Du 9 au 14 août 2026 à Pabré, les micros et les caméras étaient en congé au bénéfice de l’académie de police de Pabré. La raison, une initiative assez particulière du ministère de la sécurité a mobilisé les professionnels des médias : une immersion patriotique. C’est une première dans l’histoire du Burkina Faso. Pour Tinbwaoga Roland Lallogo, être appelé à cette immersion est plus qu’un honneur. Il est le Directeur de Publication de la presse en ligne Info Mobile du Zondoma, basée à Gourcy, dans la province du Zondoma, région de Yaadga (Nord).
Pourquoi avoir pris part, à cette activité ?
C’était avant tout, un honneur de prendre part à cette première édition de l’immersion des professionnels des médias. Dès réception de la note d’invitation, nous avons naturellement répondu favorablement.
Au-delà de l’honneur, nous y avons surtout vu une formidable occasion de mieux connaître nos Forces de défense et de sécurité, de comprendre leurs réalités, leurs conditions de travail, leurs contraintes et les sacrifices qu’elles consentent au quotidien pour la défense de la Nation.
Pour un professionnel des médias, cette connaissance du terrain est essentielle. Elle nous permet de mieux comprendre les enjeux sécuritaires et, surtout, de traiter les questions liées à la sécurité avec davantage de responsabilité, de professionnalisme et de discernement.
Avant le jour J de l’immersion, quels sont les propos que vous avez entendus dans la rue et qui étaient susceptibles de vous décourager ?
Pas grand-chose, pour être honnête. Rien de ce que nous avons pu entendre n’était suffisamment convaincant pour nous dissuader de participer.
Au contraire, nous considérions cette initiative comme une démarche pertinente et bienvenue. Nous avons donc abordé cette immersion avec un esprit ouvert, convaincus que le meilleur moyen de se faire une opinion est de vivre soi-même l’expérience et de constater les réalités sur le terrain.
Le constat sur place était-il différent ? En quoi ?
Oui, et dans un sens particulièrement positif. Nous sommes arrivés à Ouagadougou le 9 août dans l’après-midi. Nous avons été reçus à l’École nationale de Police, où nous avons été dotés de tenues vert olive avant d’embarquer pour l’Académie de Police de Pabré.
Une fois sur place, nous avons été accueillis dans un cadre militaire, avec toute la rigueur et la discipline que cela implique. L’organisation, l’encadrement et l’ambiance générale nous ont permis de découvrir une réalité que l’on ne peut véritablement comprendre qu’en la vivant.

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Comment s’est déroulée, la première journée ?
La première journée, le lundi 10 août, a commencé très tôt par une séance de sport, suivie du petit-déjeuner.
Nous avons ensuite, reçu la visite des ministres en charge de la sécurité et de la communication. Cette rencontre a été suivie de plusieurs communications et échanges autour du patriotisme, des symboles de l’État, du civisme et de leur rôle comme ciment de la société.
Cette première journée nous a rapidement plongés dans l’esprit de l’immersion : discipline, dépassement de soi, responsabilité citoyenne et compréhension des enjeux auxquels notre pays est confronté.
Étiez-vous impressionné par le maniement des armes ?
Absolument. Le maniement des armes a constitué l’un des moments les plus marquants de cette immersion.
Nous avons été initiés aux règles de sécurité, au contrôle personnel de sécurité (CPS) ainsi qu’au maniement de différents équipements. Nous avons notamment eu l’occasion de manipuler et de tirer avec le Pistolet Automatique, la Kalachnikov, le PKM, le G7 et le lance-roquette, dans un cadre encadré et sécurisé.
C’était à la fois impressionnant, passionnant et surtout instructif. Cette expérience nous a permis de mieux mesurer la rigueur, la concentration et la responsabilité qui accompagnent l’utilisation de ces équipements. Et surtout, le professionnalisme de nos FDS.
« Nous avons la responsabilité de placer l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus de tout».
Avec cette immersion, quel sens donnez-vous au patriotisme ?
Pour moi, cette immersion a donné au patriotisme une dimension beaucoup plus concrète. Le patriotisme, c’est d’abord l’intégrité, la loyauté et l’attachement à la Nation.
Nos arrière-grands-parents, nos grands-parents et nos parents ont contribué, chacun à leur époque, à bâtir et à préserver ce pays. Nous avons donc, la responsabilité de préserver cet héritage et de placer l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus des intérêts personnels ou égoïstes.
En tant que professionnel des médias, cela signifie également exercer son métier avec responsabilité, en ayant conscience que la liberté d’expression et toutes les autres libertés dont nous jouissons s’exercent dans un pays qui doit être préservé.
Pour moi, le message est simple : le pays d’abord. Nul n’est au-dessus de la Nation. Et nous devons tous contribuer, à notre niveau, à la sauvegarde du Burkina Faso.
Une immersion patriotique en faveur des journalistes est-elle, un Évènement dans l’histoire du Burkina Faso ?
