Slam au Burkina Faso :  L’arme des soldats de la paix

Art à caractère oral, libre et urbain, déclamé a cappella lors de scènes ouvertes, le Slam peut s’avérer être un médiateur de la paix et la cohésion sociale. Et ça, des slameurs et acteurs culturels y ont vite compris et sont déjà à la manœuvre pour la cause. Reportage sur cet art né à Chicago dans les années 1980, dont la pratique nécessite rythme, rime et émotion.

 Un samedi matin à Ouagadougou ! Nos pensées sont ancrées sur un seul objectif. Contribuer à travers notre plume, à la promotion de la paix et de la cohésion sociale.

Pour cela, il faut respecter les rendez-vous calé avec nos personnes ressources qui, dans leur quotidien, manient les mots pour sensibiliser, éduquer, réunir et j’en passe.

Alors que les nuages annoncent les couleurs d’ensoleillement de la journée à 8h, nous prenons le chemin du Parc urbain Bangre-Weogo avec un engin à deux roues.

C’est là où nous avons rendez-vous avec Gaël Romba, Artiste Slameur, Formateur, Coach artistique et Analyste culturel Burkinabè dénommé King le rêveur.

Sur les lieux, le concerné, d’une assurance admirable, se prononce sous le gazouillement des oiseaux sur les arbres fleuris. 《 Ce qui est important avec le Slam, c’est qu’il est une manière de dire, voire dénoncer les choses avec ses propres méthodes.  Tout le monde peut dire : donnons-nous la main.  Mais, la mission du slameur est de trouver la justesse de ce mot, pour que cette phrase ne touche pas seulement le cerveau, mais parle directement à l’âme 》, explique-t-il, avec beaucoup de sérénité.

Le slameur, lorsqu’il est maître de son Art, a cette capacité d’imager dans les esprits de sa cible, à travers des scénarios, le mal, la désunion, l’instabilité et toute sorte de troubles.

Les mouvements Slam réunissent et une fois les gens réunis, avec la grandeur d’esprit du slameur, l’atmosphère change et son public adhère à ce dont il les invite. 《 Nous ne voyons que l’atmosphère des humains. Ainsi, nous contaminons automatiquement cette fibre humaniste sans même avoir à ouvrir la bouche 》, affirme Gaël Romba.

 Le slameur, pour Gaël Romba, est d’abord un être de l’âme et tant que le Slam ne parle pas à l’être intérieur de la personne, c’est que le slameur a échoué.

Le slam résout ce que d’autres conférences n’arrivent pas à résoudre. Le slam résout ce que d’autres paroles n’arrivent pas à résoudre. Le slam résout ce que les médicaments n’arrivent pas à résoudre》 renchérit-il.

 

Après des échanges riches de découvertes, d’enseignement et de prise de conscience avec King le rêveur, nous avons pour prochaine mission, naviguer les rues de Ouagadougou, jusqu’à à la Zad (un quartier).

Là-bas, s’impatiente de nous parler Massah, artiste slameuse de son nom à l’état civile Françoise Siambo.

Lauréate de la Coupe du monde du Slam tenue à Libreville au Gabon, Massah à beaucoup à nous dire sur la contribution du Slam à la promotion de la paix et la cohésion sociale.

 

 

 

C’est dans ce sens que le slameur qui est en mission, à cette obligation de travailler pour la paix aux dires de Gaël Roomba.  Mais, comme le dit l’adage, la charité bien ordonnée commence par soi-même. Une logique respectée par Gaël Romba, qui a déjà travaillé plusieurs fois sur la paix et la cohésion sociale. 《 J’ai un titre sur la paix dénommé “face à la terreur “ que j’ai réalisé avec Maï Lingani. Il y a également un autre intitulé : les quatre lettres qu’il nous faut. Ces quatre lettres sont P. A.I. X qui veut dire la paix》, souligne-t-il.

 

Quant à la cohésion sociale, elle est une obligation dans un texte de Slam. C’est au Slameur de faire comprendre aux gens que si nous ne sommes pas unis, nous allons disparaître.

 

Le slam regarde et le Slam répond:

Ça n’arrive pas qu’aux autres

Le slam regarde et le Slam dit

Il y a des gens qui étaient plus en sécurité

Il y a des gens qui pensaient que

Rien ne pouvait leur arriver

Mais la condition est là 》, Gaël Romba.

 

Loin des yeux, l’on croirait qu’ils ont communiqué par télépathie. Pourtant, Massah et Gaël Romba ne se connaissent probablement pas. Mais, leurs idées, sur la promotion de la paix et de la cohésion sociale se joignent.

 

Tout comme Gaël Romba, Massah croit au pouvoir du Slam pour la promotion de la paix et de la cohésion sociale.

 

Elle ne manque pas d’alternative dans ce sens. L’une de ses propositions est d’organiser des activités, avec une participation massive des Slameurs dans les sites de PDI, afin de témoigner leurs soutiens à ces dernières. 《 Le slam peut aider les PDI dans le sens où nous pouvons aller les voir avec notre, pour les faire comprendre qu’elles ne sont pas abandonnées. Ce n’est pas que ces personnes acceptent forcément leurs conditions, mais qu’elles sachent que tout le Burkina Faso est mobilisé car nous sommes des fils et filles de ce pays 》, dit-elle, le visage crispé d’angoisse.

 

Son argumentation est une vision partagée par Gaël Romba.  Pour lui, si vous ne prenez pas conscience du mal qui est là , que l’on doit se donner la main, sachez que votre confort va devenir de l’inconfort parce que les autres ne peuvent pas vous regarder vivre pendant qu’ils sont en train de mourir.

 

Les mêmes victimes que vous avez abandonnées, ce sont les mêmes qui risquent également de vous empêcher de dormir》, confie-t-elle.

 

 

Abdoulaye Ouédraogo

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