Au cours d’une cérémonie de mariage, une fillette est entrée dans la cour et demandé à une dame de venir lui servir du charbon. Celle-ci qui est une voisine lui fait savoir qu’elle n’attache plus le charbon de bois à 100F CFA. Mais, à 200 francs. La vendeuse lui propose alors, de payer le sachet de 200 francs, quitte à le diviser en deux pour utiliser la moitié. L’enfant baisse la tête, regarde la pièce de 100 francs qu’elle tient et fait demi-tour. Toute triste, la petite cliente reprend le chemin de sa maison. Face à ce constat qui nous a fait un pincement au cœur, nous avons décidé de nous plonger dans l’univers du charbon de bois, cette denrée qui fait des mécontents.
Dans la matinée du vendredi 23 janvier 2026 à Ouagadougou, nous entamons une balade afin de comprendre ce qui se passe.
Premier arrêt, quartier Samandin! De passage, nous apercevons, depuis le goudron, une bassine contenant des lots de charbon.

Rapidement, nous faisons demi-tour et nous nous arrêtons devant la boutique. A l’intérieur, une dame en communication avec un client. Nous avons patienté, le temps qu’elle finisse avec lui. Avec amabilité, elle s’adresse à nous et nous lui expliquons le but de notre présence. Gentiment, elle nous fait comprendre que ce sont les grossistes qui peuvent nous situer sur le fonds du problème.
Elle nous confie, tout de même, qu’il y a souvent, des intermédiaires dans le commerce du charbon. Des sortes de démarcheurs entre les gros fournisseurs et les revendeurs.
« Je peux avoir besoin d’une certaine quantité. Mais, comme je n’ai pas de camion pour le transport moi-même, cette personne se propose d’aller prendre avec d’autres personnes moyennant, une petite commission », clarifie-t-elle et de poursuivre « Je revendais le sac de charbon de 100kg à 10 000F. Mais, vu ce que je vous ai dit, nous sommes contraints de vendre à 10 500F ».

Après nos échanges, elle se déplace et nous indique la route qui mène chez une « maman ». Une grossiste chez qui, elle se ravitaille.
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La pénurie avait déjà annoncé ses couleurs
En 10 minutes, nous sommes arrivées. A la porte, nous trouvons deux jeunes hommes qui expliquent que la maman est absente pour la prière du vendredi.
« A défaut de la mère, on tête la grand-mère », dit un adage. Alors, nous nous adressons à eux. Ils signifient que le charbon de bois est devenu de l’or, ces temps-ci.
De leur déclaration, il ressort que le charbon de bois a commencé à manquer vers le mois de novembre.
« Pendant deux mois environ, elle n’a pas eu de stock consistant. C’était juste une petite quantité et quand ça venait, ça ne pouvait même pas faire deux jours », soulignent-ils.
Ils précisent que le phénomène a été accentué avec les fêtes de fin d’année, parallèlement à la pénurie de gaz.
Poussant plus loin, la recherche de l’information, nous nous rendons, le lendemain samedi, au marché de Paglayiri, chez Michel, un boucher. Ici, on parle également de charbon de bois. Vous êtes étonnés ? Possible ! Mais, vous allez comprendre dans les lignes qui suivent.
A en croire cet homme, le kg de viande sans os est passé à 4 000F. Le litre d’huile coûte maintenant 1000F. Vu que le charbon aussi est devenu cher sans oublier les ingrédients et autres besoins que les vendeurs et vendeuses de brochettes utilisent, ces derniers ne savent plus, à quel saint se vouer.

« Il n’y a plus de brochettes de 100F, c’est désormais 200F la tige et si, vous en trouvez pour 100F, je me demande si on peut appeler ça vraiment morceau de viande tellement, c’est trop petit. Dommage que les choses se passent comme ça », déplore-t-il.
D’un point à un autre, nous progressons. Destination, quartier Patte d’oie où nous retrouvons Alphonsine Tapsoba, restauratrice.
Il est midi et elle s’apprête à vendre le repas aux clients. Deux jeunes filles l’aident dans son travail. Arrivent les premiers clients parmi lesquels, Franck Ouédraogo. Nous saisissons l’occasion pour lui arracher quelques mots.
A écouter monsieur Ouédraogo, la fois passée, le gaz est fini et il a demandé à sa femme d’aller en recharger. Elle est revenue bredouille justifiant qu’il n’y a pas de gaz.

Pour Franck Ouédraogo, il faut que les autorités soient plus regardantes sur cette affaire parce que c’est très important. Il n’est pas question de laisser les choses continuer comme ça. A cette allure, sans le gaz et le charbon, c’est très difficile pour tous les consommateurs.
« Les femmes ne peuvent pas préparer sans les deux et actuellement, avec la fraîcheur, les enfants ont besoin d’eau chaude pour se laver et puis, tout le monde n’utilise pas le gaz. C‘est vraiment, très compliqué Même les vendeuses de riz, surtout, celles qui utilisent le charbon, se plaignent », argumente-t-il.
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Franck Ouédraogo vient de toucher du doigt, une réalité
Alphonsine Tapsoba, nous l’avons précisé plus haut, est restauratrice. Depuis pratiquement 15 ans, Alphonsine utilise principalement le charbon de bois pour la cuisine, associé au gaz.

Selon la restauratrice, personne ne sait réellement où se trouve le problème qui justifie la montée des prix du charbon.
« C’est devenu vraiment cher. Avant, si je prenais pour 1000F, ça pouvait suffire pour la sauce du riz que je prépare avec la marmite numéro 8 et le tô. Mais, maintenant, depuis quelques temps, il me faut 2000F de charbon par jour », précise-t-elle.
Un calcul rapide nous fait ressortir 60 mille francs par mois soit environ 10 bouteilles de gaz de 12kg si c’est chez les revendeurs et presque 11 bouteilles si c’est rechargé à la station d’essence. C’est énorme comme investissement financier.
Elle se remémore que l’année passée, le sac de 100 kg de charbon était à 7000F. Cependant, aujourd’hui, il faut débourser entre 10 500F et 11 000F.
Bien avant, rappelle-t-elle, le charbon de 500F remplissait le sachet de 25 francs. Maintenant, il faut se contenter du sachet de 10f.
Ces fluctuations jouent sur le marché de la clientèle. « Le prix du kg de riz a diminué, passant de 500F à 400F et comme nous préparons en quantité, ça nous permet de rattraper un peu, le manque à gagner. Sinon, c’e n’est pas simple », déplore-t-elle.
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La spéculation, un bon business
Nous sommes enfin, soulagées du fait d’avoir la version des acteurs-clés de ce domaine, certains fournisseurs grossistes.
De ce qu’ils avancent comme raison, l’augmentation est personnelle. Comme il y a des zones devenues inaccessibles du fait de la crise sécuritaire, cela crée la pénurie car l’accès est difficile et la production a baissé.
« Quand il y a pénurie, quand l’offre dépasse la demande, il y a automatiquement augmentation de prix. Sinon, officiellement, administrativement, il n’y a pas eu augmentation. C’est juste une spéculation et ce sont les commerçants qui ont augmenté eux-mêmes les prix. Ce qui se répercute sur les revendeurs et les consommateurs », notifie notre source.
Françoise Tougry/Queenmafa.net