C’est une première dans l’histoire du Burkina Faso. Et à mon avis, cela devrait perdurer pour permettre à nos autres confrères de bénéficier de cette formation. C’est là qu’on comprend qu’aucun journalisme n’est impartial. Même les médias coloniaux qui nous gavent d’informations, le font dans l’intérêt de leur pays. Ils ne font pas le journalisme livresque qu’eux-mêmes enseignent dans les écoles.
Quel souvenir gardez-vous de ce stage ?

Au-delà des apprentissages, cette expérience nous a permis de renforcer entre professionnels des médias des valeurs comme la solidarité, la loyauté, la discipline et le sens de la responsabilité.
Elle nous a également rappelé une chose essentielle : dans un contexte aussi difficile que celui que traverse notre pays, nous avons besoin de nous conseiller, de nous comprendre et de travailler ensemble. Comme nous le chantions durant l’immersion :
On n’a qu’à se conseiller……Pourquoi se détester ……si notre Famille c’est l’immersion !! On n’a qu’à se conseiller……Pourquoi se détester ……si notre Famille c’est le Faso !!
À l’heure des fakes news et des discours de haine, comment l’immersion patriotique peut-elle, contribuer à mieux réorienter les journalistes dans leur travail ?
Disons que le journaliste burkinabè n’a nullement besoin que quelqu’un parle à sa place. Encore moins ces médias fantoches et pyromanes européens qui s’occupent plutôt de la paille dans nos yeux tout en ignorant la poutre dans les leurs. Nous sommes assez responsables pour défendre ce que nous jugeons bien pour nous. C’est d’ailleurs pour cela que nous nous sommes engagés à produire des articles allant dans ce sens. Nous avons déjà produit à Info Mobile du Zondoma des articles pour démentir les propos de ces médias qui disent que les journalistes burkinabè ont été amené de force à l’immersion. Lesquels articles ont été relayé par l’AIB et bien d’autres médias nationaux.
« Connaître les réalités des FDS ne signifie pas renoncer aux principes fondamentaux du journalisme ».
D’aucuns pensent que les journalistes n’ont pas besoin de faire immersion patriotique considérant qu’ils seront influencés et ne vont plus se consacrer au traitement de l’information comme il faut. Êtes-vous d’avis ? Pourquoi?
Je ne partage pas cet avis.
Tout professionnel a besoin de renforcer régulièrement ses capacités, quel que soit son domaine d’activité. Dans un contexte marqué par de nombreux défis sécuritaires, cette nécessité est encore plus grande pour le journaliste.
Connaître les réalités des Forces de défense et de sécurité ne signifie pas renoncer aux principes fondamentaux du journalisme. Au contraire, cette connaissance peut permettre au professionnel des médias de mieux contextualiser les événements, de poser les bonnes questions et d’éviter certaines erreurs d’appréciation.
Le journaliste doit continuer à respecter les principes fondamentaux de son métier, notamment la vérification des faits, la recherche de la vérité et le traitement responsable de l’information.
Dans le contexte actuel, il est également important de s’intéresser aux faits qui contribuent à faire avancer la société et à apporter des solutions, plutôt que de se focaliser uniquement sur ce qui alimente les tensions.
Lire ici Immersion patriotique : “La patrie est notre bien commun. Nous ne devons jamais contribuer à la salir, par nos paroles ou nos écrits”, Ousmane Sawadogo
Pour les médias qui n’ont pas pu participer, quel message avez-vous, à leur endroit ?
Je leur dirais de tout mettre en œuvre pour participer à la prochaine édition.
Cette première immersion a été une expérience particulièrement instructive. Elle nous a permis d’apprendre, de découvrir des réalités du terrain et de mieux comprendre certaines missions de ceux qui sont engagés dans la défense et la sécurité du pays.
Selon les informations qui nous ont été communiquées, une prochaine immersion est prévue l’année prochaine. Personnellement, je souhaiterais même que ce type d’initiative puisse être organisé plus régulièrement, pourquoi pas chaque semestre, afin de permettre à un plus grand nombre de professionnels d’en bénéficier.
Je suis convaincu que ces expériences peuvent contribuer à renforcer progressivement une presse nationale davantage engagée, professionnelle et consciente de sa responsabilité dans la construction du Burkina Faso.
Peut-on compter sur les différentes immersions patriotiques du pays pour faire changer les mentalités ?
Affirmatif. Je pense que les immersions patriotiques peuvent contribuer à faire évoluer les mentalités, parce qu’elles permettent de rapprocher les citoyens des réalités du pays et de créer un dialogue direct avec ceux qui sont engagés sur le terrain.
Mais, une immersion, à elle seule, ne peut pas tout changer. Elle doit s’inscrire dans une démarche plus globale d’éducation au civisme, au patriotisme, à la responsabilité et au vivre-ensemble.
Pour ma part, je reste convaincu que le journaliste burkinabè est profondément attaché à son pays. Dans le contexte actuel, ce dont nous avons besoin, c’est de renforcer cet engagement et de faire en sorte que chacun puisse mettre son savoir-faire au service de l’intérêt général.
Le Burkina Faso a besoin de tous ses fils et de toutes ses filles. Et chacun, dans son domaine, peut contribuer à sa manière à la reconquête et à la construction de la Nation.
Entretien réalisé par Françoise Tougry


