Timide loin de la scène, incandescente derrière le micro, Emmanuella Sorgho, alias Miss Sorgho, s’impose comme l’une des voix engagées du slam burkinabè. Lauréate de plusieurs distinctions nationales, elle transforme ses textes en armes de sensibilisation contre les injustices sociales, la corruption et les violences basées sur le genre.
C’est dans le slam qu’Emmanuella Sorgho a trouvé l’espace idéal pour se révéler. Un art qui lui offre liberté et vérité. « Avec le slam, je me sens pleinement moi, plus engagée et plus lucide. Chaque texte est une façon de toucher les autres tout en restant fidèle à ce que je ressens », confie-t-elle.
Dès sa première prestation publique, le ton est donné. Elle y raconte l’histoire d’une fille déscolarisée. Mais déterminée, capable de s’imposer et d’avancer avec courage malgré les obstacles. Une thématique qui annonce déjà son désir de raconter des réalités vécues et de porter la voix des invisibles.
2025, l’année de la consécration
L’année 2025 marque un tournant décisif dans son parcours. Après une troisième place en 2022 et une deuxième en 2023, Miss Sorgho remporte enfin le Slam en live de la RTB.
Une consécration longtemps espérée
« C’est ma plus grande victoire dans ce milieu », lance-t-elle avec le sourire. Et d’ajouter, « il y a toute une histoire derrière ce trophée. Malgré ma décision initiale de ne plus participer aux compétitions, j’ai tenté une dernière fois parce que je tenais vraiment à ce prix ». Pour elle, ce trophée symbolise la persévérance, le combat mené sans relâche et le respect conquis sur la durée.

Au-delà de la reconnaissance, ce concours a profondément transformé son regard sur son art. Il lui a révélé des capacités créatives et renforcé sa détermination à défendre et faire rayonner le slam. Un art qu’elle conçoit comme un outil de conscience sociale.
Le slam comme arme citoyenne
Artiste engagée, Miss Sorgho utilise sa plume comme un outil de conscience sociale. Ses textes abordent sans détour les injustices, les silences imposés et les souffrances banalisées. « Mon engagement vient de mon vécu et de ce que j’observe autour de moi. Je ne peux pas écrire sans être connectée à la réalité de mon peuple », raconte l’artiste.
Son combat s’étend notamment à la lutte contre la corruption et les violences basées sur le genre (VBG). Lauréate du concours Jeunes contre la corruption et l’impunité des crimes économiques, elle croit fermement au pouvoir du slam comme outil d’éducation citoyenne. « On ne fait pas que slamer, on sensibilise, on informe et on amène les jeunes à réfléchir sur leur rôle dans la société », lance-t-elle.
Quant aux VBG, le sujet la touche intimement. « Je suis une femme. Donc, forcément concernée », fait-elle savoir et de renchérir, « Ces violences touchent nos corps, nos droits, notre dignité. Je suis totalement contre les VBG sous toutes leurs formes ». À travers ses textes, elle dénonce, défend et donne une voix à celles et ceux qui n’en ont pas toujours.
Un engagement à la fois artistique, militant et profondément personnel.
« Je porte ces histoires comme si elles étaient les miennes », souligne Miss Sorgho d’un ton faible.
Comme beaucoup d’artistes engagés, Miss Sorgho fait face aux critiques et aux incompréhensions. Mais loin de la décourager, ces résistances renforcent sa conviction. « Le changement dérange toujours avant de s’imposer », confie-t-elle.
Elle puise son inspiration dans les femmes courageuses du quotidien, mais aussi chez des figures artistiques comme Amety Meria et Nabalum, symboles d’authenticité et de force.
Les mois à venir s’annoncent riches. Elle prépare actuellement un single accompagné d’un clip, attendu entre mai et juin, tout en assurant la présidence du comité d’organisation du Championnat national de slam en langues nationales. Un rôle qu’elle assume avec fierté, convaincue de l’importance de valoriser les talents et les langues du pays.
À la question, quel héritage souhaitez-vous laisser? Miss Sorgho répond sans détour. Être retenue comme « Une voix sincère et courageuse, qui a osé dire les choses avec vérité ». À la jeunesse burkinabè, et particulièrement aux jeunes filles, elle adresse un message d’espoir et de détermination. Celui de croire en soi, d’oser parler et de s’affirmer. « Votre voix compte, vos rêves sont légitimes. Prenez votre place et construisez le futur que vous méritez !», conclut-elle.
Fabrice Sandwidi/Queenmafa.net








