Tout allait bien pour Prisca Kafando Bado jusqu’au jour où tout a basculé, un cancer du sein. Survivante de cette maladie, aujourd’hui, elle est pleinement, engagée dans la sensibilisation à travers l’Association Zéro Cancer Féminin. Également secrétaire dans une entreprise de BTP, cette brave dame a choisi de faire de son combat, une source d’espoir pour les autres femmes. Entre épreuves physiques et émotionnelles, soutien familial et résilience, elle témoigne d’un parcours qui lui a appris à regarder la vie, autrement. À travers votre media Queen Mafa Tv, elle livre un message fort : le dépistage précoce, l’accompagnement des proches et l’accès aux soins sont essentiels dans la lutte contre le cancer.
A quoi vous fait penser, le mot cancer ?
Prisca Kafando Bado : Quand j’entendais le mot cancer avant, je pensais à la mort. Mais, ayant traversé cette maladie, je peux dire que le cancer aussi, c’est un renouveau. Parce qu’on a une seconde chance quand on sort de cette maladie.
On va traverser cette preuve ensemble
Comment avez-vous annoncé cette nouvelle à votre conjoint ?
Prisca Kafando Bado : On est allé chercher les résultats ensemble à la clinique Sandof. Donc, automatiquement, par curiosité, j’ai ouvert l’enveloppe et j’ai regardé. J’ai vu au niveau de la conclusion qu’on a mis carcinome, quelque chose comme ça.
Rapidement, j’ai pris mon téléphone pour chercher sur google et j’ai compris que c’était un cancer. Il était avec moi et on ne s’est pas parlé jusqu’à ce qu’on arrive à la maison. C’est quand on est arrivé à la maison qu’il a commencé à m’encourager : «Ne t’inquiète pas! Ça va bien se passer. On va traverser cette preuve ensemble. Je serai toujours là pour te soutenir ».
Donc, on l’a accepté ensemble et on a traversé ensemble. C’était un élément très important pour moi parce que, de la chirurgie jusqu’à la radiothérapie, il a toujours été là. Pendant l’intervention, il était là. A chaque séance de chimio, il était là. La radiothérapie, je l’ai faite à Abidjan. Mais, il a tout fait pour venir avant que je ne commence les séances.
Une fois, après ma première chimio, j’étais un peu malade parce qu’on m’avait demandé de faire une injection de filgrastim et je me suis sentie très mal. Ce jour-là, j’ai compris que lui aussi, il vivait la maladie avec moi parce qu’il s’est levé précipitamment pour me dire : « Allons aux urgences ! Tu ne peux pas rester à la maison dans cette souffrance. Allons aux urgences parce que je ne veux pas te voir comme ça! ». Ça m’a touchée énormément.
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Vos enfants ont-ils souffert avec vous ?
Prisca Kafando Bado : Les enfants ont beaucoup souffert avec moi surtout, les filles les deux grandes. La deuxième m’a dit que, quand elle était à la maison, elle fait tout pour que je sois contente. Mais, quand elle va à l’école, elle pleurait en classe.
La première, elle, elle faisait tout pour me mettre à l’aise. Elle était toujours au petit soin comme c’est la plus grande. Dès que j’ai besoin de quelque chose, automatiquement, elle est là. Même si je lui demande de rester avec moi, ne pas aller au cours, elle est disponible. Elle dit : maman, tu passes avant l’école.
Que diriez-vous à vos enfants concernant cette maladie ?
Prisca Kafando Bado : Je leur dirai de se faire dépister continuellement, périodiquement et dès qu’il y a quelque chose, de ne pas s’inquiéter, de suivre les recommandations des médecins pour avoir des meilleurs soins.
Je leur dirai aussi de ne pas avoir peur et d’avoir la foi parce que souvent, Dieu nous fait traverser des épreuves pour voir comment on va se relever.
A quel moment, avez-vous décidé de garder le cap?
Prisca Kafando Bado : Dès le début, je ne me suis pas vue comme une malade parce que j’ai décidé de me battre pour mes enfants. Je ne me suis pas laissée aller. Je n’ai pas laissé la maladie aller au-delà de moi. J’ai montré à la maladie que moi aussi, je suis bien entourée et que je pouvais la combattre. Et je l’ai combattue.
Une partie de votre corps que vous avez eu du mal à accepter après la chirurgie ?
Prisca Kafando Bado : La perte du sein. Ça été très difficile à accepter. Non pas parce que j’ai perdu le sein. Mais, parce que je ne me sentais plus à l’aise avec un seul sein, je sentais un déséquilibre en moi. J’ai même demandé au médecin d’enlever le deuxième sein pour que je sois à l’aise. Mais le médecin n’a pas accepté. Il m’a proposé de faire une reconstruction mammaire et c’est ce que j’ai fait.
