Restituer exactement les propos de chaque personne, d’une langue à une autre, sans les modifier, les résumer ni ajouter son opinion tout en maîtrisant les termes juridiques, c’est le rôle que joue efficacement, Colette Sawadogo. Elle est interprète judiciaire au Tribunal de grande instance (TGI) de Kaya.
Une interprète judiciaire est une professionnelle qui traduit oralement les propos d’une personne d’une langue à une autre dans le cadre d’une procédure judiciaire : au tribunal, devant un juge, un procureur, un avocat ou les services d’enquête.
Lors des audiences foraines portant sur des dossiers de mutilations génitales féminines à Boussouma du 26 au 28 octobre 2026, Colette Sawadogo nous a impressionnés. En seulement deux ans d’expériences sur le terrain, elle sort déjà du lot.
Colette Sawadogo est issue de la première promotion des interprètes judiciaires en 2022. Elle y est entrée grâce à un concours direct, niveau BAC.
Après son succès au concours, elle fait la formation deux ans à l’Ecole nationale de la magistrature (ENAM), à Ouagadougou avant d’être affectée au TGI de Kaya.

Aujourd’hui, fière de son métier, elle rappelle que cette passion est née plusieurs années, auparavant.
《 À l’église, souvent, on nous appelait pour interpréter. Quand on a vu le nom du concours en 2022, vu que j’avais la passion, j’ai dit que si je gagne ce concours, ça va m’arranger car je m’exercais déjà à l’église》, déclare-t-elle.
Il est difficile, d’évoluer dans ce métier, et de ne pas éprouver de la compassion pour certains accusés. Ce que Colette Sawadogo reconnaît car selon elle, en tant qu’être humain, il faut assumer ses sentiments dans le silence tout en respectant la déontologie du métier.
《 Il faut être impartial. Il ne faut pas avoir pitié de quelqu’un pour ne pas bien l’interpréter. Par exemple, quelqu’un vient et tu as pitié de la personne. Ce que la personne va dire, toi aussi tu vas essayer de modifier, de rendre ça au juge. Ce n’est pas intéressant, ce n’est pas bien. C’est interdit. Donc il faut rendre fidèlement ce que le détenu va dire 》, clarifie t-elle.
Colette Sawadogo dit avoir été fortement marquée par les audiences foraines portant sur les dossiers de mutilations génitales féminines parce que plusieurs femmes y sont impliquées.
Avec tout ce qu’elle peut ressentir pour les mis en cause, Colette reste imperturbable et insiste sur un fait : il faut rester impartial et rendre fidèlement les dires, afin de faciliter le bon déroulement d’un procès.
Abdoulaye Ouédraogo



