« On ne mange pas le patriotisme » : Une phrase qui divise, un débat qui interpelle, des cœurs apaisés

Cette déclaration de la journaliste sportive Christelle Paré, prononcée dans l’émission Intégral Foot sur la RTB, suscite depuis quelques jours, de vives réactions sur les réseaux sociaux. Alors que certains y voient une valeur sensible dans le contexte actuel du Burkina Faso, d’autres estiment qu’elle remet en cause, la question de la reconnaissance des athlètes, notamment dans le football féminin. Face à cette tension,  c’est la grogne totale au point où, elle a dû présenter publiquement ses excuses.  Nous avons recueilli, ce jeudi 13 août 2026, les avis de quelques citoyens sur cette controverse.

La phrase « On ne mange pas le patriotisme » continue d’alimenter les débats sur la toile. Prononcée lors d’un échange portant sur le football, cette phrase a rapidement divisé l’opinion. Pour certains internautes, cette formule remettrait en cause la valeur du patriotisme. Pour d’autres, elle exprime plutôt une préoccupation. L’engagement envers la nation ne doit pas faire oublier le droit à une reconnaissance et à des conditions de travail dignes.

« Réclamer son dû n’est pas un crime ».

Plusieurs personnes rencontrées disent ne pas comprendre l’ampleur prise par la polémique. Moussa Ouédraogo, 30 ans, gérant  d’un commerce de transfert d’argent, citoyen burkinabè se dit particulièrement, indigné par les attaques visant la journaliste sur les réseaux sociaux.

« Elle a raison de l’avoir dit. À sa place, je ne me serais pas excusé car tout le monde connaît les magouilles qui se font dans le football. Ces excuses n’étaient pas nécessaires », a-t-il affirmé.

Même son de cloche chez Ali Sawadogo, 27 ans  commerçant au marché de Tanghin. Selon lui, le patriotisme ne devrait pas être invoqué pour justifier l’absence de rémunération ou une prise en charge qu’il juge insuffisante notamment pour les joueuses de niveau national.

« L’ouvrier mérite son salaire et les filles méritent plus que ce qui leur a été proposé. Réclamer son dû n’est pas un crime. Personne ne doit travailler sans être payé au nom du patriotisme », soutient-il.

Moussa Ouédraogo,  le gérant d’un point de commerce, pour sa part, que cette phrase a mis des mots sur une préoccupation importante. « La dame a dit haut, ce que beaucoup pensent tout bas. Dans une révolution, tout doit être mis à nu afin d’être amélioré », déclare-t-il.

Pour lui, les excuses n’avaient pas leur place. Mais, il dit comprendre pourquoi elle l’a fait, vu ce que se raconte sur les réseaux. Défendre des efforts fournis par les athlètes ne signifie pas renier le patriotisme. Il s’agit plutôt, de concilier l’attachement à la patrie avec le respect de la dignité et des droits des personnes qui la servent.

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Une formule mal choisie, selon certains citoyens

Nemata Rouamba, 21 ans, étudiante en anglais adopte une position plus nuancée. Elle reconnaît la valeur du patriotisme, tout en estimant que la journaliste a voulu attirer l’attention sur le bien-être des athlètes et les réalités auxquelles elles font face.

« À mon avis, elle n’a pas tort. Seulement, la phrase n’a pas été bien choisie pour traduire sa pensée. Elle a voulu signifier que le patriotisme est une valeur qui doit nous habiter. Mais, que le bien-être ne doit pas, non plus, être mis à l’écart », lance-t-elle.

Pour Nemata Rouamba, les réactions de certains seraient guidées par l’émotion qui n’ont pas tenu compte du contexte dans lequel, les mots ont été prononcés. Pour cette dernière,  les excuses présentées par Christelle Paré au peuple burkinabè et aux amoureux du football féminin témoignent de son respect pour la nation et non d’un manque de patriotisme.

« Ses propos n’avaient pas pour but de plonger les Burkinabè dans une polémique. Le fait qu’elle ait présenté ses excuses révèle son patriotisme et son attachement à la nation », souligne-t-elle.

Elle appelle également les internautes à davantage de retenue. Selon elle, le journaliste reste, avant tout, un être humain, susceptible de commettre des erreurs. L’humiliation et les insultes en ligne ne constituent, donc pas, aux yeux de Nemata, une réponse appropriée ni une preuve de patriotisme.

Sur la question du genre, les avis sont unanimes. Aux yeux de certaines personnes, cette affaire n’a pas pris une telle ampleur parce que c’est une femme qui a prononcé la fameuse phrase. Elles pensent plutôt que les réactions auraient été les mêmes, voire pires si les mêmes propos avaient été tenus par un homme. Le problème est dû principalement au caractère sensible de l’expression employée. « Je dirais même que c’est parce que c’est une femme que cette histoire n’est pas aller trop loin et la polémique est en train de s’éteindre ». renchérit Ali.

« Elle voulait que les choses changent ».

Fanny estime également que la polémique a pris une ampleur excessive. Pour elle, les réactions ont été formulées sous le coup de l’émotion, sans prendre suffisamment en compte, la réalité du football féminin au Burkina Faso.

« Les gens ont juste réagi dans l’émotion. Tout le monde sait qu’au Burkina Faso, le sport féminin ne reçoit pas le même soutien que le sport masculin », explique-t-elle.

Selon elle, la journaliste a voulu interpeller les autorités en charge du sport sur la nécessité de mieux considérer le football féminin et ses actrices.

Elle poursuit : « À mon sens, elle ne critiquait pas le ministère chargé des Sports. Au contraire, elle voulait que cela ouvre les yeux et que les choses changent. Cette affaire n’avait pas besoin de prendre une telle proportion, car la dame a simplement donné son opinion et exprimé son ressenti ».

Fanny Lankoandé, 26 ans, étudiante en communication s’inquiète enfin, des conséquences de ce type de réaction sur la liberté d’expression. Elle craint que des citoyens ou des professionnels hésitent désormais, à s’exprimer par peur d’être mal interprétés ou pris à partie, sur les réseaux sociaux. « Cela peut pousser les gens à avoir peur de donner leur opinion, de crainte d’être mal compris », conclut-elle.

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Entre sens du patriotisme et sensibilités

Quant à Alima Ouédraogo, étudiante en alleand à l’Université Joseph Ki-Zerbo, le débat mérite d’être entendu. Elle estime toutefois que le terme « patriotisme » demeure particulièrement sensible et qu’une formulation différente aurait pu éviter la controverse.

« C’est le mot utilisé qui pose problème. Le patriotisme est très sensible dans le contexte actuel du Burkina Faso. Elle aurait pu employer d’autres termes. Ce qui est bien, c’est qu’elle a compris son erreur et qu’elle s’est excusée auprès de la nation. L’erreur est humaine », explique Alima.

De son avis, l’attention devrait désormais, porter sur les conditions des joueuses et les difficultés qui entourent la promotion du football féminin.

Cette controverse met ainsi, en évidence, deux exigences qui ne devraient pas s’opposer : la préservation de la valeur du patriotisme et la nécessité de garantir une juste reconnaissance aux athlètes et aux travailleurs.

Au-delà des mots, le débat pose une interrogation plus profonde : comment promouvoir l’engagement pour la patrie tout en veillant au bien-être et à la dignité de celles et ceux qui contribuent à son rayonnement ?

Ces citoyens invitent à un débat plus apaisé, fondé sur l’écoute du contexte, la prise en compte des préoccupations exprimées et le respect des personnes, même lorsque leurs mots suscitent la controverse.

 

Fadima Cissé stagiaire

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