cours de sa première année, ce programme a atteint 1,7 million d’agriculteurs et les a aidés à produire 8,1 millions de tonnes supplémentaires de nourriture.

Quand j’ai accepté le poste de ministre de l’Agriculture du Rwanda, je savais que les problèmes alimentaires de l’Afrique n’étaient pas dus aux agriculteurs, mais à nos propres manquements à leur offrir des solutions. Nous avons adopté des politiques pour aborder leurs problèmes, si bien qu’entre 2005 et 2014, deux millions de Rwandais (20 % de la population du pays) se sont sortis de la pauvreté. Le revenu annuel moyen est passé de moins de 250 dollars à presque 650 dollars. La Banque mondiale a attribué 65 % de cette augmentation à la croissance du secteur agricole.

Tout n’est certes pas devenu parfait au Rwanda, mais l’engagement de celui-ci en faveur des petites exploitations agricoles montre ce qu’il est possible de faire.

Maintenant, il nous faut voir ce type d’engagement s’étendre à travers toute l’Afrique. Donnons à nos agriculteurs la possibilité de prospérer, et ils feront fleurir un avenir économique prometteur qui profitera à tous les Africains.

Queen Mafa

L’Union féminine de la filière niébé du Bam, meilleure plateforme d’innovation en Afrique de...

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Sur une cinquantaine de plateformes d’innovations de 13 pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en compétition lors du concours organisé par le Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricole (CORAF), c’est la plateforme d’innovation niébé de l’Union provinciale féminine Namanegbzanga (UPFN) du Bam, qui est montée sur la plus haute marche du podium.


Sur une cinquantaine de plateformes d’innovations de 13 pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en compétition lors du concours organisé par le Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricole (CORAF), c’est la plateforme d’innovation niébé de l’Union provinciale féminine Namanegbzanga (UPFN) du Bam, qui est montée sur la plus haute marche du podium.

Le prix, d’une valeur de 5 millions 970 mille F CFA. Le prix a été officiellement remis à l’Union le vendredi 22 avril 2016 à Kongoussi, dans la région du Centre-Nord, lors de la 4è édition des journées promotionnelles de la filière niébé.

La coordonnatrice adjointe du Programme de productivités agricoles en Afrique de l’Ouest/ Burkina (PPAAO/WAAPP), Dr Séraphine Sawadogo a indiqué que des trois dossiers de participation transmis par le PPAAO Burkina au compte des plateformes d’innovation du niébé, du lait et du maïs, toutes ont été présélectionnées pour poursuivre la course vers l’étape finale.  « Et c’est celle de niébé qui a été retenue comme la meilleure plateforme d’innovation dans la catégorie Association et Organisation de l’espace CEDEAO », a-t-elle clarifié. Les raisons qui ont conduit à la distinction de cette plateforme selon elle, sont d’une part, l’amélioration qualitative et quantitative de la production à travers la promotion des variétés, la conquête des marchés au niveau national et sous régional, l’amélioration des institutions de micro finances. D’autre part, il s’agit de l’acquisition et de l’utilisation de technologies et équipements de production et de transformation adéquates, de l’amélioration de la gouvernance au sein des organisations et surtout les actions de plaidoyer des chefs coutumiers dans les villages ayant facilité l’accès des femmes aux terres cultivables. Pour Mme Sawadogo, l’objectif du PPAAO est de générer et de diffuser des technologies améliorées pour l’intensification durable des productions agricoles, en vue de contribuer à l’augmentation de 11 filières prioritaires ciblées par le PPAAO Burkina. La lauréate du jour, la présidente de l’UPFN, Awa Ouédraogo a exprimé toute sa satisfaction à l’endroit des responsables du CORAF et a ajouté que des efforts seront davantage consentis afin d’engranger d’autres lauriers.

