Première vice-présidente de la délégation spéciale de la commune de Manga et membre du Réseau pour la Promotion et l’Autonomisation des Femmes rurales REPAFER, elle a affirmé son leadership en occupant des postes de responsabilité et en mettant en avant, ses compétences pour l’épanouissement des femmes. Adèle Djiguemkoudré Kafando puisque c’est d’elle qu’il s’agit, s’est confiée à votre journal Queen Mafa dans le cadre de l’atelier de formation des formateurs et formatrices en plaidoyer et approches féministes. L’atelier mis en place par Diakonia Sahel, s’est tenu à Loumbila, du 20 au 26 septembre 2025. Lisez plutôt!
Vous êtes une femme leader. Nous aimerons avoir un aperçu sur les grandes lignes de votre parcours !
J’ai commencé l’école primaire en 1992. Après le certificat d’études primaires à Manga, j’ai continué au collège Naaba Zaana de Koubri, après le BEPC, j’ai eu ma première fille et j’ai dû suspendre les cours et suivre des frères qui militaient dans les associations. Donc, on a commencé par la formation en métiers.
Une association d’un frère et ancien camarade de classe a retenu mon attention. On a commencé ensemble, avec l’appui du Fonds d’Appui à la Formation professionnelle et à l’Apprentissage (FAFPA) où on a pu faire la formation en saponification, fabriqué du savon et suivre les associations pour les animations terrains avec le Programme national de Gestion des Terroirs (PNGT) sur la décentralisation. C’est comme ça que je me suis lancée. Je n’ai pas eu de formation professionnelle en tant que telle. C’est au fur et à mesure que nous assistons aux activités.
En 2010-2017, j’étais la seule femme présidente du Conseil régional de la Jeunesse du Burkina parmi les 13 présidents. J’ai eu le soutien des jeunes de la région du centre-sud et les autres présidents du Conseil . On a avancé ensemble jusqu’au renouvellement du 2e mandat où j’ai passé le flambeau à mes jeunes frères. Nous avons continué à les accompagner jusqu’à aujourd’hui.
A la commune, j’ai été élue en juin 2022 par les autres représentants de la délégation par vote. Nous sommes deux femmes. L’autre représente la coordination des femmes et elle est la présidente de la commission affaires générales et culturelles dans la délégation spéciale.

En tant que première vice-présidente de la délégation spéciale, comment vous, sentez-vous ? Est-ce un privilège ou y a-t-il des contraintes ?
Un privilège, oui. C’est parce que des gens m’ont fait confiance que je suis à ce poste. Comme vous le savez les vices-présidents, c’est par la voix de tous les représentants qui sont là. Les délégués représentent des services étatiques, l’administration, les chefs coutumiers, les OSC et autres. Donc, à Manga dans notre délégation, nous avons 19 membres qui ont décidé de me donner cette responsabilité. En quelque sorte, c’est parce qu’ils pensent que tu peux aussi apporter un plus, à ce qu’ils font déjà. Pour moi, c’est un privilège. Mais, coté travail, les contraintes ne manquent pas. Les responsabilités souvent, ce n’est pas simple. Cependant, avec l’accompagnement de tous, j’ai foi que nous allons relever le défi .
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Vous êtes à un stade où on peut dire que vous avez évolué. Si on vous disait de faire un saut dans le passé, qu’auriez-vous aimé changer dans votre parcours ?
Je peux dire que je suis « Autodidacte ». J’ai beaucoup appris en prenant part aux activités, rencontres, conférences, séminaires, mouvements associatifs. Mais, si c’étaitt à reprendre, j’allais vraiment, mettre plus de sérieux dans les études. Je réalise actuellement que si j’étais allée plus loin dans le cursus scolaire, j’allais pouvoir mieux contribuer dans mes fonctions et tâches que j’ai déjà exercées ou que j’exerce présentement. Je remercie déjà le bon Dieu pour ce que j’apporte déjà.

