Lors de la conférence inaugurale des Sotigui Awards 2025, la réalisatrice burkinabè Apolline Traoré et l’actrice Leïla Tall ont évoqué un sujet longtemps passé sous silence : le harcèlement dans le milieu du cinéma africain. La rencontre tenue, ce mercredi 12 novembre 2025 a donné lieu, à des échanges sans tabou afin d’éveiller les consciences.
Dès l’ouverture, Apolline Traoré a tenu à élargir le débat. « Il existe plusieurs formes de harcèlements. Les propositions indécentes, les attouchements, la pression du pouvoir… Et cela ne concerne pas seulement les femmes. Des hommes aussi en sont victimes, souvent au quotidien », a-t-elle laissé entendre.
Une mise au point saluée par l’auditoire, tant le sujet reste tabou dans l’industrie cinématographique.
« Tu peux aimer ce métier. Mais, il ne doit jamais te détruire ».
Invitée à témoigner de son expérience, elle a livré un témoignage rempli de lucidité et de compassion.
« Quand on débute, on est plein d’espoir. Mais, très vite, on découvre qu’il y a des « doyens” du cinéma qui se croient tout permis. J’ai vu une jeune fille convoquée pour un casting et qu’on mettait dans des situations humiliantes et inappropriées. Certaines finissent brisées, d’autres quittent le métier », a-t-elle déploré.
L’actrice a insisté en faisant remarquer que la clé, c’est d’apprendre à dire non. « Il faut du courage et de la dignité. Ce métier, tu peux l’aimer profondément. Mais, il ne doit jamais te détruire. Il faut avoir un fort caractère », a-t-elle notifié.
Lire aussi Sotigui Awards 2025 : Le harcèlement sexuel au cinéma, au cœur de la conférence inaugurale
Le piège du rêve à tout prix
Apolline Traoré a, de son côté, pointé le danger de la naïveté et de la pression de la réussite.
« Beaucoup de jeunes veulent tellement percer qu’ils acceptent tout, sans mesurer le risque. Le plus grand danger, c’est cette envie de réussir à tout prix », a souligné la réalisatrice.
Elle a appelé les professionnels à former et accompagner les jeunes talents, pour qu’ils sachent reconnaître les situations abusives et poser leurs limites dès le départ.
Lire avant de dire “OUI”
L’autre message fort de la réalisatrice est l’importance de lire les scénarios avant tout engagement.
« Tu ne peux pas accepter de tourner dans un film sans savoir de quoi, il s’agit », a-t-elle fait savoir et d’ajouter, « Si, sur le plateau, on te demande de faire une scène qui te met mal à l’aise, tu seras coincé. Mais si tu as lu le scénario, tu peux discuter, poser tes conditions ou te retirer ». Une recommandation simple. Mais, essentielle pour protéger les acteurs et actrices, surtout les plus jeunes.
Ce cadre de dialogue appelle à un changement profond des pratiques, à plus d’éthique dans les rapports de travail et à une solidarité entre artistes.
Fabrice Sandwidi/Queenmafa.net