Mme Ouedraogo Awa, recevant son prix

Le niébé, une filière porteuse

Le ministre de l’Agriculture et des aménagements hydrauliques Jacob Ouédraogo, qui a présidé cette édition des journées promotionnelles du niébé du Bam a salué l’initiatrice, qui est l’Union provinciale féminine Namanegbzanga (UPFN), conduite par la responsable Awa Ouédraogo. Pour M. Ouédraogo, cette 4è édition va permettre aux acteurs de la filière, d’échanger autour du thème, « Quelle stratégie pour un meilleur écoulement des produits du niébé », en vue de prendre en compte, toutes les contraintes majeures auxquelles ils font face et de proposer des solutions génératrices de revenus. Selon lui, le niébé est devenu aujourd’hui une culture de rente orientée vers le marché, compte tenu de sa demande croissante aussi bien au niveau national que sous régional. En témoigne sa production de 51 829 tonnes dans la région du Centre-Nord au cours de la campagne écoulée et 16 044 tonnes dans la province du Bam, soit 31% de la production régionale comme l’a souligné le ministre Ouédraogo.

Malgré ces performances, de nombreuses contraintes limitent le développement de la filière au niveau national parmi lesquelles, la mauvaise répartition spatio-temporelle des pluies, la dégradation des terres, les difficultés de conservation. Conscient que le niébé contribue à lutter contre la pauvreté, le 1er responsable en charge de l’agriculture a souligné que le gouvernement, avec l’appui des partenaires techniques et financiers, a pris des mesures visant à accroitre durablement sa production à travers la fourniture de semences de qualité et des engrais à des prix subventionnés. Quant à la conservation des produits, le montant reçu par l’UPFN sera utilisé pour la construction d’un magasin de stockage au profit de l’Union, composée uniquement de femmes. La pose de la 1re  pierre a eu lieu au secteur N°1 de Kongoussi. Pour encourager la promotion du niébé, des prix composés de matériels agricoles ont été remis aux cinq meilleurs producteurs de la province.

Afsétou SAWADOGO

Valorisation des mets à base de maïs: la recherche s’implique

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Dans le cadre du projet « Valorisation de variété de maïs à hauts rendements dans l’espace UEMOA,  L’Institut de Recherche en Science Appliquées et Techniques (IRSAT) a organisé une série de formation au profit des restauratrices. Du 19 au 21 avril 2016 , c’était le tour des femmes de Tenkodogo et environnants.


Dans le cadre du projet « Valorisation de variété de maïs à hauts rendements dans l’espace UEMOA,  L’Institut de Recherche en Science Appliquées et Techniques (IRSAT) a organisé une série de formation au profit des restauratrices. Du 19 au 21 avril 2016 , c’était le tour des femmes de Tenkodogo et environnants.

On ne finit jamais d’apprendre dit-on. C’est ce que des restauratrices qui se croyaient expertes en cuisine ont compris lors d’une formation organisée à leur intention par l’Institut de Recherche en Science Appliquées et Techniques (IRSAT) du 19 au 21 avril 2016 à Tenkodogo.

Ces restauratrices ont été informées  sur les bonnes pratiques en matière  d’hygiène et de   et de transformation dans   ainsi que les méthodes de cuissons et leur impact sur la qualité des aliments.

Mamounata Congo , technicienne à L’IRSAT  a souligné combien les règles d’hygiène sont primordiales pour avoir une cuisine saine et donc une bonne santé. Pour sa part,  Madame Konkobo Charlotte  a insisté sur l’importance de garder le maximum de protéines du maïs lors de sa transformation. C’est pourquoi il est conseillé de toujours utiliser le maïs en entier (ne pas enlever le son)  afin de préserver toute sa valeur nutritionnelle.

Après donc cette phase théorique, place été donnée à la pratique avec des séances de démonstration de cuissons  de mets à base de maïs.Les mets choisis sont originaires d’autres pays ou régions, ceci  dans l’optique de favoriser la diversification.Ainsi, le Dankounou (originaire du Ghana) et le « Froufrou » (beignets à base de maïs) ont été réalisées.

La préparation du « Froufrou », le moment le plus attendu

Konaté Emata, c’est le nom de celle qui fera une démonstration de la technique de préparation du Froufrou, une sorte de galette à base de maïs. Elle est vendeuse  de ces succulents beignets au marché de  Safané depuis plus de 10ans.

