Naître femme : Une vie de défis

Après plus de deux siècles de lutte pour l’émancipation de la femme, nous sommes en 2026 et le combat semble débuter, maintenant. Selon les statistiques de l’ONU, près d’une femme sur trois dans le monde soit environ 840 millions, a subi des violences conjugales ou sexuelles au cours de sa vie. Ces chiffres alarmants, publiés en fin 2025, soulignent une crise persistante, incluant 137 féminicides par jour commis par des proches de la victime.

Grandir sous la menace des violences

Au quotidien, les femmes sont confrontées aux nombreux défis de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Au titre de ces défis, on note les violences conjugales. En effet, nous nous rappelons la sénégalaise Khadija Sow décédée sous les coups de son mari, le 21 mars 2026 à sept mois de grossesse. Mais, ces violences ne concernent pas uniquement, les femmes mariées. Elles frappent aussi la gent féminine dès le plus jeune âge.

Les cas de viols et d’agressions sexuelles sur mineures se multiplient, à travers le continent. On se rappelle les événements du 19 mars 2026 à Yaoundé où la petite Divine à seulement 11 ans, a été violé de 23h à 5h du matin pour finir sans vie sous le poids de cette atrocité. En janvier 2026, au Burkina Faso, une fillette de 9 ans a été violé par son surveillant d’école. Des évènements similaires sont, de plus en plus, récurrents au Burkina Faso et dans la sous-région. À cela, s’ajoutent les innombrables cas de mariages précoces, de harcèlement en milieu scolaire ou professionnel. Autant de défis extrêmes qui rendent difficile, la vie de la gent féminine.

Les femmes souffrent du poids de la société?

Au-delà des violences physiques, les femmes vivent sous une pression sociale permanente. On se rappelle l’animatrice ivoirienne Konnie Touré harcelée sur la toile pour des questions d’enfantement. En milieu professionnel également, les femmes doivent faire leurs preuves. Alice Tiendrebeogo en parle dans son œuvre ETRE FEMME ET MINISTRE AU BURKINA FASO en ces termes : « D’un homme incompétent, on accepte tout. D’une femme compétente, on la scrute pour pouvoir la dénigrer ».

D’une femme, la société attend beaucoup. Là où l’homme dispose d’un temps relativement large pour se construire, la femme, elle, semble engagée dans une course contre la montre. Les étapes de sa vie comme le mariage, l’enfantement, et de plus en plus aujourd’hui, la réussite professionnelle sont mêmes chronométrées et gare à celle qui ne sera pas à l’heure ! La femme doit être indépendante financièrement, pour espérer avoir son mot à dire. Mais, surtout pas trop, sinon elle est jugée arrogante.

Une culture de résignation très profonde

Elle doit être l’épouse parfaite, la mère irréprochable. Assez parfaite pour fermer les yeux sur le manque de respect, de considération et surtout, la tendance actuelle des hommes : l’infidélité. Cette culture de la résignation enseignée aux femmes depuis belle lurette est d’ailleurs dénoncée par Moustapha Zeba dans Lettre fatale de Soraya aux hommes lorsqu’il écrit : « les hommes n’aiment pas entendre de la bouche de leur femme, l’idée de droit. Ils aiment l’évoquer pour protéger leurs sœurs qui souffrent dans les mains d’autres hommes ». Plus loin il écrit « Une femme est comme un âne. Elle doit endurer les peines et les intégrer ». Ses propos sont corroborés par ceux de l’écrivain burkinabè Wilfried Denis Simporé, « Naître fille est un défi à lui tout seul. Celui de devenir ‘’femme’’. Une bonne femme, une vraie femme, surtout en Afrique ! Il faudra savoir être une femme qui supporte, qui accepte tout, la société tradi-moderne, ses pesanteurs, la souffrance d’y vivre femme ». Dans le même sens, Céline Belloq renchérît « les femmes vivent leur corps comme un fardeau ».

Changer les mentalités, un défi collectif.

Face à ces réalités, une question fondamentale se pose. Pourquoi, malgré les avancées en matière de droits des femmes, ces violences et ces inégalités persistent-elles ? La réponse résiderait, en grande partie, dans les mentalités. Dans de nombreuses sociétés, les normes sociales continuent de perpétuer des rapports de domination, souvent banalisés, voire justifiés par la tradition. Mais, « À une loi injuste, nul n’est tenu d’obéir », ne devons-nous pas partager cette pensée de Saint Augustin en bannissant ces normes anormales qui contribuent à maintenir ce système patriarcal ?

« L’humanité est femme » ! La femme donne vie, elle éduque, elle épaule. N’a-t-elle pas le droit de réclamer à la société autant qu’elle lui en donne ?

Les lois existent, les campagnes de sensibilisation se multiplient. Mais, leur application reste superficielle. Le manque de sanctions fermes, la peur de dénoncer ou encore la stigmatisation des victimes freinent les efforts de lutte contre les violences faites aux femmes. Dès lors, la question de la responsabilité collective se pose. Familles, institutions, médias, leaders d’opinion, chacun a un rôle à jouer dans la construction d’une société plus équitable.

Latyfah Sawadogo stagiaire

Dernières nouvelles

ARTICLES SIMILAIRES