Travaux domestiques : Quand le moulin soulage les femmes

Dans le passé, les femmes écrasaient les céréales et autres aliments grâce à la meule ou au mortier. Aujourd’hui, les choses ont évolué et beaucoup d’avantages s’offrent à elles. C’est le cas des moulins qui jouent un rôle très important dans les activités des femmes burkinabè. Temps de travail réduit, farine plus fine, travaux moins fatiguant…

Autrefois, pour obtenir de la farine, les femmes devaient moudre les céréales à la main avec une meule, une tâche très pénible qui pouvait prendre plusieurs heures, voire toute une journée ou des semaines. Pendant longtemps, cette réalité était visible. Cependant, au fil du temps, elles ont commencé à s’adapter à une nouvelle technologie, les moulins.

Des plateformes multifonctionnelles au service de la femme

Les moulins sont, à présent, ancrées dans les habitudes des femmes, aussi bien en milieu rural qu’urbain.

À Ouagadougou, dans certains quartiers, nous avons fait un tour dans certains moulins et échangé avec les responsables. On les appelle des meuniers.

Moulin Tanghin

A Tanghin, par exemple, dans ce moulin ouvert tous les jours de 6h à 18h, des femmes viennent avec des bassines ou des sacs remplis de céréales. Ces charges sont transportées sur la tête, attachées derrière leur vélo ou motocyclette. Certaines avec leurs bébés au dos attendent patiemment leur tour pendant que d’autres discutent entre elles. L’odeur de la farine fraîche flotte dans l’air et la poussière blanche se pose doucement sur les vêtements à cause du vent.

A l’intérieur du petit atelier, on retrouve des grains de maïs, sorgho et de mil regroupés dans de gros sacs entassés dans un seul coin de l’atelier. Le bruit des machines couvre presque toutes les voix. Le meunier, les mains couvertes de résidus de céréales, surveille attentivement la machine. Entre deux clientes, il essuie son front avec l’habit qu’il porte.

« J’exerce ce métier depuis 2018. Par jour, je peux avoir plus de 10 clients et la plupart du temps, ce sont des femmes », explique le meunier Souleymane Ouédraogo.

Le ménisier Souleymane Ouédraogo.

Le moulin crée d’abord de l’emploi et joue un rôle essentiel dans la vie des femmes. Autrefois, elles passaient des heures à écraser les céréales à la main. Aujourd’hui, ce qui était un tas de grains devient de la farine en quelques minutes.

Le constat est clair : cette activité est devenue beaucoup plus rapide et moins pénible. En effet, en moins d’une journée, une grande quantité de farine peut être produite. Ce qui réduit considérablement la souffrance et la fatigue des femmes.

Des outils polyvalents

On distingue plusieurs types de machines à moudre. Il y a des machines à huile pour presser le sésame, les noix de karité et l’arachide.

On a également, les moulins agricoles pour moudre les grains céréaliers. On a aussi les machines domestiques ou de cuisine pour le café, les épices (poivre, sel) et les légumes dont les femmes peuvent se procurer en petites quantités.

« Un sac de maïs, par exemple, peut prendre 20 minutes pour être moulu et cela coûte 1000 FCFA », dit Souleymane.

A Wayalghin, Sébastien Sawadogo, meunier depuis 2015, ajoute que le moulin permet aux femmes de gagner plus de temps.

« Avant, pour obtenir de la farine, il fallait faire un effort physique et avec nos moulins qui ont une capacité de 300 à 500 kilogrammes par heure, en deux minutes, on obtient le résultat que le client souhaite », dit-il d’une voix forte pour couvrir le bruit du moteur derrière lui.

Moulin Wayalghin

Des souvenirs dans les mémoires

Derrière ce bruit, certaines femmes gardent encore en mémoire les années difficiles. Venue récupérer de la farine chez Souleymane, Sanata, une personne âgée, au foulard soigneusement attaché, se souvient avec émotion de son jeune âge. Elle raconte qu’avant l’arrivée des moulins modernes, les femmes utilisaient une meule traditionnelle appelée « Nèèré » en mooré.

Sanata, une personne âgée

Selon elle, la fabrication de cette meule demandait beaucoup de travail et de savoir-faire. Il fallait d’abord construire le support de la meule. Pour cela, des morceaux de granite étaient taillés afin d’obtenir de petites briques solides. Ces briques servaient ensuite à former un cercle sur la terrasse de la cour familiale.

Sanata explique également que la taille du pilier variait selon le nombre de concessions présentes dans la cour. Plus, les familles étaient nombreuses, plus la meule devait être grande afin de répondre aux besoins de toutes les femmes qui l’utilisaient chaque jour. La hauteur de la meule faisait, à peu près, la taille d’un être humain environ 1m pour permettre aux femmes de bien moudre.

« On prenait, par exemple, les grains de maïs, on les dépose sur le support et on utilisait la meule pour écraser jusqu’à obtenir une poudre. Cela pouvait prendre des semaines… », renchérit Chantal Zongo.

Un métier difficile

Soulignons également que les difficultés ne manquent pas dans les lieux de travail. Les meuniers font souvent face à des coupures d’électricité et sans électricité, les machines ne fonctionnent plus. Par conséquent, les pannes au niveau des machines font partie des complications fréquentes. À cela s’ajoute quelques différends entre les femmes.

Mais pour certaines d’entre elles, le moulin représente un véritable changement dans leur quotidien. Même si parfois, il y a certains désagréments, n’empêche ! Elles saluent l’avènement de cette machine qui soulage, un tant soit peu, les femmes tout en apportant un certain confort et un dynamisme au ménage.

Anouchka Zongo (Stagiaire Queen Mafa)

 

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