Foulard noué stratégiquement avec un tissu traditionnel, la jeune dame, spécialiste du « Froufrou » est entourée d’une vingtaine de restauratrices qui ne tarit pas de question sur la recette. Elle explique les différentes étapes pour la préparation du « Froufrou ».

Il faut dans un premier temps bien laver le maïs  entier et  le tremper dans l’eau chaude. On le retire de cette eau le lendemain pour le faire moudre  puis on tamise la farine. Les résidus qui restent  sur le tamis sont dilués  dans de l’eau puis tamiser à nouveau. Le jus obtenu sera posé au feu pour faire la bouillie. Une fois la bouillie cuite, on la refroidit puis on y ajoute la farine tamisée, puis le sucre, la levure, un peu de sel et on laisse la pate se reposer pendant une trentaine de minute et  on forme de petites boules que l’on va  frire  dans de l’huile chaude.

Charlotte Konkobo, une formatrice de l’IRSAT, fière du travail accompli

« Que c’est succulent ces beignets  » s’exclame Mme  Traoré /Bila Fatou, restauratrice à Tenkodogo avant de poursuivre «  je suis très contente  de cette initiative car nous avons beaucoup appris. Par exemple, moi, personnellement, je pensai avoir une bonne hygiène dans mon restaurant, mais après cette formation je reconnais qu’il  y’a des améliorations à faire ».

Par ailleurs, elle a souligné que son  habitude  était de laver certaines viandes comme celle du poulet avec du savon. « Désormais, je laverais ma viande avec de l’eau simple et je passerai le message à mes proches »,   a-t-elle  déclaré.

Du coté de Madame  Aicha Sorgho, la formation a également été bénéfique. « J’ai suivi avec beaucoup d’attention la nouvelle recette de beignets à base de maïs, je la trouve assez bonne, il faut organiser  ce genre d’opportunité pour découvrir des savoirs faire d’ailleurs », s’est-elle  réjoui.

Cette formation organisée par l’IRSAT, s’inscrit dans le cadre  des activités du  projet « valorisation de variétés de maïs à hauts rendements dans l’espace UEMOA », piloté par l’Agence nationale de la Valorisation des Résultats de la Recherche et des Innovations (ANVAR). Financé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), ce projet vise à promouvoir la filière maïs dans l’espace de UEMOA,  à travers l’augmentation de la productivité et de la transformation en produits alimentaires.

Lala Kaboré  /Dera

Martine Yabré : « La transition est une grosse déception pour les femmes »

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Analyste programmeur de formation, membres de plusieurs réseaux et coalitions d’organisation de la société civile et présidente du Conseil des femmes au Burkina, Martine Yabré est une activiste qui n’a pas sa langue dans la poche. Éprise de justice, elle se bat tous les jours pour l’émergence d’une société plus soucieuse des droits humains, notamment ceux de la femme.


Analyste programmeur de formation, membres de plusieurs réseaux et coalitions d’organisation de la société civile et présidente du Conseil des femmes au Burkina, Martine Yabré est une activiste qui n’a pas sa langue dans la poche. Éprise de justice, elle se bat tous les jours pour l’émergence d’une société plus soucieuse des droits humains, notamment ceux de la femme. Nous l’avons rencontré quelques jours avant la décision du Conseil constitutionnel concernant le recours des femmes contre certaines listes de candidatures aux législatives 2015 non conforment aux dispositions de l’article 154 du code électoral. A ce propos, Martine Yabré dénonce une complicité masculine pour reléguer les femmes à l’arrière-plan.

Queen Mafa : Comment expliquez-vous votre engagement dans la société civile ?

