Éducation sexuelle :  « Parler de sexualité à un enfant, c’est lui éviter les grossesses précoces ou le mettre à l’abri de la drogue », Rélwendé Eric Sawadogo

Parler d’éducation sexuelle reste encore difficile dans de nombreuses familles et communautés. Pourtant, il s’agit d’un enjeu essentiel pour permettre aux enfants et aux adolescents de mieux comprendre leur corps, leurs émotions, leurs relations et les changements liés à leur développement. Une éducation sexuelle adaptée à l’âge ne se limite pas à parler de sexualité : elle contribue également à transmettre des valeurs de respect, de responsabilité, de consentement, d’intimité et de protection. Face aux nombreuses informations auxquelles, les jeunes peuvent être exposés notamment, à travers les réseaux sociaux et internet, le rôle des parents, des éducateurs et des professionnels devient particulièrement important. C’est ce que Rélwendé Eric Sawadogo, expert senior agréé en éducation et formation, spécialiste de l’éducation sexuelle des adolescents nous fait comprendre dans cette interview. Il est auteur de deux ouvrages spécifiques à cette thématique notamment « Guide pour l’éducation sexuelle des adolescents » et « Éduquer son enfant adolescent : sexualité, développement personnel et culture de la paix ». Il est également promoteur du Salon international de l’éducation des adolescents (SIEDA), tenu en juin dernier.

Que signifie exactement « éducation sexuelle » lorsqu’on parle des enfants ?

L’enfant selon l’UNICEF, c’est la personne qui a moins de 18 ans. L’éducation sexuelle consiste à transmettre à ces enfants, des valeurs, des informations-clés et des compétences afin qu’ils puissent mener une vie responsable et saine. La sexualité ne se limitant pas aux rapports sexuels. Mais, englobant les relations interpersonnelles, affectant la santé et la réputation de l’individu.

 Pourquoi vous intéressez-vous aux questions de l’éducation sexuelle surtout, la tranche d’âge de deux à trois ans ?

En vérité, je suis un spécialiste de l’éducation sexuelle des adolescents. J’aime descendre jusqu’aux tout-petits de 2-3 ans pour mettre, en exergue, l’importance de l’éducation sexuelle et aider les parents à protéger leurs enfants contre les pédophiles. Quand vous dîtes à votre enfant de 3 ans qu’il/elle ne doit laisser personne l’embrasser sur la bouche, ni toucher son kiki/sa kekette, vous faîtes de l’éducation sexuelle. La résistance de l’enfant peut refroidir le prédateur sexuel.

 Quel est l’objectif recherché en publiant ces deux livres ?

J’ai publié pas moins d’une demi-douzaine de livres traitant d’éducation sexuelle, de développement personnel et de culture de la paix. Pour revenir à mes 2 livres qui traitent d’éducation sexuelle et sont destinés aux parents d’adolescents, mon intention est d’outiller ces parents afin qu’ils/elles puissent aborder la sexualité efficacement et avec moins de gêne avec leurs enfants adolescents.

« Il faut aborder le sujet tôt, car les pédophiles ne feront pas de cadeau à nos enfants ».

 Pourquoi est-il important d’aborder ce sujet dès l’enfance, avec des mots adaptés à leur âge ?

Il faut aborder le sujet tôt, car les pédophiles ne feront pas de cadeau à nos enfants. Et ne pensez pas que la pédophilie est une affaire de blancs !  il y en a ici aussi. L’enfance s’étendant jusqu’à 17 ans, on aborde les thèmes d’éducation sexuelle en fonction de la tranche d’âge de l’enfant et bien sûr, avec des mots adaptés à son âge. Par exemple, vous aborderez idéalement les menstrues avec les prépubères de 8 à 9ans et les grossesses précoces avec les adolescents de 12 à 14 ans…

Pourquoi certains parents ont-ils encore, du mal à parler de ces questions avec leurs enfants ?

 De mon point de vue, les parents sont embarrassés pour quatre raisons. Premièrement, nombre d’entre eux n’ont pas reçu d’éducation sexuelle en bonne et due forme. Deuxièmement, tout ce qui touche au sexe est tabou dans nos communautés.  Troisièmement, quand bien même, ils auraient la volonté d’en parler, il leur manquerait la science, les mots et les outils. Enfin, il y en a qui croient que parler de sexualité aux adolescents, c’est les inciter à débuter des rapports sexuels.

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Quelle doit être la place des parents dans l’éducation sexuelle de leurs enfants ?

Les parents doivent être au début et au centre de l’éducation de leurs enfants. L’éducation sexuelle n’est qu’une composante de cette EDUCATION.

Dans nos communautés, ce sont les mamans qui sont plus proches des enfants. Mais, elles n’arrivent pas à en parler. Comment les papas qui sont généralement loin de tous ces tabous peuvent-ils s’impliquer ?

Je ne suis pas sûr que les pères transcendent ce tabou. Au contraire, je pense que les mamans s’en sortent mieux car obligés d’aborder; tôt ou tard, la menstruation avec leurs filles. Ceci dit, les pères doivent incarner le respect de la femme et l’apprendre à leurs enfants mâles, guider leurs enfants dans le choix des amis, leur apprendre à se maîtriser incluant la canalisation de leur libido, etc.