Au niveau de la délégation spéciale, quelles sont les activités menées en faveur des femmes ?
En ce qui concerne notre budget, on essaie de voir dans quelle mesure, former les femmes dans les AGR pour qu’elles puissent démarrer quelque chose. A travers les partenaires et les ONG qui viennent souvent, nous rencontrer, nous lançons des plaidoyers pour accompagner les femmes et les jeunes. Avec la situation sécuritaire, c’est un peu compliqué au niveau des communes. Chez nous, la délégation spéciale participe activement, aux activités des femmes. Quand la délégation a aussi ses activités, les femmes sont au-devant des choses.
Après les renforcements de capacités, mettez-vous en place, un dispositif de suivi-évaluation pour pouvoir mesurer l’impact de la formation ?
Oui. A l’issue de toute session de formation dont nous bénéficions, nous nous faisons un devoir de compte rendu qui est partagé et archivé au niveau de notre structure. Nous nous référons toujours à toutes ces expériences dont nous avons bénéficié pour avoir des pistes de résolution de ce que nous rencontrons comme difficultés. Cela permet donc d’exploiter des acquis de ces formations tant au niveau de nos organisations que qu’à la délégation spéciale.
Parlant de vie associative, qu’est-ce qui vous a motivée à adhérer au REPAFER ?
C’est une structure qui milite vraiment, pour le bien-être de la femme . Je suis membre fondateur du REPAFER en 2018 avec à sa tête ma sœur Mamounata KI/Ouédraogo. Je suis femme, je sais comment j’ai souffert, comment j’ai lutté pour être là où je suis, aujourd’hui. Peut-être que moi, j’ai eu la chance de m’approcher des gens de voir quelque chose de mes propres yeux et qui a conduit à cet engagement. Mais, les femmes qui sont en milieu rural, ont-elles cette chance ? Ce n’est pas sûr. Voilà pourquoi, l’idée du REPAFER est née pour qu’ensemble, on puisse, les soutenir.
Souvent, le gouvernement a des fonds à octroyer aux femmes, aux jeunes et il y a nos mamans qui sont dans les villages, qui ont besoin d’un simple 20 mille ou 25 mille FCFA pour entreprendre. Mais, elles n’ont pas l’information. Je peux dire que le REPAFER, c’est une voie pour moi d’apporter mon soutien à l’épanouissement de la femme rurale. J’apprends beaucoup dans ce réseau. C’est vraiment, un plaisir pour moi d’accompagner cette structure.

Une chose est d’avoir l’envie d’aider les femmes. Une autre est d’atteindre cet objectif. Arrivez-vous réellement, à les soutenir au niveau du REPAFER ?
Oui. Dans le Zoundweogo, nous avons des points focaux dans les communes. A l’occasion de la journée de la femme rurale, nous organisons des activités pendant lesquelles, nous accompagnons les femmes. L’année passée, grâce à l’appui de la commune, des partenaires, des fils et filles de la localité, nous avons pu offrir des motopompes à au moins, 10 groupements qui sont dans le maraîchage parce que pour avoir l’eau et arroser ce qu’ils font, c’est très difficile. Nous avons des femmes dans les communes qui ont des champs et le riz qu’elles font. A la fin, elles vont étuver, mettre dans les sachets et nous allons encore chercher des marchés pour elles. A cet effet, nous avons une boutique où les femmes exposent leurs produits (soumbala, riz, beurre de karité, mil et autres. S’il y a des commandes, elles produisent. En 2025, on a acquis des terres pour les femmes. Nous sommes sur les documents et nous allons profiter de la Semaine nationale de la Femme rurale pour les leur donner, les accompagner avec des châteaux d’eau, des forages pour qu’elles puissent suivre les activités.
Avez-vous des initiatives en vue, que ce soit au niveau de la délégation spéciale ou du REPAFER ?
S’il y a des idées, le président de la délégation spéciale est à l’écoute. Entre nous nous partageons aussi, nos aidées. Je souhaite, bon vent à toute notre délégation spéciale ! Si nous continuons comme on l’a toujours fait, on va relever tous les défis.
En ce qui concerne le Réseau, les partenaires se font rares. Mais, nous n’allons pas baisser les bras, on essaie de voir dans quelle mesure pérenniser ce qu’on a déjà comme acquis et renforcer les capacités des femmes pour faciliter la mise en place des activités. Avec les femmes qui ont des terres, si on arrive à octroyer à chaque femme, l’équipement nécessaire, je pense qu’elle pourront continuer leur activités sans souci. C’est à leur tour aussi de former leurs jeunes sœurs et leurs filles pour l’épanouissement de toutes.
De quoi a-t-il été question lors de l’atelier de formation des formateurs et formatrices sur le plaidoyer et les approches féministes?
Nous avons beaucoup appris sur le plaidoyer, les techniques de communication pour le plaidoyer, les étapes-clés de la communication médiatique, l’élaboration des messages de plaidoyer, la structure d’un message efficace (Modèle 4C), l’identification des cibles… sans oublier les agendas « Femmes, Paix et Sécurité » et Jeunes, Paix et Sécurité », etc.
Quelle leçon de vie, aimerez-vous partager avec nos lecteurs et lectrices?
Rien ne peut s’obtenir, ni facilement ni dans la précipitation. Je demande a nos frères et sœurs de cultiver la patience, de se faire former et de savoir qu’il y aura toujours des obstacles sur leur chemin. Mais, s’il y a la volonté et l’engagement, on peut y arriver.
Nous sommes aux termes de nos échanges. Votre mot de la fin !
Pour finir, je vous remercie pour l’occasion que vous m’avez donnée de m’exprimer. Je profite encourager les autres, que ce soit les partenaires, les membres des différentes associations, les délégations spéciales. Connaissant la situation sécuritaire, on sait que ce n’est pas facile. . Mais je souhaite que chacun de nous accepte le vivre ensemble et une franche collaboration avec nos autorités pour que nous puissions y arriver. Nous vous témoignons notre gratitude. Nous prions le bon dieu pour le retour de la paix dans notre cher pays.
Entretien réalisé par Françoise Tougry/ww.queenmafa.net