Martine Yabré (M Y) : De mon point de vue, l’engagement est d’abord divin pour tout être humain, parce que les écritures saintes disent clairement qu’il faut faire l’œuvre de Dieu. Faire l’œuvre de Dieu, à mon sens, ce n’est pas forcement aller à l’église, à la mosquée ou dans un temple quelconque tous les jours. C’est surtout défendre des valeurs comme la justice et l’égalité entre les individus. J’ai soif de voir une société où les hommes et les femmes accèdent aux mêmes privilèges et de façon très équitable, dans les mêmes conditions. Voici autant de motif pour un individu de pouvoir s’engager dans la vie active. Je pense que c’est un choix de vie. Sinon, il n y a personne qui naît engagé. En ce qui me concerne, mon engagement est venu tout naturellement. Je me bats pour une société débarrassée de toute forme d’injustice, depuis la cellule familiale jusqu’au plus haut sommet de l’Etat.

Queen Mafa : Actuellement, vous êtes une des voix féminines qui comptent au Burkina Faso. Comment analysez-vous la situation politique actuelle, notamment le déroulement de la transition ?

M.Y : Vous me jetez des fleurs. Je ne savais pas que j’avais une voix qui comptait autant. C’est juste un cheveu dans la soupe, car une chose est d’être responsable et une autre est de pouvoir assurer complètement cette responsabilité. Quant au déroulement de la transition, je peux dire qu’elle n’a pas été reconnaissante envers la gente féminine. Et ce, dans tout son processus et à toutes ses étapes. Avec la transition, nous avions pensé que c’était une opportunité de trancher définitivement avec les vieilles pratiques que vous connaissez, notamment la sous-représentation des femmes dans les instances de décisions et leur faible implication dans la vie politique et publique. Pour nous, c’était l’occasion de jeter les bases d’une société plus équitable, plus inclusive des composantes femmes et jeunes. Malheureusement, cela n’a pas été le cas. D’abord, cela a mal commencé avec seulement quatre femmes contre vingt-deux hommes dans le gouvernement de la transition et 12 femmes contre 78 hommes au Conseil National de la Transition. Le manque de volonté politique ne fait que s’afficher davantage. C’est une continuité dans la mauvaise fois car au cours de la transition, il n’y a pas eu d’ouverture franche de nos autorités envers les femmes et les jeunes. Mises en marge, ces composantes assistent à la non-prise en compte de leurs intérêts à tous les niveaux. La dernière situation que nous vivons est la violation flagrante de l’alinéa 5 de l’article 154 du code électoral qui dispose que : «  Sous peine de nullité, les listes  de candidatures doivent comporter au moins un candidat de l’un ou l’autre sexe ». Or, nous avons épinglé bon nombres de listes qui ne respectent pas cette disposition. Il y a des listes qui ne comportent aucune femme.

Le conseil des femmes du Burkina introduit un recours au Conseil constitutionnel pour demander l’annulation de listes qui ne respectaient pas cette disposition de l’article 154. Malheureusement, nous avons suivi aujourd’hui (l’interview a été réalisée le 16 août 2015) un communiqué qui ressemble plutôt à une préparation des esprits concernant la non-recevabilité par le Conseil constitutionnel de notre recours. Si tel est le cas, les femmes ne se laisseront pas faire, même si elles ne prendront pas les armes comme les hommes.  Car, comme le Premier ministre aime à le dire, «  plus rien ne sera comme avant ».

Queen Mafa : L’alinéa 5 de l’article 154 du code électoral est-il, selon vous, une avancée ou un recul ?

M.Y : En 2012, il y avait la loi sur le quota de 2009 qui exigeait au moins 30% de femmes ou d’homme sur les listes électorales. Malheureusement, la sanction n’était pas dissuasive. Cela a amené les gens à violer cette disposition sans pour autant être en réalité sanctionnés avec la complicité de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et du Ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité (MATDS). En effet, selon les articles 5 et 6 de la loi 010-2009/ AN portant fixation de quotas, chaque liste ne respectant pas la prise en compte du minimum de 30% de l’un et l’autre sexe devait être frappée par la perte de 50% du financement octroyée à ladite liste, au titre du financement de la campagne électorale. Mais le calcul a été fait sous un faux. C’est-à-dire qu’au lieu de calculer la sanction financière à partir de chaque liste électorale   défaillante, le MATDS a pris sur lui l’initiative de violer la loi en appliquant plutôt le respect du quota sur la globalité des listes de candidatures présentées par chacun des partis et regroupement de partis politiques.