J’ai une seconde chance de vie et j’en profite au maximum
Quel regard portez-vous sur votre cicatrice ?
Prisca Kafando Bado : Je regarde la cicatrice comme une bataille que j’ai gagnée parce qu’elle me montre que j’ai traversé des moments difficiles. Aujourd’hui, j’ai pu me relever de ces moments et je continue ma vie. Actuellement, je me sens plus belle qu’avant parce que le seigneur m’a donné une seconde chance de vie et j’en profite au maximum.
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Qu’est-ce que le cancer vous a appris ?
Prisca Kafando Bado : Le cancer m’a appris à être une personne nouvelle parce que je vois la vie autrement. Je vais à l’essentiel, sur ce qui est important. Je ne m’attarde plus sur les choses inutiles. Je pars vers ceux qui m’aiment et je continue ma vie, tranquillement.
Que diriez-vous à une femme nouvellement atteinte du cancer ?
Prisca Kafando Bado : Je dirais à cette dernière de ne pas avoir peur. Déjà d’avoir la foi, prier beaucoup et se donner toutes les chances de pouvoir vaincre la maladie en faisant tout ce que les médecins lui demandent de faire comme soins, en respectant tout ce qu’on lui dit. Si elle a besoin d’une oreille attentive, elle peut se tourner vers nous pour ça.
Quels sont les comportements à adopter pour guérir du cancer ?
Prisca Kafando Bado : C’est déjà de se faire dépister tôt, avoir les moyens financiers nécessaires pour se prendre en charge et faire les soins. Les proches jouent un rôle important dans cette épreuve parce que c’est eux qui sont là pour vous accompagner tout au long de la maladie, tout au long de vos séances, de vos soins, de vos cures. C’est grâce à leur encouragement qu’on trouve aussi la force de vouloir se relever de cette maladie-là.
J’ai perdu cet emploi à cause de ma maladie
Comment cette maladie a impacté votre parcours professionnel ?
Prisca Kafando Bado : J’avais un boulot que j’ai perdu malheureusement, parce que je suis tombée malade. Deux semaines avant de savoir que j’avais la maladie, j’avais eu un poste et je m’apprêtais à aller signer les contrats. C’est en ce moment j’ai su que j’avais la maladie. J’ai préféré prévenir mon nouvel employeur que j’avais le cancer.
Donc, j’ai compris que c’était à cause de la maladie, il a commencé à m’inventer une histoire comme quoi, ils sont en train de diminuer les effectifs de son entreprise. Donc, j’ai perdu cet emploi comme ça. J’ai fait mes traitements tranquillement. Puis, Dieu m’a fait grâce. Quand j’ai fini ma radiothérapie, j’ai pu avoir un nouvel emploi. Et ce nouvel employeur m’a accepté avec la maladie.
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De quoi, a-t-on, le plus besoin, une fois atteinte du cancer ?
Prisca Kafando Bado : Déjà, quand on nous annonce la maladie, on a besoin d’être bien entouré. Si on a le soutien, de part et d’autre, je pense que ça peut bien se passer. Ensuite, il faut aussi avoir les moyens financiers pour pouvoir se soigner.
Qu’est-ce que vous ne saviez pas sur le cancer, avant d’en être une victime ?
Prisca Kafando Bado : Avant, je n’entendais pas beaucoup parler du cancer surtout, ici au Burkina. Je pensais que le cancer était une maladie de blancs. Je ne voyais ça qu’à la télé et sur les réseaux sociaux.
Mais, quand j’ai traversé la maladie, j’ai compris qu’il fallait qu’on en parle beaucoup plus. Voilà pourquoi, à visage découvert, je suis toujours disponible à parler de cette maladie, parce que j’ai rencontré beaucoup de femmes quand je suis tombée malade, qui ont traversé la maladie et qui m’ont beaucoup épaulée.
Donc, si on a une oreille attentive, on ne baisse pas les bras. On sait qu’il y a toujours des gens à côté qui nous aident à nous relever quand on veut sombrer.
« Que nos gouvernants essaient de voir la gratuité de la chimiothérapie »
Un dernier mot ?
Prisca Kafando Bado : Ce que je souhaite le plus, c’est que nos gouvernants essaient de voir ce qu’ils peuvent encore, par rapport, à la gratuité de la chimiothérapie. Beaucoup de femmes n’arrivent pas à se soigner par manque de moyens. Si on pouvait avoir des centres adaptés à cette maladie, ça va beaucoup soulager les femmes.
Je remercie Queen Mafa de m’avoir choisie pour ce témoignage et j’espère que dans les années à venir les lignes vont bouger pour tous les malades du cancer.
Françoise Tougry
Abdoulaye Ouédraogo



