Le pagne traditionnel noir est un accessoire vestimentaire porté par beaucoup de femmes. Son utilisation est fonction des contextes. Dans certaines communautés du Burkina Faso, après l’accouchement, les femmes utilisent le pagne traditionnel durant toute la période de saignement. Ce pagne tissé est d’une couleur noire ou bleue nuit. Il est accompagné le plus souvent, d’un pagne blanc. Pour certains, le port de ce pagne a une signification particulière lié aux exigences d’une culture ancestrale. D’autres par contre, estiment que ce pagne est juste utilisé pour limiter la vue du sang car certaines femmes ne la supportent pas.
Rosalie Zongo et Nongbzanga Ouiya, toutes deux tisseuses et vendeuses de pagnes traditionnels nous partagent leur connaissance sur le sujet. Elles nous expliquent que, des années en arrière, les serviettes hygiéniques n’existaient pas. C’était un morceau de pagne appelé Kodjo qui était utilisé. Après l’accouchement, les saignements sont abondants. Alors, le morceau de pagne à lui seul, n’absorbe pas bien le sang. Le pagne traditionnel noir était alors, une alternative parce que sa couleur dissimule non seulement, la couleur du sang ; mais aussi, sa lourdeur l’absorbe.
Au fil du temps, ce pagne semble perdre sa place au profit des serviettes hygiéniques.Pour Rosalie Zongo, dans la tradition, quand une femme accouche, elle est obligée de nouer le pagne traditionnel noir. « Moi-même, quand j’ai accouché, j’ai porté ça. Mais, de nos jours, avec l’arrivée des couches, les nouvelles mamans n’en portent presque plus. Néanmoins, les gens continuent de l’acheter car lorsqu’une une fille doit se marier, ce pagne doit faire partie de son trousseau », justifie-t-elle.

Les propos de Rosalie Zongo sont corroborés par Nongbzanga Ouiya qui voit en ce pagne, une tradition. « Mes grands-mères l’ont porté et moi aussi », précise-t-elle.
Elle ajoute que le pagne noir est accompagné d’un pagne blanc. « Quand une femme accouchait, elle devait rentrer chez sa famille pendant quelques temps. Donc, à son retour, elle doit nouer le pagne noir et se couvrir avec le blanc », indique-t-elle.
Selon Rosalie Zongo, ce pagne ne disparaîtra pas d’aussitôt car même si les femmes ne le portent plus après l’accouchement, elles continuent de le porter comme n’importe quel habit. Un avis partagé par sa collègue Nongbzanga Ouiya qui affirme que la clientèle continue d’en commander. « Malgré les serviettes hygiéniques, le pagne s’achète toujours. Je mentirais si je vous dis que les gens n’achètent plus. Pas plus tard qu’hier, j’ai reçu une commande », déclare-t-elle.
Pour ces femmes, l’arrivée des serviettes hygiéniques n’est pas la seule cause de l’abandon du pagne traditionnel noir. Il y a aussi l’embarras du choix quant aux pagnes. « Il n’y avait pas beaucoup de pagnes à l’époque. Donc, c’était le pagne noir qu’on portait avec le morceau de pagne en dessous comme serviette hygiénique. Mais aujourd’hui, avec les pagnes du blanc, c’est différent de notre époque », nous confie Ouiya Nongbzanga.

La méconnaissance serait également l’une des raisons de l’abandon de ce pagne. Alice Ouédraogo, une jeune mère dit ne pas l’avoir porté par méconnaissance. « Le pagne était dans mon trousseau de jeune mariée. Mais, après l’accouchement, je ne l’ai pas utilisé parce que je ne savais pas que c’était fait pour ça », dit-elle.
Awa Traoré, une autre ne l’a pas porté non plus. Pour elle, c’est peut-être une histoire d’ethnie car il ne faisait pas partie de son trousseau de mariée.
Une pratique déconseillée par les professionnels de santé
Cependant, au-delà de ces raisons, les professionnels de santé déconseillent l’usage de ce pagne après l’accouchement. En effet, sa couleur sombre peut compliquer la surveillance du flux sanguin après l’accouchemenrt Or, cette observation est essentielle pour détecter rapidement les hémorragies.
Selon Pr Yobi Alexis Sawadogo, gynécologue obstétricien au CHU de Bogodogo, quand les femmes accouchent, elles attachent effectivement, les pagnes noirs ou bleu nuit afin de masquer les saignements. Malheureusement, c’est un couteau à double tranchant. « On ne peut pas savoir si la personne saigne de façon importante. Donc vraiment, ces pagnes ne sont pas recommandés. La personne peut perdre jusqu’à un litre de sang sans qu’on ne s’en rende compte. On conseille plutôt aux femmes de porter soit des couches ou quelque chose qui puisse permettre de constater le saignement », insiste Pr Yobi Alexis Sawadogo.
Le port du pagne noir pourrait ainsi retarder la prise en charge en cas de saignements anormaux.
Latyfah Sawadogo/QueenMafa.net