Par contre, le code électoral actuel ne prend pas en compte l’intégralité de l’esprit de la loi sur le quota de 2009 qui prône 30 % minimum de l’un et de l’autre sexe. Il dit que toute liste doit comporter une candidature de l’un ou l’autre sexe. Cela veut dire que si j’ai une liste ou il y a quatre siège qui font huit candidats, je peux mettre sept hommes et puis une femme et vice-versa. C’est donc un recule parce que de 30% minimum on passe à 1% qui ne vaut même pas 10%. Mais en même temps, c’est un recul qui nous fait avancée dans un autre sens à cause de son aspect plus contraignant en matière de sanction. En effet, au lieu de sanction pécuniaire, c’est l’annulation de la liste qui est encourue.

Dans cette logique, la CENI ne devrait pas en réalités, valider les listes qui ne comportent qu’un seul type de sexe. Mais à notre grand étonnement, il y a eu un problème d’interprétation par la Commission électorale nationale indépendante qui a estimé que le dernier alinéa du même article concernait plutôt les élections sénatoriales. Mais comment cela est-il possible dans un même article ?

C’est là le problème de fond. Et nous pensons que le Conseil constitutionnel est là pour dire clairement ce qu’il pense de l’interprétation de l’article 154 qui a été faite par la CENI. Si le Conseil constitutionnel est vraiment républicain, il devrait pouvoir trancher parce que cela rentre également dans sa compétence. Notre recours ne vise pas un individu ou un parti politique. C’est un recours qui vise à dénoncer la mauvaise interprétation de la loi par la commission ad’hoc de la Commission Electorale Nationale Indépendante. C’est un cri de femme contre l’impunité et la violation flagrante des droits de personnes marginalisées en politique. Personnellement, je ne suis candidate nulle part. Mais c’est révoltant de voir comment le sexe féminin est traité et maltraité. C’est de l’ingratitude tout simplement.

Queen Mafa : il ressort souvent que les partis peines à trouver des femmes compétentes. Qu’en pensez-vous ?

M.Y : A mon avis, ce n’est pas vrai. C’est juste un problème de positionnement et d’intérêt pour certains dirigeants politiques. Quand vous prenez des listes ou il y a 16 membres, on va mettre les femmes à partir de la douzième, ou quinzième place. Je pense qu’on utilise beaucoup plus les femmes justes, pour faire des compléments de liste en dehors de quelque rares femmes qui ont pu être vraiment des têtes de listes.

Un parti politique responsable, ne peut pas manquer de femmes de nos jours pour participer aux compétitions électorales. Il ne faut pas attendre la veille des élections pour démarcher les femmes et les jeunes. J’irai plus loin pour dire qu’un parti politique ou un regroupement de partis politique qui ose proclamer qu’il ne trouve pas de femmes, est lui-même un danger permanent pour notre démocratie !

La question de compétence des femmes régulièrement soulevée par certains leaders politiques est un faux débat. De mon point de vue, lorsqu’il s’agit des femmes, on leur demande beaucoup plus d’effort. Mais les hommes n’ont pas besoin d’efforts ,tout simplement, parce qu’ils ont de l’argent ou qu’ils ont plus de relations. On met toujours en avant l’analphabétisme et l’ignorance des femmes alors qu’il y a eu des hommes à l’Assemblée nationale qui n’ont jamais pu formuler de questions, tout au long de leur mandat. Je pense plutôt que l’ignorant c’est celui qui refuse de respecter les droits des autres et refuse de comprendre l’intérêt d’associer toutes les couches pour la réalisation effective des objectifs de développement de notre société. Pourquoi cette indulgence vis-à-vis de certains hommes inaptes et parfois incompétents, pour assumer des responsabilités de tout genre à tout niveau de décisions ?

