Sur les réseaux sociaux, dans nos rues et dans nos quartiers, les témoignages d’une vie de foyer douloureuse relancent le débat sur la polygamie. Pour certains, la polygamie telle que pratiquée au 21e siècle ne profite qu’à l’homme, car les conditions qui l’encadrent ne sont pas respectées. Pire encore, certains foyers deviennent de véritables calvaires pour les femmes. Cette pratique n’est pas seulement rattachée à la religion musulmane, autrefois, elle était l’apanage de nos ancêtres. Mais de plus en plus certains s’indignent estimant que les temps ont changé. Un avis mal perçu par les adeptes de ‘’la vieille école’’ pour qui, ce changement de perception est le résultat de l’influence occidentale ‘’c’est l’impérialiste qui nous pousse à la perdition’’, ‘’nos jeunes veulent copier les blancs’’ disent-ils. Alors, que pensent les jeunes filles de cette pratique de nos jours ? Pour recueillir leurs avis, notre micro s’est baladé dans les rues de Ouagadougou.
Face à notre interrogation, elles sont 10 jeunes filles, à donner leurs points de vues.
Pour certaines, la réponse est clairement non. C’est le cas de Nouriatou Zorom. Selon elle, cette pratique fait énormément souffrir les femmes et les enfants car les conditions imposées par la religion ne sont pas respectées. « La polygamie peut devenir un véritable poison lorsqu’elle engendre injustice, jalousie, souffrance et conflits. Certaines préfèrent quitter leur foyer pour préserver leur paix intérieure. La pression sociale pousse malheureusement d’autres à rester dans des situations qui les détruisent psychologiquement et physiquement », déclare la jeune entrepreneure. Pour elle, aucune pratique ne devrait être au-dessus de la paix, de la dignité et du bien-être d’une femme et de ses enfants.
Un avis partagé par Chérifa Ouédraogo, qui affirme ne pas vouloir s’engager avec un homme polygame, quelle que soit la situation. « Pour moi, la polygamie telle qu’elle se fait de nos jours, c’est de l’arnaque. C’est un caprice de l’homme pour satisfaire ses désirs. Aucune condition n’est respectée comme à l’époque. De plus, un cœur ne peut aimer deux personnes à la fois, il y en aura forcément une qui souffrira. Si ça ne tenait qu’à moi, on bannirait cette pratique », dit-elle.

Abondant dans le même sens que ses prédécesseuses , la communicante Makoura Hanifah Traoré voit en la polygamie une manière de rendre l’infidélité des hommes plus acceptable. « Pour moi, la polygamie est une façon de légaliser ou de rendre normale l’infidélité des hommes. Elle peut banaliser le fait d’avoir plusieurs partenaires au lieu de privilégier la fidélité et l’engagement envers une seule personne. Elle peut aussi avoir des répercussions sur l’équilibre familial : rivalités entre coépouses et enfants, sentiment de négligence ou de favoritisme », décrit-elle.
« la polygamie est un acte de soumission et oblige la femme à partager son quotidien tout entier et son mari avec une coépouse. Un acte qui la plus-part du temps crée des conflits entre les femmes. Et l’homme qui ne saura pas les aimer de la même manière se retrouvera à privilégier une au détriment de l’autre. Je ne suis pas prête à devoir tout partager avec une autre et surtout pas mon mari ni ce que nous aurons construit ensemble », s’exclame Roxane Kaboré.

Certaines jeunes filles à l’image de Aline Bationo, ont une position plus nuancée sur la question. « Je ne me vois pas partager mon mari avec une autre femme. Je recherche une relation dans laquelle je peux avoir une vraie stabilité affective et émotionnelle avec un partenaire avec qui construire un projet de vie à deux. Je pense aussi qu’il faut être honnête avec soi-même. Si je sais que la polygamie peut créer en moi de la jalousie, de la frustration ou un sentiment d’insécurité, il vaut mieux ne pas m’engager dans ce type de mariage » dit-elle. Elle insiste par ailleurs sur le fait qu’elle respecte les femmes qui font le choix d’accepter la polygamie.

Doulkom Djémulatou, n’est pas contre la pratique, mais ne souhaite pas pour autant s’y engager. « c’est un sujet très complexe car elle prend en compte plusieurs aspects : culturels, religieux, intimes et relationnels. Le problème aujourd’hui, c’est que beaucoup de gens n’ont pas une bonne vision de la polygamie.» Pour elle, vivre dans un foyer polygame demande de la compréhension, de l’acceptation et de la maîtrise de soi, des qualités qu’elle estime ne pas avoir.

De son côté, Wendpanga Loolita Judith Kinda, elle ne condamne pas non plus la polygamie, mais ne se projette pas dans un mariage polygame. « La polygamie est un choix de vie qui ne peut pas convenir à tout le monde. Pour moi, le plus important dans un couple reste le respect, la confiance, la communication et la considération. J’aspire à une relation fondée sur l’exclusivité, la confiance, la complicité et le respect mutuel. Je préfère être honnête avec moi-même plutôt que d’accepter une situation dans laquelle je ne serai pas pleinement épanouie. »
Cette position rejoint celle de Maïmouna Kaboré pour qui, l’essentiel est que chaque personne puisse faire un choix libre et éclairé et que les droits et la dignité de toutes les personnes concernées soient respectés. ‘’Je souhaite construire une relation fondée sur l’exclusivité, la confiance et une véritable complicité entre deux personnes. Je pourrais difficilement accepter de partager mon conjoint. Pour moi, le mariage doit être un engagement dans lequel chacun se sent pleinement considéré, aimé et respecté. Cela reste un choix personnel, et je respecte les femmes qui ont une opinion différente ou qui acceptent la polygamie. ‘’, précise la jeune fille.

Si certaines refusent catégoriquement la polygamie, d’autres par contre y voient des avantages. Fadilatou Sankara est l’une d’entre elles. « C’est une bonne pratique parce qu’elle a plusieurs avantages. Elle constitue un soutien économique entre les membres de la famille. Grâce à la polygamie, il peut y avoir une prise en charge des veuves et des enfants dans certaines situations. De plus, elle permet un partage des responsabilités familiales et de l’éducation des enfants. »
Nèmatou Rouamba, elle aussi, se dit prête à épouser un homme polygame. Pour elle, cette pratique est à la fois légale dans son pays et conforme à sa religion. ‘’J’aspire à l’indépendance financière, si tu ne comptes sur personne le respect s’impose alors chacun connaît sa place’’ justifie-t-elle. Toutefois, elle admet que c’est difficile de gérer deux foyers car cela demande beaucoup de sacrifices et si cela n’est pas bien géré ça crée des tensions de la jalousie.

Les points de vue sont divergents, mais l’on retient que le respect, la considération, la liberté de choix et le bien-être des personnes concernées doivent rester au cœur de toute relation conjugale.
Latyfah Sawadogo (Stagiaire )



