Les sutures après accouchement : ce qu’il faut savoir 

Après l’accouchement, il arrive souvent que des femmes repartent de la maternité avec des points de suture sans vraiment comprendre ce qui s’est passé dans leur corps. Les sutures font partie de ces réalités de l’accouchement. Mal soignées, elles peuvent avoir des conséquences néfastes sur la santé, le confort quotidien et même sur la vie de couple. Dans cet article, le gynécologue et obstétricien Dr Patrick Yaméogo vous situe sur les tenants et les aboutissants de la suture.

La nécessité de recoudre le vagin

Il existe deux situations qui peuvent amener à suturer après l’accouchement. La première, c’est la déchirure spontanée. Elle survient lorsqu’à l’accouchement, un tissu se déchire pendant la poussée malgré tous les efforts du personnel soignant pour protéger le périnée.

« Si on laisse la déchirure spontanée aller, ça peut sectionner le sphincter. Et si ça touche le sphincter, la personne ne peut plus retenir les selles. En milieu public, elle ne peut plus retenir les selles si c’est liquide et les gaz. Dans ce cas, il faut recoudre », explique le médecin. Cela peut entraîner des conséquences lourdes sur la vie quotidienne de la mère.

La seconde, c’est l’épisiotomie. Elle est un geste médical volontaire. Elle se pratique lorsque la filière génitale est trop étroite pour laisser passer la tête du bébé, le médecin élargit l’ouverture de façon contrôlée.

« On ne fait pas une épisiotomie parce qu’on a envie de le faire. On la fait parce qu’il y a une nécessité.  Pour éviter vraiment d’avoir des complications, on préfère faire une épisiotomie pour permettre à l’enfant de sortir » déclare le Dr Yaméogo.

La différence est que la déchirure spontanée survient malgré les précautions et l’épisiotomie suit une ligne précise, elle est dirigée et maîtrisée afin d’éviter les complications. Dans les deux cas, une suture sous anesthésie locale est nécessaire après l’accouchement. L’objectif est d’éviter une déchirure sauvage et compliquée.

Le temps recommandé pour la cicatrisation

Chaque corps est différent. En général, si les soins sont bien faits et qu’il n’y a pas d’infection, la cicatrisation se fait en deux semaines environ. Mais lorsque la suture est profonde ou lorsqu’il y’a un manque d’hygiène, la guérison est plus longue.

Il faut retenir que cette zone du corps est particulièrement vulnérable aux infections.

« L’anus n’est pas loin fu vagin et avec un manque d’hygiène, ça peut facilement s’infecter.  Si ça s’infecte, ça va aller lâcher les fils. Si les fils lâchent, la plaie va encore devenir béante. Ça va encore plus durer avant de cicatriser », rappelle Dr Yaméogo.

Après la suture, le personnel soignant apprend normalement à chaque femme comment prendre soin de la plaie à domicile. Les règles sont simples. Mais elles exigent de la constance. Il s’agit principalement de :

  • Nettoyer la plaie au minimum trois fois par jour, avec les solutions antiseptiques prescrites ;
  • Appliquer les pommades recommandées par le médecin ;
  • Et surtout, ne pas céder à la tentation de négliger les soins parce que ça fait mal ;

« C’est vrai que mettre le doigt sur la plaie peut être douloureux. Mais, il faut de la rigueur dans les soins. C’est ce qui évite une surinfection et garantit une bonne guérison », conseille le médecin.

Lire aussi : Pour un bon accouchement : Attention à ces signes !  

Les signes d’alerte après une suture

Après un accouchement avec suture, certains signes doivent pousser à consulter rapidement, sans attendre :

La fièvre est le premier signal. Elle indique souvent une infection en cours.

Une douleur intense qui s’intensifie, surtout si la zone suturée gonfle et grossit ;

Des saignements qui reprennent ou la présence de sang avec des caillots ;

 « En cas de doute, venez en consultation ! Il vaut mieux qu’on vous dise que tout va bien, plutôt que d’attendre et de laisser les choses s’aggraver », recommande-t-il.

La reprise des rapports sexuels 

C’est souvent la question posée avec beaucoup de gêne. La réponse du Dr Yaméogo est claire : après le 45e jour suivant l’accouchement. À ce stade, le corps est généralement revenu à la normale. Une consultation de contrôle permet de vérifier que tout est en ordre.

Et si une douleur persiste lors des premiers rapports, il n’y a pas lieu d’angoisser. Cela peut indiquer une mauvaise cicatrisation, ou des tissus qui ne se sont pas bien réassemblés. « On peut corriger ça. On peut réparer. L’essentiel, c’est de reprendre et s’il y a des petites difficultés, on les corrige ensemble » rassure le médecin

Les erreurs à éviter

La principale erreur, c’est de négliger les soins post-suture. Certaines femmes reviennent en consultation avec une plaie infestée de pus parce qu’elles n’ont pas suivi les prescriptions. Résultat : la plaie s’est rouverte, et tout est à recommencer.

Au-delà de la douleur, les conséquences peuvent aussi affecter la vie du couple.

« Si ça ne crée pas le problème de douleur, tout de suite, ça va créer un problème secondaire dans le couple. Pour la reprise des rapports sexuels, il n’y aura plus de plaisir, de part et d’autre et ça, c’est un autre problème qu’on est en train de créer », prévient Dr Yaméogo.

Il faut retenir qu’une épisiotomie ou une suture après accouchement n’est pas une punition. C’est un acte médical posé pour protéger la femme des complications bien plus graves. Accepter l’épisiotomie quand c’est nécessaire, faire les soins avec sérieux, consulter dès le moindre doute sont les trois piliers d’un post-partum qui se passe bien.

« On a beaucoup de cas où tout le travail médical réalisé est gâché par la négligence qui suit. Avec de la rigueur et beaucoup de soins, on évite tout ça». », regrette Dr Yaméogo.

Une femme bien informée, qui connaît les signes d’alerte et qui suit ses soins avec sérieux, donne à son corps, les meilleures chances de guérir et à sa vie, les meilleures conditions pour reprendre son cours normal.

Farida Konaté stagiaire

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