Au Musée national du Burkina Faso, un homme veille sur les masques, les habitats traditionnels et les récits d’un peuple. Conservateur, écrivain et parfois confondu avec le Capitaine Sankara, il raconte une vocation née dans les quartiers populaires de Bobo-Dioulasso.
Sabari Christian Dao est né et a grandi dans les quartiers populaires de Sourgouking et Diarradougou à Bobo-Dioulasso. Dans cet environnement marqué par la solidarité et la vie communautaire, il a appris très tôt la valeur du partage et de l’entraide. Ses parents, tous deux professionnels de santé, lui ont transmis le sens du service et de l’engagement envers les autres.
Son éducation s’est également nourrie de la vie spirituelle et communautaire au sein de la Communauté Chrétienne de Base Sainte-Thérèse, où il a été enfant de chœur, choriste et membre des mouvements de jeunesse. Cette formation humaine et spirituelle a forgé en lui une conscience citoyenne et une ouverture aux autres.

La lecture, une passion
Au fil de son parcours scolaire, de l’École primaire Médina-Coura A au Lycée Municipal de Bobo-Dioulasso, puis au Lycée Mixte d’Accart-Ville, il découvre la littérature africaine et les combats de la Négritude. Les œuvres de grands auteurs deviennent pour lui des compagnons de route et nourrissent une passion durable pour la lecture.
Après son baccalauréat en 2007, il s’oriente vers les Lettres modernes, avant de réussir le concours de Technicien Supérieur de Musée en 2008. Sa formation à l’ENAM lui ouvre les portes de la Fonction publique. En 2017, il franchit une nouvelle étape en devenant Conservateur de Musée.
Son parcours professionnel l’amène d’abord au Centre National de Lecture et d’Animation Culturelle (CENALAC), devenu la Direction Générale du Livre et de la Lecture Publique (DGLLP). Là, il côtoie les grandes figures de la littérature burkinabè et développe ses passions pour l’écriture et l’infographie.
Il poursuit ensuite son chemin à la DGESS du Ministère de la Culture, où il se familiarise avec les politiques culturelles, les référentiels nationaux de développement et les conventions internationales relatives au patrimoine.
Depuis 2020, il sert au Musée national du Burkina Faso (MNBF), d’abord comme Directeur de la Communication et du Marketing, puis comme Directeur général. Sa mission est claire : moderniser l’institution, la rendre vivante et accessible, et en faire un espace de conservation, d’éducation et de dialogue.
Pour Sabari Christian Dao, le patrimoine est avant tout une mémoire vivante. Le déclic est venu de la lecture des grands récits historiques sur l’Afrique, l’esclavage, la colonisation et les luttes pour la dignité humaine. Les figures de Martin Luther King, Malcolm X, Kunta Kinté, Shaka Zulu ou Soundiata Keïta ont nourri son imaginaire et sa conscience.
Conservateur le jour, slameur le soir
Il est convaincu que connaître son histoire est une condition essentielle pour comprendre le présent et construire l’avenir. C’est cette quête qui l’a conduit vers le patrimoine culturel, qu’il définit comme « la manière d’un peuple d’habiter le monde ».
Au-delà de son métier de conservateur, Sabari Christian Dao est aussi écrivain et slameur. Pour lui, ces différentes expressions artistiques répondent à la même ambition : préserver, transmettre et témoigner. Le musée conserve la mémoire, l’écriture permet de rêver et de réfléchir, tandis que le slam porte ces messages au public avec force et émotion.
Ses références littéraires sont multiples : Hamadou Hampâté Bâ, Ahmadou Kourouma, Aimé Césaire, Joseph Ki-Zerbo. Son livre de chevet reste toutefois Tierce Église, ma Mère de Mgr Anselme Titianma Sanon, une œuvre qui interroge les rapports entre foi, culture et identité africaine.
« Il n’y aura jamais deux Thomas Sankara »
Son charisme et sa ressemblance physique avec le Capitaine Thomas Sankara ne passent pas inaperçus. Mais il insiste : « Il n’y aura jamais deux Thomas Sankara. Notre devoir n’est pas d’être sa copie, mais de servir notre pays avec sincérité et responsabilité. »
Il a déjà incarné Sankara dans une comédie musicale et se dit prêt à le faire dans un film, si cela contribue au devoir de mémoire et à la transmission de son héritage aux jeunes générations.
À la tête du MNBF, sa plus grande satisfaction est de contribuer à la valorisation du patrimoine culturel à un moment où celui-ci occupe une place croissante dans les politiques publiques. La visite du Président du Faso au Musée en mai 2024 reste pour lui un moment historique, renforçant la visibilité de l’institution.

Son principal défi demeure la modernisation continue du Musée, afin d’en faire un espace vivant, attractif et conforme aux normes internationales. Il souhaite que le MNBF soit à la fois un lieu de conservation, d’éducation, de dialogue et de fierté nationale
Sabari Christian Dao veut laisser l’image d’un homme utile et d’un serviteur du peuple. Son ambition est que son passage au Musée national contribue à rapprocher les Burkinabè de leur patrimoine et à transmettre une part de la mémoire collective aux générations futures.
Il invite chaque citoyen à découvrir les expositions permanentes consacrées aux masques et aux habitats traditionnels, véritables livres ouverts sur l’histoire et les savoir-faire des communautés ethnolinguistiques.
À la jeunesse burkinabè, il lance un appel à l’unité et à l’engagement : « Aucun peuple ne construit un grand destin dans la division. » Convaincu que l’Afrique possède toutes les ressources pour écrire une nouvelle page de son histoire, il invite à rêver d’une Afrique réconciliée, consciente de son héritage et confiante en son avenir.
Il cite volontiers Noussérè Kalala Omotunde : « Chaque fois que nous sommes unis, nous sommes une pyramide. » Une métaphore qui rappelle que les plus grandes réalisations de l’humanité reposent sur une vision commune et un effort collectif.
Elisabeth KOAMA (Stagiaire)


