Figure emblématique des services de recouvrements au Burkina Faso, Annette Gorette Bambara Somda s’impose comme une voix respectée de la gestion des services d’impôts. Distinguée Chevalier de l’Ordre du mérite burkinabè, elle enregistre 35 ans de service. Son parcours marqué par la rigueur au travail, le sérieux et l’engagement indéfectible lui vaut l’estime de ses pairs et des contribuables. Reconnue pour son intégrité, son humilité et son professionnalisme, elle s’affirme aujourd’hui, comme l’un des piliers du management financier dans notre pays. Nous l’avons rencontrée dans son bureau, à la direction des moyennes entreprises du centre I, à Ouagadougou.
Fille aînée d’un instituteur, Annette Somda et sa famille vivaient avec les missionnaires parce qu’en son temps, seuls les missionnaires avaient les écoles, les dispensaires, les maternités… Donc, les métiers que les enfants connaissaient sont : être instituteur, infirmier, sœur religieuse, prêtre ou policier. Quand Annette était petite, elle rêvait de devenir infirmière inspirée par celles qu’elle voyait. Pourtant, quand elle a grandi, elle a refusé de passer les concours de la santé parce qu’elle voudrait exercer un autre métier. Elle-même dit ne pas comprendre pourquoi.
Une éducation parentale axée sur la valorisation du potentiel
Avec les études, papa Somda ne badine pas. Il est toujours au crochet de ses enfants, particulièrement Annette. Sans réserve, il la félicite. « C’est très bien. Tu es une fille qui travaille. Tu vas réussir. Vraiment, je suis fier de toi », dit-il, tous les jours.
La répétition fait la pédagogie, dit un adage. A force de l’entendre chaque fois, elle a fini par déclencher un engagement chez Annette qui décide de prendre ses études, à bras le corps. Au CM2, elle décroche son CEP et son entrée en 6e, en poursuivant la dynamique d’élève brillante jusqu’en terminale. Mais, en cours de route, elle rencontre des difficultés et ses parents la soutiennent. « Grâce au soutien de ma famille, j’ai réussi à atteindre le sommet », se remémore-t-elle.
En partageant cette expérience, Annette invite les parents à accompagner et encourager leurs enfants même quand ils trébuchent. Pour rendre un enfant utile, il faut savoir s’y prendre. Ses parents lui ont inculqué les valeurs sociales, l’esprit du partage, la fraternité, l’humanisme et la prière, en toute circonstance.

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Le travail, rien que le travail
Pour les impôts, Annette est de la première promotion en 1988. En 1990, elle sort agent. 10 ans après, elle sort contrôleur. En 2010, elle atteint le niveau d’inspecteur des impôts et entre en tant qu’agent de constatation et d’assiette. Avec le concours du cycle A, elle sort major de sa promotion.
En 2017, elle occupe son premier poste à la direction des impôts de Ouaga 5. En 2023, elle prend service et commence son boulot de receveur de 2017 à 2026.
Le receveur des impôts a la lourde tâche d’amener les contribuables à honorer leur engagement vis-à-vis du fisc, à travers le recouvrement des recettes (impôts, taxes, amendes). « Aller dire à quelqu’un de venir payer ses impôts, c’est un travail difficile. La personne peut ne pas venir ou si elle vient, elle t’expose son problème. Tu vois que c’est réel. Mais, comment faire ? C’est là, un autre souci », explique Annette. Grâce au style de management qu’elle a mis en place, avec ses collaborateurs, ils travaillent en équipe et chacun apporte sa contribution et son expertise à la résolution du problème.
Elle ajoute « Nous ne sommes pas là, pour faire du mal au contribuable ou pour bloquer son commerce. Non. On accomplit une mission de l’État. Où que nous soyons, ayons la crainte de Dieu dans tout ce que nous faisons !», interpelle-t-elle.

Les valeurs intrinsèques professionnelles
Selon dame Bambara, l’amour du métier, celui qui ne tient pas compte des barrières sociales et des intérêts personnels doit primer sur tout. C’est ça qui fera la différence. En plus de se former, elle exhorte les jeunes à lire les lois de finances, les textes juridiques et les maîtriser afin d’éviter les erreurs monumentales.
Surnommée l’avocate des veuves, dans son travail, elle défend becs et ongles, ces femmes vulnérables qui sont souvent, laissées à la merci des difficultés de la vie et des obstacles quotidiens. « Je prends cette responsabilité parce qu’il ne faut pas travailler en oubliant l’humain. Il ne faut pas oublier le social car tout va ensemble », justifie-t-elle.

