CAN Féminine Maroc 2026 : Les étalons dames de retour au bercail, que se passe t-il dans le football féminin burkinabè ?

Une victoire et deux défaites, c’est le bilan qui aura finalement précipité l’élimination des Étalons Dames de la CAN féminine Maroc 2026. Après leur lourde défaite 4-1 face à la Côte d’Ivoire, les étalons dames se sont relancées quatre jours plus tard en s’imposant 2-1 face à la Tanzanie. Mais pour leur dernière sortie dans la compétition, elles se sont inclinées 1-0 face à l’Afrique du Sud, mettant ainsi fin à leur parcours.

Sur les réseaux sociaux comme dans les tribunes et même les kiosques à café, les critiques n’ont pas tardé. Pour certains, cet échec est dû a un manque de volonté, de motivation, voire même de patriotisme. Mais que se passe t-il réellement dans le football féminin au Burkina Faso ?  Invité sur le plateau de l’émission Intégral Foot de la Télévision nationale, le sélectionneur des Étalons Dames, Pascal Sawadogo, a livré un témoignage sans filtre sur les difficultés auxquelles son équipe a été confrontée.

Des résultats qui relèvent presque du « miracle »

Malgré l’élimination, Pascal Sawadogo se dit un peu fier des résultats qu’il qualifie même de miracle au regard des difficultés rencontrées par les joueuses. « Souvent certains résultats, il y a du miracle. Parce que ce qu’on investit et ce qu’on gagne comme résultat, ce n’est pas comparable. C’est souvent le sélectionneur qui est livré au verdict populaire, mais les gens ne savent même pas ce qui se passe réellement ».

Parmi les difficultés rencontrées par le coach et son équipe, on note le problème de financement. «  Dans le mois de juin, on a joué un match amical contre le Mali, on a logé les filles burkinabè et les filles maliennes dans le même hôtel. Pour moi, c’était bon pour la cohésion. Mais des informations ont circulé, les filles maliennes recevaient 10 millions de francs CFA par 10 millions chacune pour une qualification à la CAN. Et On nous a proposé 500 000, soit 20 fois moins », a t-il dit. Ce qui justifie le report du vol et les failles au niveau du jeu. Car la démotivation et les frustrations ont entrainé un arrêt d’entrainement alors que de leur coté les adversaires avaient terminé leur programme. Pourtant, dans cette compétition de haut niveau où chaque détail compte, ces quelques jours de préparation en moins n’ont pas été sans conséquence sur l’équipe qui a dû négocier un match amical à Rabat. « A notre arrivée au Maroc, nous avons dû négocier avec le FUS Rabat pour jouer au moins un match amical avant le début de la compétition », explique le sélectionneur.

Le patriotisme seul ne suffit pas

 « Au delà de la passion, la tactique, le physique et la technique, si les joueuses ne sont pas heureuses et motivées, on a beau les galvaniser avec le patriotisme, c’est compliqué », ajoute coach Pascal Sawadogo.

Mais il ne s’arrête pas là, il évoque aussi les difficultés au niveau de la formation des entraineurs. « Il y’a aussi un problème national concernant la formation des entraîneurs. Depuis 2010 que la fédération a commencé, elle n’a pas organisé la licence A. Quand il y a une compétition africaine, souvent on veut la licence A, mais au niveau local il n’y en a pas. Ça été annoncé qu’en septembre, on va faire la licence A, j’espère que cette fois-ci, ça aura lieu », espère-t-il. Par ailleurs, le sélectionneur appelle  à une meilleure préparation si le pays souhaite faire de son équipe nationale une source de fierté. « Si on va faire de l’équipe nationale féminine, un patrimoine, si les burkinabè doivent se réunir devant la télévision pour regarder les matchs, il faut qu’on se prépare mieux. Parce que perdre comme ça, ce n’est pas du tout intéressant », déplore Pascal Sawadogo.

C’est à cœur ouvert que Pascal Sawadogo s’est exprimé sur la télévision nationale. Ces révélations au grand public resonnent comme un appel fort aux autorités compétentes, pour que ce problème soit pris à bras le corps pour une meilleure santé du football féminin au Burkina Faso.

Cette situation n’est pas une première au Burkina Faso. En 2023 sur le même plateau, le sélectionneur des Étalons U17, Brahima Traoré a affirmé n’avoir pas perçu de salaire depuis onze mois, alors qu’il revenait de la Coupe d’Afrique des nations cadets en Algérie, où le Burkina Faso sortait troisième  de la compétition. « On a onze mois d’arriérés de salaire. Mais les sélectionneurs dames Pascal Sawadogo et ses adjoints qui ont signé leurs contrats avant nous, ont treize mois de salaires impayés », a-t-il déclaré.

Latyfah Sawadogo

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