Gestion des menstrues : L’association Palobdé lance un appel à contributions pour offrir des kits de dignité

La journée mondiale de l’hygiène menstruelle est commémorée chaque 28 mai. Au Burkina Faso, cette journée a été marquée par un panel, organisé par l’association Palobdé qui œuvre depuis 2017 à la sensibilisation, à la fabrication et la commercialisation des serviettes hygiéniques réutilisables.

Placé sous le thème « Parlons menstrues sans honte ni tabou, restaurons la dignité des femmes », ce panel s’est tenu sur le réseau social Tiktok.

Pendant deux heures,la présidente de l’association Palobdé, Emilie Kyedrebeogo et la Tiktokeuse Aida la Parisienne se sont entretenues avec les internautes sur la santé menstruelle.

Dès sa prise de parole, Emilie Kyendrebeogo a rappellé que les règles ne doivent pas être un problème pour les femmes car certaines femmes ont honte quand elles sont en situation de menstrues. Abordant la question des serviettes hygiéniques, elle a insisté sur l’urgence de délaisser les serviettes jetables au profit des serviettes réutilisables. A cet effet, elle a souligné que la serviette Palobdé est 100% burkinabè, fabriquée avec du coton burkinabè et sans produits chimiques. Ce qui garantit la santé des femmes et évite les maladies.

Pour Emilie Kyendrebeogo, le but de l’association Palobdé est de mener le combat pour préserver la santé des femmes car la gestion des menstrues ne se limite pas au port des serviettes hygiéniques. « Il faut sensibiliser surtout les jeunes filles sur, comment rester propre durant cette période. Tout comme on guide un nourrisson, on doit conseiller les femmes », dit-elle.

Palobdé, ce n’est pas seulement le volet sanitaire, c’est aussi l’accessibilité des serviettes. Ces serviettes réutilisables sont vendues à un prix abordable qui, de plus, a une durée de vie de deux ans. « Il est important que les serviettes soient accessibles car le manque de moyen pour s’en procurer peut conduire à des choses malsaines », explique-t-elle.

Malgré l’évolution de la société burkinabè, les règles semblent toujours être un sujet tabou. C’est ce qui justifie le combat de l’association Palobdé. Car, elle ne se limite pas à la vente des serviettes, elle sensibilise également dans les écoles pour briser la glace autour du sujet. « Nous menons des campagnes dans les écoles car les règles sont sujet de moquerie et ça peut être la cause de l’abandon de l’école des filles. On remarque aussi que les parents même n’en parlent pas aux enfants. Donc, on conseille aussi les parents et on attire leur attention là-dessus. La plupart du temps, ce qui intéresse certains parents dès les premières règles, c’est que la jeune fille ne tombe pas enceinte », affirme-t-elle.

Visuel du webinaire de l’association Palobdé

Elle estime également que les professeurs devraient être sensibilisés sur le sujet. « Une fille de 12 ans s’est suicidée à cause des règles. Son professeur lui a parlé parce que sa jupe était tachée et ses camarades se sont moqué d’elle. Il y’a pleines d’anecdotes comme ça sur les règles à l’école. C’est pourquoi, on doit aussi inclure les professeurs et les garçons dans la sensibilisation », dit-elle.

Selon la présidente Emilie Kyendrebeogo, également experte en santé menstruelle, les problèmes de santé comme les kystes, les règles douloureuses, les infections … sont souvent liés aux serviettes hygiéniques jetables dont l’efficacité est remise en cause.

« J’ai déjà acheté des serviettes jetables pour tester. Quand j’ai déchiré, j’ai vu que dans l’un, il y a une matière comme la serpillère et dans l’autre, une matière comme le torchon vendu au niveau des feux tricolores. C’était moins cher ça coutait 500 et c’est ce qui attire les femmes », témoigne une internaute.

Aïda la parisienne renchérit « c’est moins cher. Mais, ça rend malade, pourquoi continuer d’acheter des maladies à 500f ou 1000f pour dépenser des sommes colossales après ? Alors qu’il existe des serviettes saines et réutilisables en plus », déplore-t-elle.

Une autre internaute a évoqué l’utilisation du pagne communément appelé Kodjo chez les ivoiriens. « Avant nos mamans accouchaient jusqu’à 10 enfants sans problèmes. Mais, de nos jours, même pour avoir quatre, c’est compliqué. Mais elles utilisaient seulement les pagnes. Les ivoiriennes ont compris. Donc, elles perpétuent la tradition », confie-telle.

Le visuel de l’appel à contribution

Ce panel était aussi l’occasion pour l’association de lancer un appel à contribution. Palobdé projette de faire don de kit de dignité à 500 femmes de 5 maisons d’arrêts et de correction du Burkina.

Une activité justifiée par le fait que les détenues sont souvent oubliées par leur famille. Personne ne se demande comment elles font chaque mois pour s’en sortir. Chaque kit de dignité est composé de serviette palobdé, de pagne, d’un seau, d’un sac, du savon et de sous-vêtements à raison de 26000f. « Le gouvernement ne peut pas tout faire. Donc, on a lancé une cagnotte et on invite tout le monde à contribuer », affirme Emilie.

Cette remise de don sera accompagnée d’une séance de sensibilisation. Pour garantir la transparence du processus, les noms des contributeurs ainsi que le don fait, seront consignés sur une plateforme. Ils recevront des attestations et seront également invités à la remise.

Aïda la Parisienne a, par ailleurs, exhorté ses abonnés à soutenir l’initiative et invité les femmes à utiliser les serviettes Palobdé pour une meilleure santé.

Les internautes ont remercié l’association Palobdé et invité la population à soutenir le projet. Le panel a pris fin sur une séance de questions-réponses et des conseils pour une bonne hygiène des menstrues.

Latyfah Sawadogo (Stagiaire)

Dernières nouvelles

ARTICLES SIMILAIRES