Le rôle des femmes dans la lutte contre le paludisme est désormais au centre des stratégies nationales. Ouagadougou a abrité ce vendredi 17 février 2026, un forum organisé dans le cadre de l’initiative Voix essentiELLES, Femmes et Paludisme, portée par Speak Up Africa et ses partenaires, ONIDS, Vision Nouvelle et KAMY.
« Femmes et Paludisme : transformer le leadership féminin en force d’élimination du paludisme », c’est le thème du forum qui a réunie autorités sanitaires, organisations féminines, partenaires techniques et financiers. Cette rencontre multisectorielle vise à faire passer les femmes du terrain aux espaces de décision, en reconnaissant leur rôle central dans la prévention, la prise en charge et la mobilisation communautaire contre le paludisme.
Dans son allocution d’ouverture, Irène Zoungrana, présidente de l’association Vision Nouvelle, a rappelé que le paludisme ne se résume pas à des chiffres.
« Dans nos communautés, le paludisme est une réalité vécue dans les familles. Ce sont surtout des mères, des sœurs, des épouses et des adolescentes qui veillent la nuit auprès des enfants malades, souvent au prix de leurs activités et dans le silence », a-t-elle souligné.
Pour elle, le forum se veut un espace charnière, où les expériences locales portées par les femmes nourrissent les décisions stratégiques.
« L’élimination du paludisme ne se fera ni sans les communautés, ni sans les femmes. Lorsqu’elles sont reconnues et écoutées, elles deviennent des actrices essentielles de la prévention et du changement », a-t-elle affirmé.
Irène Zoungrana a insisté sur la nécessité de passer à l’action, à travers la destruction des gîtes larvaires, la sensibilisation des familles et la mobilisation des organisations communautaires. Elle appelle également à une mobilisation des ressources endogènes, notamment par l’usage de la communication digitale pour favoriser le changement de comportements.

Un enjeu de santé publique et d’autonomisation
Prenant la parole au nom du Réseau Voix EssentiELLES du Burkina, Sévérine Nébié a mis en lumière les inégalités persistantes qui freinent l’accès des femmes aux soins et aux décisions.
« Les voix féminines ne doivent plus rester en marge. Elles doivent être entendues dans les communautés comme dans les espaces de décision », a-t-elle déclaré.
Selon elle, investir dans le leadership féminin n’est pas un choix symbolique, mais une stratégie efficace pour accélérer l’élimination du paludisme. Le réseau se positionne ainsi comme un pont entre les réalités du terrain et les politiques publiques, afin de renforcer l’impact des actions communautaires.
De son côté, Dr Sidzabda Kompaoré, Secrétaire permanent pour l’élimination du paludisme (SP Palu), a rappelé l’ampleur du défi.
« En 2024, le paludisme représentait 34 % des consultations, près de 44 % des hospitalisations et plus de 3 500 décès au Burkina Faso. Mais au-delà des statistiques, il pèse lourdement sur les femmes, leur santé, leur temps, leurs revenus et leur équilibre social », a-t-il indiqué.
Il a souligné que le paludisme constitue un frein réel à l’autonomisation des femmes, notamment chez les femmes enceintes et celles qui assument l’essentiel de la charge familiale liée à la maladie.
Pour atteindre l’objectif national Zéro palu, le Dr Kompaoré plaide pour une évolution majeure.
« Il ne s’agit plus seulement de reconnaître le rôle des femmes, mais de structurer et renforcer leur leadership au sein des mécanismes de gouvernance de la lutte contre le paludisme », a-t-il lancé.
Le SP Palu a réaffirmé la disponibilité de son institution à travailler étroitement avec les organisations féminines, à intégrer leurs représentantes dans les cadres de concertation et à examiner les recommandations issues du forum.
Au terme de cette rencontre, les participantes ambitionnent l’élaboration d’une feuille de route nationale, alignée aux priorités du pays et résolument tournée vers l’action. Une dynamique collective qui, selon les organisateurs, pourrait transformer durablement la lutte contre le paludisme.
Fabrice Sandwidi/Queenmafa