Aujourd’hui, quand on prend un homme et une femme qui assument les mêmes responsabilités, vous allez voir que la femme doit fournir deux fois plus d’efforts pour atteindre les résultats de l’homme parce que quand elle se lève le matin à la maison, il y a des responsabilités sociales et conjugales qu’elle doit satisfaire avant de se rendre au service.

Queen Mafa : Quelles sont les actions que vous avez menées afin de rallier les députés de la transition à votre cause ?

M.Y : Je ne sais pas pourquoi, mais tout ce qui vas au CNT allant dans le sens la promotion de la femme n’aboutit pas. Sinon, quand nous avons travaillé sur l’avant-projet de loi portant fixation de quotas et modalité de positionnement des candidats aux élections législative et municipale, c’est-à-dire la nouvelle version de la loi, nous avons proposé le positionnement alterné (femme/homme) et le rejet des listes en lieu et place de la sanction financière. Nous avons travaillé de concert avec le Ministère en charge de la promotion de la femme et du genre et d’autres organisations de la société, ainsi que les cellules genres des autres institutions dans un comité technique qui a été mis en place par ledit ministère en collaboration avec le Ministère de l’Administration territoriale et de la Sécurité. Malheureusement, bien que le projet ai été adopté en conseil des ministres, il n’a pas été bien reçu au niveau du CNT. Après que les deux ministres aient été reçus et auditionnés par le CNT, le Conseil des Femmes du Burkina, en collaboration avec des organisations comme la coalition burkinabè sur les droits de la femme et bien autres, a demandé une audience au président du CNT pour la situation.

Malheureusement, en lieu et place d’une audience, nous avons reçu une lettre du président SY CHERIF nous informant que la loi sur les quotas n’est plus à l’ordre du jour des travaux du Conseil national de la transition. Cette lettre dit clairement ceci « J’accuse réception de votre lettre référencée. Votre demande s’inscrit dans le cadre d’une plaidoirie conjointe en vue d’une nouvelle loi portant fixation de quotas et modalité de positionnement des candidats aux élections législatives et municipales au Burkina Faso. Par la présente je vous informe que le projet de loi relatif introduit par le CNT a été retiré par le gouvernement. Par conséquent ce dossier n’est pas inscrit à l’ordre du jour des travaux législatifs. Vous félicitant et vous exprimant mes encouragements pour les multiples actions que vous menez au quotidien en faveur d’une condition féminine meilleure je vous prie de recevoir mesdames l’expression de ma haute considération». On est donc tentée de se poser la question de savoir à quand la réintroduction d’un nouveau projet par le Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation ?

Queen Mafa : Voulez-vous dire que la transition est une déception pour les femmes ?

M.Y : Oui une grosse déception pour les femmes. J’avoue que le silence de nos autorités en dit long. C’est une grande forme de complicité entre homme qui ne dit pas son nom. Je retiens que le changement de personnes ou d’individus à la tête de nos institutions à lui seul ne suffit pas pour changer le cours de l’histoire en faveur du développement des masses. Il faut en plus, un changement dans la pensée et dans les systèmes de gouvernance et de stratégies

Queen Mafa : Pour terminer, pensez-vous qu’un journal d’actualité féminine comme Queen Mafa puisse apporter un plus dans le combat pour l’égalité des sexes au Burkina ?

 

M.Y : Un journal comme le vôtre va forcément avoir un impact positif dans la mesure où sa ligne éditoriale est de donner une visibilité aux femmes. Il ne faut pas perdre de vue que si nous nous amusons à faire une petite analyse genre du traitement de l’occurrence la presse écrite. On peut faire trois mois sans avoir une femme à la une de certains journaux. Je ne remets pas en cause la qualité des informations qui sont véhiculées car je peux comprendre que cela est peut-être dû au fait qu’il y a des positions stratégiques que les femmes occupent rarement. Une femme aurait été 1er ministre ou ministre de la défense qu’elle aurait fait la une des journaux ! Je souhaite donc bon vent à Queen Mafa.

Fatouma Ouattara

Sofifa2@yahoo.fr