La Foire de l’Innovation et des Technologies Agroalimentaires du Manioc et de ses Dérivés (FITAMD) a officiellement ouvert ses portes ce 16 avril 2026 dans la commune de Pabré. Programmée sur 72 heures, cette première édition réunit décideurs publics, acteurs économiques, partenaires techniques, coopératives et exposants venus de toutes les régions du pays, ainsi que des délégations du Mali, de la Côte d’Ivoire et du Togo, dans un même élan. Celui de faire du manioc un pilier de la transformation économique et de la souveraineté alimentaire du Burkina Faso.

Le manioc étant une richesse incommensurable, l’interprofession de ladite filière a lancé la foire de l’innovation et des technologies agroalimentaires du manioc et de ses dérivés. À l’entame de la cérémonie d’ouverture, la promotrice de l’événement et par ailleurs présidente de l’interprofession de la filière manioc, Sabine Zoumbara Nana, a posé le cadre de ladite foire. La FITAMD selon elle n’est pas une simple exposition, mais un appel à l’action. Longtemps cantonné au rang de culture de subsistance, le manioc change de statut. Dans un contexte mondial incertain, il devient une réponse concrète à la réduction des importations, à la création de valeur locale et à la sécurité alimentaire.

Plus loin, elle a souligné que la foire donne à voir la présence nationale des coopératives, issues de toutes les régions, et la diversité des produits transformés tels que attiéké, placali, tapioca, gomi, biscuits, spaghettis à base de manioc. Autant d’innovations qui illustrent un potentiel encore insuffisamment industrialisé.
Dans son mot de bienvenue, le président de la délégation spéciale de Pabré, Jean-Baptiste Ouédraogo, a souligné le choix stratégique de sa commune, zone à fort potentiel agricole où le manioc occupe une place croissante, tant dans la production que dans la transformation. Reconnaissant les difficultés d’accès aux équipements et aux marchés, il a présenté la FITAMD comme une opportunité de formation, de transfert de technologies et de mise en relation entre acteurs. La commune, a-t-il assuré, s’engage à créer un environnement favorable à l’entrepreneuriat, notamment pour les jeunes et les femmes, et à travailler avec l’État, le secteur privé et les partenaires afin de faire de Pabré un pôle de référence de la transformation du manioc.

Représentant la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso, Donatien Nagalo a rappelé que le manioc est aujourd’hui l’une des racines les plus stratégiques de l’Afrique de l’Ouest. Alors que plus de 300 millions de tonnes sont produites chaque année dans le monde, la transformation industrielle locale reste inférieure à 20 %, limitant la création de valeur.
Pour la Chambre consulaire, l’enjeu est clair. Structurer, organiser et dynamiser la filière, faciliter l’accès au financement, accompagner la mise aux normes de qualité et ouvrir les marchés nationaux et internationaux. Un appel a été lancé aux entrepreneurs, aux institutions financières et à la jeunesse pour investir dans cette filière d’avenir.
Gaoussou Sanou a représenté le patron de la cérémonie, le ministre de l’Agriculture, de l’Eau et des Ressources animales et halieutiques. Il a officiellement ouvert la foire, saluant une plateforme d’innovation, de partage d’expériences et de création d’opportunités. Il a insisté sur le rôle déterminant des femmes, véritables chevilles ouvrières de la filière, et sur la nécessité de promouvoir l’innovation technologique, la transformation locale et la professionnalisation des acteurs. L’État, a-t-il assuré, poursuivra ses efforts pour faciliter l’accès au financement, moderniser les équipements et renforcer la compétitivité des produits sur les marchés.

La voix des exposantes
Au sortir de l’évènement, face aux hommes de médias, la promotrice a pointé du doigt les défis auxquels font face les acteurs du secteur. Une production annuelle estimée autour de 24 000 tonnes, contrainte par une saison pluvieuse courte et une insuffisance de matière première qui oblige parfois les transformateurs à s’approvisionner dans les pays voisins. D’où l’urgence d’augmenter la production, de moderniser les équipements et d’accompagner la montée en qualité pour atteindre l’échelle industrielle.

Au cœur des stands, la FITAMD donne aussi la parole aux jeunes. Linda Nana, exposante et étudiante en management de la qualité en industrie agroalimentaire, y voit une école grandeur nature. Entre attiéké frais ou déshydraté, placali et tapioca, gomi et gari, elle salue une initiative qui valorise les productions locales, renforce les liens entre coopératives et développe les compétences en entrepreneuriat et en leadership. Ses attentes sont claires. Apprendre, gagner en confiance et se projeter comme future entrepreneure de l’agroalimentaire.

Au terme de cette ouverture, le message qui se dégage est que le manioc n’est plus une culture de subsistance, mais une solution économique. En réunissant acteurs publics et privés, producteurs, transformateurs et jeunes porteurs d’idées, la FITAMD marque un tournant vers plus de valeur ajoutée, d’emplois et de prospérité partagée. Une dynamique appelée à s’inscrire dans la durée pour faire du manioc un pilier de la souveraineté alimentaire burkinabè.
Abdoulaye Ouédraogo
Fabrice Sandwidi


