Pour un bon accouchement : Attention à ces signes !  

La grossesse et l’accouchement restent entourés de croyances et de silences qui peuvent mettre en danger, la vie de la mère et de l’enfant. Souvent trop tard, souvent trop tôt, ou même au mauvais endroit, des femmes se retrouvent en danger non pas parce que les soins n’existent pas; Mais, par méconnaissance des signes d’alerte ou de préparation insuffisante. Le gynécologue obstétricien, Dr Patrick Yaméogo lève le voile sur ces réalités du quotidien.

Dans les salles de maternité, les agents de santé font face à des scènes où des femmes arrivent en urgence, le bébé déjà né, enveloppé dans un pagne sur la banquette arrière d’un taxi. Sans agent de santé, sans équipements, sans possibilité d’anticiper les complications !

Ces situations n’arrivent pas au hasard. Elles sont le résultat d’une attente calculée ou d’une peur de durer à l’hôpital. Ce qui pousse certaines femmes à retarder leur départ jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

« On voit des femmes qui ont accouché à domicile ou même dans le taxi juste avant d’arriver à l’hôpital », confirme Dr Yaméogo.

À l’inverse, certaines femmes se précipitent trop tôt, aux urgences sans que le travail n’ait réellement commencé. Le médecin rassure, vérifie, et selon les cas, garde en surveillance ou renvoie à la maison avec des consignes car,  garder tout le monde n’est pas possible. « Dans notre contexte, il y a des salles qui ne peuvent pas accueillir beaucoup de gens », confie  Dr Yaméogo.

Le gynécologue obstétricien, Dr Patrick Yaméogo

Pour ce qui est des premières consultations, beaucoup de femmes attendent trois mois avant leur première consultation prénatale. Une habitude que Dr Yaméogo s’emploie à corriger. « Je leur dirai de venir, le plus tôt possible. Le plus tôt, sera le mieux.  Ce n’est pas une formule », indique-t-il.  Confirmer rapidement la grossesse permet de s’assurer qu’elle se développe bien à l’intérieur de l’utérus parce que certaines grossesses sont extra-utérines. C’est-à-dire qu’elle se développe dans les trompes. D’autres grossesses sont mal implantées, sans que la femme ne le sache.

« Quand les consultations sont faites tôt, parfois, on peut avoir des solutions. Mais, quand on laisse tarder, dans beaucoup de situations, ça peut ne pas bien se terminer », insiste le docteur.

Les signes à ne pas négliger

  • Faire au moins sept consultations

L’Organisation mondiale de la santé recommande au moins une consultation par mois, tout au long de la grossesse, soit environ sept consultations pour une grossesse normale bien suivie.

  • Pendant la grossesse

Il y a des signaux qui nécessitent une consultation rapide, sans attendre. Il s’agit des saignements, de la fièvre, des vomissements, des douleurs abdominales ou pelviennes persistantes.

  • Les saignements abondants

Sur ce point, Dr Yaméogo est catégorique. « Il faut courir dans un centre de santé ou  se rendre immédiatement dans la structure la plus proche », précise-til.

  • Les vomissements répétés

Ils ne sont pas anodins non plus parce qu’ils peuvent entraîner une perturbation du taux de calcium et de potassium dans l’organisme. Ce qui fragilise dangereusement la mère.

  • Les douleurs abdominales ou pelviennes persistantes

Elles aussi, méritent une consultation sans attendre.

  • Pour l’accouchement

A partir du septième ou huitième mois, des contractions apparaissent, effectivement. Mais, sans douleur. Ce sont des contractions préparatoires que les médecins appellent contractions de Braxton-Hicks. Elles ne signalent pas le début du travail. Les vraies contractions du travail, elles, font mal. Elles commencent espacées. Parfois une, toutes les heures. Puis, elles se rapprochent, s’intensifient er deviennent régulières. « En dix minutes, si vous avez deux ou trois contractions, c’est le moment de partir », indique Dr Yaméogo.

