Violence en ligne contre les militantes éthiopiennes : une tragédie qui pousse à l’exil.

En Éthiopie, la vague de violence en ligne visant les militantes féministes prend des proportions alarmantes. Yordanos Bezabih, figure de la défense des droits des femmes, a été la cible de menaces d’attaques à l’acide, de viol collectif et de mort. Menaces de mort, deepfakes, harcèlement ciblé : de plus en plus de féministes et défenseures des droits des femmes quittent l’Éthiopie pour survivre et continuer leur combat.

En 2025, la situation a basculé : un groupe Telegram de 6 000 abonnés a diffusé des deepfakes d’elle nue, piraté ses comptes et révélé son adresse, exigeant qu’elle soit « exécutée ». Contrainte de fuir, elle vit désormais à l’étranger pour assurer sa sécurité .

Elle n’est pas seule. D’autres militantes comme Lella Misikir ont subi des campagnes de haine massives, allant jusqu’à être accusées d’homosexualité – illégale en Éthiopie – ce qui les a exposées à des menaces de prison et de violences physiques. Lella a quitté le pays en novembre 2024 après avoir été harcelée en ligne et reconnue dans la rue .

Selon le Centre for Information Resilience, la violence sexiste facilitée par la technologie est désormais « normalisée au point de devenir invisible ». Les militantes décrivent un climat où les abus extrêmes en ligne sont devenus monnaie courante, héritage d’une guerre marquée par des viols de masse et une brutalité systémique. Les conséquences sont graves : traumatismes psychologiques, agressions physiques et exclusion croissante des femmes des espaces publics .

Les plateformes numériques sont accusées d’inaction, tandis que le gouvernement éthiopien ne considère pas le harcèlement en ligne comme une priorité. « Au lieu de demander des comptes aux auteurs, on demande souvent aux femmes de se retirer des espaces en ligne », déplore une militante .

Cette cartographie de la violence numérique révèle une réalité glaçante : être féministe en Éthiopie, c’est risquer sa vie. Pour beaucoup, l’exil reste la seule option pour continuer à défendre les droits des femmes.

Elisabeth KOAMA (Stagiaire)

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