Accusation de sorcellerie et exclusion sociale : chercheurs et autorités religieuses unissent leurs voix pour la protection des victimes

A l’institut des sciences des sociétés, s’est tenu du samedi 22 au 23 mai 2026, un colloque scientifique international sur les violences sociétales, les exclusions, les vulnérabilités et culture en Afrique et dans le monde. Le thème de cet évènement était basé sur « Les accusations de sorcellerie : fondements sociohistoriques, traitements, stratégies de résilience et solutions endogènes ». L’objectif est de réfléchir aux politiques de protection et reconstruire le vivre-ensemble en réunissant scientifiques, experts, autorités administratives, religieuses et coutumières.

La séquence du samedi 23 mai a porté sur les politiques publiques, protection sociale et réinsertion des femmes accusées : défis, limites et perspectives. Cette table ronde a mis en lumière la situation des personnes victimes d’exclusion sociale au Burkina Faso. A travers une présentation appuyée par plusieurs données, les experts ont dressé des statistiques préoccupants de cette réalité souvent, ignorée.

Comme difficultés, il y a l’absence de loi spécifique contre les accusations de sorcellerie, l’application rigoureuse des textes et l’engagement politique de l’Etat et les partenaires dans la lutte contre l’exclusion sociale. Il n’y a pas que les femmes qui sont accusées de sorcellerie. On rencontre d’autres catégories sociales telles que les jeunes filles rejetées pour avoir refusé un mariage forcé ou à cause d’une grossesse non désirée, des personnes abandonnées par leur famille, des personnes vivant avec un handicap que ce soit homme ou femme. Mais aussi, des mineurs et des personnes sans domicile.

Cette diversité des profils démontre que l’exclusion sociale dépasse largement le seul cadre des croyances mystiques. Au Burkina Faso, 13 centres d’accueil sont suivis par le Ministère de la Famille et de la Solidarité.

En 2025, ces centres ont accueilli environ 780 personnes victimes d’exclusion sociale. Notons que les femmes âgées constituent des pensionnaires, même si des enfants y vivent également. Ces structures jouent un rôle essentiel dans la survie et la réinsertion des victimes. Derrière chaque vie, se cache une vie marquée par le rejet, la peur, la solitude et l’espoir d’une réinsertion sociale.

Placée sous le thème de « Médiation religieuse, dynamiques communautaires et culture de la paix : prévenir les violences et reconstruire le vivre-ensemble », la communication a ouvert un débat sur le rôle des leaders religieux dans la gestion des conflits lié à la sorcellerie.

Abbé Eric Da

Pour l’Abbé Eric Da, l’église catholique joue un rôle majeur dans la prise en charge des personnes victimes d’exclusion sociale. Les efforts menés par l’action humanitaire du Burkina Faso pour traiter ces questions sensibles montre que l’église catholique a beaucoup de centres. Durant ces dernières années, douze réinsertions sociales ont pu être réalisées grâce à ce dispositif. « Ces résultats montrent qu’au-delà de l’accueil, un véritable travail est mené pour permettre aux victimes de retrouver une place dans leur famille et dans la société », dit-il.

Pour l’Imam Nouhoun Bakayoko, l’Islam par rapport aux gens victimes de sorcellerie met l’accent sur ce qu’il faut faire pour aider au mieux, ces personnes.

Le pasteur Joël Ganame, rapporte que lorsqu’il y a accusation, le leader spirituel est investi de cette capacité à discerner. « Ce n’est pas parce que quelqu’un vient vous dire que telle personne est une sorcière que d’emblée, vous allez prendre cela pour la réalité. », ajoute-t-il.

Plus qu’un débat professionnel, ce panel apparaît ainsi comme un appel à défendre la dignité humaine et à reconstruire le vivre-ensemble.

Anouchka Zongo stagiaire

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