  • La rupture de la poche des eaux

Et quand la poche des eaux se rompt, le compte à rebours commence. Passées six heures, le liquide amniotique peut être colonisé par des bactéries. L’enfant qui ingère ce liquide peut développer une infection et avoir de la fièvre deux ou trois jours après la naissance, sans que personne ne comprenne d’où ça vient. « Attendre à la maison dans ce cas, c’est exposer inutilement la mère et l’enfant», souligne le docteur.

  • Pendant le travail

Deux situations imposent de foncer aux urgences sans hésiter. Ce sont les saignements abondants de sang rouge et la procidence du cordon. Cette complication survient quand le cordon ombilical sort avant la tête du bébé lors de l’accouchement, comprimant son apport en oxygène. On peut alors voir ou sentir comme une corde entre les jambes de la femme « C’est hyper vital. C’est comme si on avait bloqué la respiration de l’enfant », explique le médecin. À domicile, le pronostic, dans ce cas est mauvais.

Une raison supplémentaire pour lui de ne pas encourager les accouchements à la maison.

  • En milieu hospitalier

Les soignants savent quoi faire. Ils repoussent la tête du bébé pour que le cordon ne soit pas comprimé, et agissent vite.

  • À domicile

Personne n’a ce réflexe et le pronostic, dans ce cas, est rarement bon. C’est précisément pour cette raison que la rupture de la poche des eaux ne doit jamais être un signal pour attendre encore à la maison.

  • La préparation à l’accouchement

Elle ne se fait pas dans la précipitation. Dès les consultations prénatales, il faut identifier la structure d’accouchement, savoir qui accompagnera la femme, et avoir toutes ses affaires prêtes. « Il ne faut pas que la personne soit surprise par son accompagnement », insiste Dr Yaméogo. À partir du neuvième mois, tout doit être en ordre, car l’accouchement peut survenir à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

  • Pour les femmes vivant loin des structures de santé

Dr Yaméogo donne un conseil pratique. Il conseille de se rapprocher physiquement d’un centre de santé en fin de grossesse, quitte à s’installer chez un membre de la famille. « C’est toujours mieux d’être à côté que de rester chez soi et que ça chauffe », dit-il simplement.

L’obstétrique, précise-t-il, est une course contre la montre. Quand une complication survient à domicile, il faut d’abord trouver un transport, décider où aller, arriver et être pris en charge. Chaque étape est un temps perdu.  C’est ce qu’on appelle les retards à la prise en charge. Tous ces retards concourent à ne pas avoir de bons résultats.

  • A la fin de l’accouchement

Beaucoup de femmes rentrent chez elles avec l’impression que le plus dur est passé. Mais le post-partum peut réserver des complications graves. Un saignement abondant avec des caillots après la naissance n’est pas normal. Une fièvre qui apparaît les jours suivants non plus. Un état de somnolence, une femme qui ne réagit pas bien, qui semble absente, ce sont des signaux d’alarme. « Il faut la ramener rapidement à l’hôpital pour qu’on puisse la prendre en charge ».

  • Avant de quitter la maternité

Les soignants gardent normalement la mère vingt-quatre heures en surveillance. Ce délai n’est pas une formalité. C’est une précaution pour surveiller l’état de santé de la nouvelle maman.

Pour finir, le Dr Yaméogo adresse un dernier message aux femmes qui s’apprêtent à entrer en salle de travail. Ce ne sont pas des félicitations, mais un appel à la tolérance et à la communication. Un accouchement est une épreuve partagée, stressante pour la patiente comme pour le personnel soignant. « Posez les questions qu’il faut ! Acceptez, parfois, l’aide qu’on vous propose. C’est des échanges ».

C’est quand on s’écoute que les choses se passent mieux. Une femme informée, qui connaît les signes d’alerte, qui a préparé son accouchement, qui sait quand partir et pourquoi, c’est une femme qui donne à son enfant et à elle-même, les meilleures chances de s’en sortir.

Farida Konaté (stagiaire)

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