Chaque année, depuis son officialisation en 1977 par l’ONU, le monde entier commémore le 08 mars, journée internationale des droits des femmes. Au Burkina Faso, elle a D’abord été un jour ordinaire avant d’être décrétée fériée avec l’avènement de la révolution en 1983. Retour sur la célébration du 08 mars au Burkina Faso, au fil du temps.
La célébration du 8 mars prend une dimension particulière en 1984. Cette année-là, le capitaine Thomas Sankara décrète la journée du 8 mars chômée et payée sur toute l’étendue du territoire national. Son objectif est clair : changer les mentalités et donner une place plus importante aux femmes dans la société. Pour lui, la libération de la femme est une condition essentielle du développement du pays. Il affirmait d’ailleurs je cite : « La révolution et la libération de la femme vont de pair. » Ainsi, plusieurs mesures seront prises entre autres la lutte contre les mariages forcés, la promotion de l’éducation des filles, la participation des femmes à la vie publique.
Une innovation majeure a vu le jour en 1987, lorsque les hommes furent invités à aller au marché et à effectuer les tâches ménagères afin de mieux comprendre la charge quotidienne des femmes.
Le 08 mars sous le régime de Blaise Compaoré
Sous le régime de Blaise Compaoré, la célébration du 8 mars au Burkina Faso avait un caractère plus festif que revendicatif avec l’implication personnelle de son épouse Chantal Compaoré. À cette période, la journée était marquée par de nombreuses activités : défilés, ateliers, conférences et communications sur les droits des femmes. C’était le début des sorties festives organisées entre femmes dite « Djandjoba » . C’est également sous Blaise Compaoré qu’a été instaurée la tradition du pagne officiel du 8 mars. Chaque année, un motif spécifique était choisi pour marquer la célébration. Autour de ce pagne s’est développé un véritable commerce : les motifs et les qualités sont divers, et chacun pouvait acheter selon ses moyens. Qu’il soit le pagne officiel ou non, l’essentiel était d’avoir un pagne estampillé « 08 mars » pour célébrer la journée.
Le 08 mars sous le président Roch Christian Kaboré
Sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré, la célébration du 8 mars au Burkina Faso a pris un caractère un peu plus mitigé, entre revendications et festivités. C’est aussi à cette période que certaines voix se sont élevées pour demander que ces sorties festives ne prennent trop de place dans la célébration au détriment de la réflexion. Les «djandjoba» et autres rencontres entre femmes dans les maquis étaient même devenus source de tensions dans certains foyers. Mais pour beaucoup de femmes, ces moments représentent surtout un espace de liberté et de détente. Après tout, sur 365 jours, c’est souvent l’un des rares moments où elles se retrouvent entre elles pour se détendre, s’exprimer et profiter de la vie.
Cependant, le contexte national a aussi influencé la manière de célébrer cette journée. Avec la situation sécuritaire marquée par les attaques, il a été demandé à plusieurs reprises de commémorer le 8 mars avec plus de sobriété. C’est également sous Roch Kaboré que le gouvernement a introduit le pagne en Faso Danfani comme tenue pour célébrer le 8 mars, dans une volonté de valoriser le textile local et le savoir-faire burkinabè.
Le 08 mars sous Damiba
Sous la transition dirigée par Paul‑Henri Sandaogo Damiba, la célébration du 8 mars s’est déroulée dans un contexte particulier. Après le coup d’État de janvier 2022, le pays était fortement marqué par la crise sécuritaire et une période de transition politique. Dans ce contexte, la commémoration de la Journée internationale des droits des femmes s’est faite avec beaucoup de sobriété. Les activités ont surtout mis l’accent sur : les réflexions sur les droits des femmes, la résilience des femmes face à la crise sécuritaire, et leur rôle dans la cohésion sociale et la paix. Les grandes festivités et les djandjoba ont été beaucoup plus discrets, car le contexte national appelait à la retenue et à la solidarité avec les populations affectées par l’insécurité.
Le 08 mars sous le capitaine Ibrahim Traoré
Sous la transition dirigée par Ibrahim Traoré, la célébration du 8 mars s’inscrit toujours dans un contexte marqué par la crise sécuritaire et les défis nationaux. La journée continue d’être commémorée à travers des activités officielles, des conférences, des panels et des actions de sensibilisation sur les droits des femmes et leur rôle dans le développement du pays. Cependant, le contexte national appelle à plus de sobriété dans les célébrations. L’accent est davantage mis sur la résilience des femmes, leur contribution à l’effort de paix, à la cohésion sociale et au développement du Burkina Faso. Les femmes sont également encouragées à participer davantage aux initiatives économiques et communautaires, notamment dans les domaines de la production locale et de la solidarité nationale.
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Aujourd’hui, les femmes burkinabè jouent un rôle essentiel dans de nombreux domaines : l’économie, l’éducation, la santé, la politique ou encore la consolidation de la paix. Dans un contexte marqué par plusieurs défis sécuritaires et sociaux, leur contribution à la promotion du vivre-ensemble et à la construction d’une paix durable est plus importante que jamais. Malgré ces avancées, plusieurs défis persistent :
- l’accès équitable à l’éducation,
- l’autonomisation économique des femmes,
- la lutte contre les violences basées sur le genre,
- et la pleine participation des femmes aux décisions, à la politique
En résumé, le 8 mars est donc bien plus qu’une simple célébration.
C’est un moment pour se souvenir des luttes passées, reconnaître les progrès réalisés et renouveler l’engagement en faveur des droits des femmes. Car comme l’avait affirmé Thomas Sankara, : « La femme porte la moitié du ciel et doit conquérir la moitié de la terre. » Et c’est ensemble, femmes et hommes, que pourra se construire une paix durable et un véritable vivre-ensemble au Burkina Faso.
Béatrice Koala