 Comment un parent peut-il, commencer une conversation sans mettre l’enfant mal à l’aise ?

Ce n’est pas si difficile sauf que les parents ne sont pas outillés ou je dirai ne s’outillent pas. Le parent peut partir d’une scène de baiser à la télé, d’une leçon de Sciences de la Vie et de la terre (SVT), de l’actualité du quartier…

Faut-il attendre que l’enfant pose des questions ou est-il préférable d’anticiper certaines situations ?

L’éducation par définition, est anticipation. Tout à l’heure, je vous disais qu’il fallait aborder les menstrues avec les prépubères, c’est-à-dire celles qui n’ont pas encore vu leurs règles. Sans oublier les garçons du même âge afin qu’ils se familiarisent tôt avec ce phénomène biologique que vivent leurs sœurs et camarades.

Comment apprendre à un enfant, à connaître et respecter son corps ?

Je pense que cela peut se faire en parlant des parties du corps, en insistant sur les parties intimes et en enseignant la notion de respect à l’enfant.

« En n’abordant pas ces questions avec lui/elle, vous rendez l’enfant vulnérable ».

Comment lui apprendre à reconnaître les comportements inappropriés et à dire non, le cas des abus sexuels et pédophilie ?

A partir du moment où vous enseignez les parties intimes à l’enfant et abordez les attouchements, le viol et d’autres atteintes à sa dignité (bien entendu, en fonction de son âge), vous lui donnez le pouvoir de se défendre contre l’inacceptable. Personne ne souhaite que son enfant soit victime d’agression sexuelle. Mais, en n’abordant pas ces questions avec lui/elle, vous rendez l’enfant vulnérable.

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Comment les parents peuvent-ils créer un climat de confiance permettant à l’enfant de parler s’il est confronté à une situation préoccupante ?

Il ne faut pas attendre que le fantôme pénètre dans la case avant de la fermer. Il faut, dès le départ, une communication ouverte et bienveillante avec l’enfant. Il faut respecter votre enfant (sa dignité et son intimité), l’écouter, et vous montrer disponible à l’aider.

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Selon vous, quels signes peuvent montrer qu’un enfant a besoin d’être davantage écouté ou accompagné ?

Un changement dans ses habitudes, un isolement, une baisse des performances scolaires, une diminution de l’appétit, etc. Il faut observer son enfant pour détecter ces signaux et intervenir/ou se faire aider par un professionnel (travailleur social, psychologue, pédiatre, coach certifié…).

Comment les parents et les enseignants peuvent-ils travailler, ensemble ?

A ma connaissance, des modules d’éducation à la vie familiale ont été conçus avec l’aide d’ONG et un plaidoyer réalisé pour qu’ils soient dispensés à l’école. Donc, si ce n’est déjà fait, c’est pour bientôt.

Je le disais plus haut, l’éducation commence en famille. L’école, les médias et la communauté viennent en appui. Les parents doivent être pleinement conscients de leur rôle et devoirs.

Comment parler aux enfants des contenus inappropriés qu’ils peuvent rencontrer en ligne ?

Selon moi, il faut parler d’abord, du numérique de façon générale et des opportunités qu’il offre en matière de communication. Mais aussi, d’apprentissage/enseignement. Les élèves peuvent trouver des résumés de cours et d’anciens sujets sur des sites et des pages Facebook.

Une fois que cela est fait, vous attirez leur attention sur les fake news, les discours de haine et les contenus pornographiques. En ce qui concerne la pornographie, un parent outillé peut leur parler de l’addiction et des troubles sexuels qui peuvent en résulter.

« Les parents doivent privilégier la responsabilisation ».

Quelles sont les principales erreurs que les parents devraient éviter lorsqu’ils parlent de sexualité avec leurs enfants ?

  • Réduire la sexualité aux rapports sexuels ;
  • Ne pas aborder la drogue, les compétences de vie et les valeurs (respect, maîtrise de soi…) ;
  • Penser que parler de sexualité aux adolescents les incite à avoir des rapports sexuels ;
  • Éviter les interdictions et les embargos, et privilégier la responsabilisation.

Est-il préférable de répondre simplement aux questions de l’enfant plutôt que de lui donner trop d’informations ?

Il faut lui donner les informations qu’il doit avoir sur ce thème, à son âge.

Quels conseils donnez-vous aux parents qui se sentent gênés ou qui ne savent pas comment répondre ?

Je leur conseille de m’inviter pour un accompagnement individuel ou en groupe (parents d’un quartier ou association de parents d’élèves) et d’acheter les livres pratiques que j’ai écrits à leur intention sur la thématique.

Il y a des parents qui hésitent encore à parler de ces sujets avec leurs enfants. Quel message avez-vous pour eux ?

Parler de sexualité à un enfant, c’est lui apprendre à se respecter et respecter l’autre, nouer des relations bénéfiques, lui éviter les grossesses précoces ou le mettre à l’abri de la drogue. C’est cela l’éducation sexuelle, pas autre chose.

Entretien réalisé par Françoise Tougry

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