Littérature engagée : Safiata Ouédraogo dédicace Tablik Zobsebgo ou l’ignorance profonde

Famille, autorités, amis et collègues se sont réunis, ce 04 aout 2026 au centre culturel des armées pour accueillir le nouveau joyau du paysage littéraire burkinabè, Tablik Zobsebgo qui signifie en français, l’ignorance profonde. C’est le tout premier roman de Safiata Ouédraogo, enseignante certifiée en français et en allemand. La désormais écrivaine est également étudiante en master 1 en Arts, gestion et administration culturelle (AGAC). 

Dans Tablik Zobsebgo ou l’ignorance profonde, l’auteure aborde plusieurs thématiques liées à la condition de la femme telle que l’excision, l’initiation, le mariage forcé, les violences conjugales, les accusations de stérilités…  Le personnage principal nommé Soré en mooré qui veut dire chemin est une jeune fille au destin bouleversant car ayant subi plusieurs épreuves de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Soré déjà excisée, le sera une deuxième fois après son mariage et se préparait à subir une troisième excision. Aux yeux de son époux soutenu par sa mère, elle a été mal excisée. Un mariage qui d’ailleurs, était forcé avec un homme polygame. Malgré ces péripéties, Soré finit par trouver la force de se relever.

Invitée à réagir après la cérémonie, Évelyne Bayili, amie et collègue de l’auteure confié avoir été très touchée après la lecture de l’ouvrage. Elle invite le public à le découvrir afin de mieux comprendre les difficultés que vivent de nombreuses femmes dans la société.

Toute œuvre littéraire est soumise à l’œil d’un critique, celle de Safiata n’a pas fait l’exception. Elle a été soumise à l’appréciation de Jean-Pierre Sawadogo, aussi écrivain et critique littéraire. Pour lui, l’œuvre est originale dans la façon de raconter l’histoire. « Ce qui fait la beauté de l’écriture du roman, c’est le fil conducteur de l’histoire, l’ensemble des évènements, des conflits des rebondissements et des décisions bien agencées qui maintiennent le lecteur en haleine jusqu’à dénouement final », a-t-il dit avant de féliciter l’auteure pour cette belle réalisation qui contribue à enrichir le patrimoine culturel du Burkina Faso.

Fatimata Toé, camarade de classe de l’auteure a, elle aussi encouragé le public à consommer le roman sans modération. Elle estime que c’est un appel à la réflexion sur la réalité que vivent de nombreuses femmes. Il met en évidence, leurs conditions de vie ainsi que les injustices auxquelles, elles sont confrontées tant dans leur foyer que dans la société.

Edité aux éditions ELITH, le directeur de la maison Théodore Yaméogo n’a pas manqué de saluer le courage de l’auteure qui a osé aborder cette thématique sensible. Il se dit fier de l’avoir accompagné dans cette aventure. L’éditeur estime que ce roman est la voix des sans voix. « Dès les premières pages du manuscrit, nous avons compris que nous n’avons pas seulement affaire à un roman. Mais aussi à une voix, une voix qui s’élève pour permettre aussi à d’autres voix de s’élever », a-t-il déclaré.

Évariste Somé s’est exprimé au nom de la patronne de la cérémonie, Passowendé Pélagie Kaboré, ministre de la famille de la solidarité et de l’action humanitaire. Une fois de plus, le courage de l’auteure a été salué. « Ce roman vient rappeler que les efforts du ministère pour lutter contre les violences faites aux femmes doivent être soutenus. Les romans à l’image de Tablik Zobsebgo peuvent parfois, faire évoluer les mentalités et inviter les lecteurs à remettre en question, les pratiques rétrogrades qui n’ont plus leur place dans notre société », a-t-il affirmé.

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Interrogée sur le titre de l’œuvre, Safiata Ouédraogo nous confie que c’est l’ignorance qui fait persister certaines pratiques néfastes comme l’excision. Car pour les praticiens, une fille non excisée n’est pas digne. Aussi, Soré est entrée dans le foyer dans l’ignorance totale, sans rien comprendre de ce qui lui arrivait.

Pour elle, Tablik Zobsebgo est un rêve longtemps nourri. « En écrivant Tablik Zobsebgo, j’ai voulu être cette voix qui ose dire ce que tout le monde tait. J’ai voulu toucher les consciences, j’ai voulu toucher les cœurs. Par cette œuvre, j’ai voulu montrer ces souffrances silencieuses de tant de femmes », a-t-elle déclaré. Au-delà de la souffrance, l’auteure montre surtout, la résilience des femmes et interpelle la société a une prise de conscience sur la nécessité de bannir certaines traditions.

« Ce livre n’est pas un cri de désespoir. Mais, un appel. Je vous invite à être des koudpoko, des hommes et des femmes de compassion qui tendent la main à ceux qui sont blessés dans leur corps et dans leur âme », a-t-elle ajouté. Le message essentiel de Tablik Zobsebgo est celui de la réconciliation car sans dialogue, aucune réconciliation n’est possible.

Safiata Ouédraogo espère que ce livre contribuera à sa manière à bâtir une société plus juste plus humaine et plus fraternel. L’œuvre compte105 pages et est disponible au prix unitaire de 2500FCFA.

 Latyfah Sawadogo et Augustine Sawadogo (Stagiaires)

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