Allaitement maternel : Une preuve de connexion émotionnelle

Mariam (nom d’emprunt) est une ménagère vivant à Ouagadougou. Grand-mère de 78 ans, elle explique que l’allaitement maternel est une étape importante de la maternité qui demande beaucoup d’attention et de connaissances. Elle revient sur ce qu’elle a vécu.

Fille de parents cultivateurs, elle rappelle qu’elle s’est mariée à 24 ans et a accouché deux ans plus tard, dans un centre de santé publique. Sa belle-mère est venue l’assister pendant quelques mois, avant de repartir au village.  Elle lui a montré comment attraper le bébé, comment positionner la tête et comment le laver. Quand elle a sommeil, sa belle-mère s’occupe du bébé et quand il pleure, il la réveille pour qu’elle l’allaite.

“Immédiatement après la naissance dans une maternité, quand bébé est sorti, on m’a dit de lui donner le sein même s’il n’y a rien pour le moment. Dès qu’il a attrapé les tétons, j’ai crié et j’ai fermé les yeux. J’étais prévenue que ça pouvait faire mal. Mais, peut-être que j’ai exagéré un peu. J’ai fait trois jours avant de rentrer”, relate-t-elle en riant.

Une méthode traditionnelle aux nombreux bienfaits

Jusqu’à cinq jours, elle n’avait toujours pas le lait. Donc, pour faciliter la montée du lait, la grand-mère a utilisé un wèda (liane) non mûr (pratiquement vert) arraché directement de l’arbre qu’elle a pilé dans un mortier. A cette substance, elle a ajouté un peu d’eau. Dans une petite calebasse neuve, elle a mélangé du beurre de karité à la farine concassée de petit mil, malaxé et incorporé avec le jus de wèda.

Cette technique se fait dans l’après-midi et on laisse tremper jusqu’au soir. Le mélange devient un peu consistant. Avant de dormir, la maman boit le jus qui ressemble à du zoom-koom et doit nécessairement manger toute la pâte du petit-mil qui est très amère.  D’ailleurs, à cause de ce goût, elle a fait la pâte en petite quantité car c’est difficile à avaler et il est absolument interdit d’en jeter. Le lendemain matin, le lait a commencé à venir.

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Des conseils judicieux

“Aussi, ma belle-mère m’a appris que, pendant que le bébé allaite, on prend un petit morceau de balai qu’on fixe sur le front à l’entrée des cheveux. Elle a dit que ça évite le hockey qui peut causer des vomissements. Elle m’a fortement déconseillée de soupirer ou de pleurer de tristesse quand j’allaite mon bébé car il ressent toutes mes émotions”,  témoigne Mariam avant de poursuivre “En notre temps, on n’était pas vraiment préparée comme aujourd’hui, où il y a des cliniques, des dispensaires partout et beaucoup de sage-femmes. Néanmoins, j’ai fait les pesées correctement et j’ai gardé mon carnet pendant longtemps. Aujourd’hui, mon premier enfant a dépassé la cinquantaine. Je suis mamie, j’aide mes enfants et mes belles-filles”.

Perdue dans un océan de sentiments

Notre interlocutrice précise qu’avoir un bébé étant jeune est une situation où beaucoup de sentiments se mêlent : la peur de ne pas être à la hauteur, la joie d’être mère, les insomnies, la responsabilité parentale, etc.

Maintenant, mère de nombreux enfants, Mariam n’a pas eu à utiliser le biberon parce que le besoin ne s’est pas faire sentir. Étant ménagère, elle a ses bébés, toujours à côté d’elle et les allaite quand il faut. Tous ses enfants ont été sevrés à 18 mois. A partir de trois mois, chaque enfant a commencé à boire la bouillie légère. Puis, de la soupe et petit-à-petit, les repas en fonction de son âge.

50 ans en arrière, souligne-t-elle, on donnait de l’eau aux bébés sans problème et on leur donnait des tisanes, en plus de les purger. De nos jours, tout cela ne se fait plus et je respecte ces consignes.

Françoise Tougry

 

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