A écouter Mme le receveur, il est capital de rassurer les usagers, de leur faire comprendre qu’ils ont tapé à la bonne porte et que tout va se régler. « Quand quelqu’un rentre ici, il a toujours des problèmes. Il faut toujours trouver une solution pour qu’il puisse revenir demain encore, de gaieté de cœur. C’était un sacerdoce pour moi. J’aime le défi », lance-t-elle.
Occuper le poste de receveur nécessite un ensemble de compétences techniques et de savoir-être. Annette a des qualités sur lesquelles, tout le monde est unanime. Ponctuelle, elle a un excellent relationnel pour accueillir, renseigner et parfois, gérer des situations délicates. Aussi-a-t-elle, une parfaite maîtrise des procédures administratives ou des encaissements en constante évolution, une gestion comptable irréprochable, et un grand sens de l’organisation.
Avec une aisance qui ne dit pas son nom, elle relève tous les défis dont l’exemple d’une entrepreneure qui refusait catégoriquement de payer un rond pour ses impôts, convaincue qu’elle a raison. A la fin des échanges, c’est un autre son de cloche qu’on entend. « On dirait Mme le receveur a un wack. Quand tu viens, elle te parle, tu écoutes et à la fin, tu es totalement d’accord. Tu sors et tu te rends compte que tu n’avais pas raison », rapporte la femme entrepreneure à la personne qui l’avait accompagnée.
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Une personnalité bien particulière
La personnalité de Annette se décline en plusieurs points. Déterminée, protectrice et dévouée, elle est très attachée à sa famille. Elle a un sens maternel et un soutien très développé.
Surnommée Maman receveur, elle est considérée comme un modèle pour ses collègues, les contribuables, son entourage et la jeune génération. Observatrice et curieuse, elle est ouverte d’esprit et déteste l’ignorance. Nous pensons que c’est pour cela qu’elle n’a pas cessé de se former tout au long de son parcours. En plus de cette force de caractère, Annette est une personne qui apprécie le calme.
L’ensemble de ses collaborateurs affiche une même vérité : Annette est profondément humaine. Son travail est toujours focus sur l’esprit d’équipe, mettant en avant, le mérite individuel et collectif. « Socialement, quand tu entres dans le bureau de Mme Bambara, tu ressors toujours satisfait », a laissé entendre son amie Lydia Lourgo, par ailleurs, directrice du centre des impôts de Ouaga I.
Afin de laisser des empreintes de son départ, ses collaborateurs ont porté un uniforme koko donda pour la fête. Une cérémonie qui traduit les bonnes relations et une ambiance de travail extraordinaire.
Mariée et mère, elle est épanouie. Le mari aimant Hermann Marie Omer Bambara est un partenaire affectueux et présent qui soutient sa femme. Leur union repose sur le respect, l’écoute active, l’attention au quotidien et la prière.

Prendre sa retraite ou poursuivre sa carrière
Après 35 ans de service, toujours pétillante et élégante, le moment est venu pour Annette de savourer cette carrière bien remplie et profiter pleinement de sa famille, à travers, un bon repos. Mais, loin s’en faut car ses habitudes de fonctionnaires ont la peau dure. Toute cette ambiance au quotidien va lui manquer, énormément.
Dans son esprit, cela s’apparente à un refus d’aller au travail et elle le conçoit, difficilement. Pourtant, elle devra s’y faire. « Si je monte le matin, je travaille jusqu’à 18 heures. J’aime tellement ce que je fais que ça m’attriste de devoir arrêter. Je n’aime pas m’asseoir sans rien faire, encore moins, aller me promener », souligne-t-elle.
Comment combler ce vide professionnel ? Annette pense déjà à des projets pour ne pas perdre de son dynamisme, son professionnalisme et sa vitalité.
Pour avoir occupé des postes de responsabilités, Annette est mieux placée pour parler des défis liés à ces genres de postes. « Les femmes doivent montrer qu’elles peuvent concilier vie de couple et travail : être une bonne femme au foyer, une bonne mère, responsable et compétente », clarifie-t-elle et d’ajouter « Après 35 ans 9 mois passés dans l’administration fiscale, je ressens une profonde gratitude envers mon créateur par qui, tout a été possible. Je ressens également une immense fierté d’avoir servi mon pays en tant qu’agent et par la suite, cadre supérieur de l’administration. Aujourd’hui, je pars avec le sentiment d’avoir accompli ma mission », déclare Annette Gorette Bambara Somda, sur une note de satisfaction.
Françoise Tougry


