Les violences basées sur le genre (VBG) en milieu scolaire demeurent une réalité préoccupante dans la région du Nakambé.
C’est ce qu’a révélé une étude de recherche et de plaidoyer menée par le mouvement Femin-In, en collaboration avec le laboratoire genre de l’Université Joseph Ki-Zerbo.
Les résultats de ladite étude ont été présentés lors d’un atelier tenu ce 18 mars 2026 à Ouagadougou, en présence des ministères, d’acteurs de la société civile et des partenaires techniques et financiers.
Initiée par le mouvement Citoyen Femin-In dans le cadre de leur projet de recherche et de plaidoyer, l’étude a mis à nu la triste réalité vécue par les jeunes filles et jeunes femmes scolarisées dans la région du Nakambé.
Lors de la présentation des résultats, le Dr Daniel Nabié a noté une prévalence élevée des violences chez les filles scolarisées.
L’étude, intitulée « Violences basées sur le genre en milieu scolaire », a porté sur 1 184 filles, dont 40 % sont âgées de 6 à 16 ans. Les résultats indiquent que 77,9 % des filles enquêtées ont été victimes d’au moins une forme de violence basée sur le genre.
Les violences les plus fréquemment rapportées sont les violences verbales (78,3 %), les violences physiques (62,6 %), suivies des violences psychologiques (35,7 %) et des violences sexuelles (6,4 %).

Ces violences sont perpétrées principalement par des camarades garçons des élèves, mais également par des enseignants, notamment à travers des faits de harcèlement sexuel.
Selon l’étude, les violences surviennent dans divers espaces liés à la vie scolaire. Les chemins de l’école, les enceintes des établissements (cours de récréation, toilettes, espaces sportifs), ainsi que les activités parascolaires comme les kermesses figurent parmi les principaux lieux de production des VBG, sans oublier l’environnement immédiat des écoles. Un impact direct sur le parcours scolaire filles.
Au-delà du constat, l’étude met en évidence les conséquences des violences sur la scolarité des filles.
Plus de 40 % des filles enquêtées ont déjà redoublé au moins une classe, tandis que 31,9 % déclarent une baisse de leurs notes. Les violences ont également un impact sur les ambitions scolaires, avec une proportion importante de filles déclarant une démotivation ou une perte d’aspiration éducative.
Pour Dr Daniel Nabié, enseignant-chercheur et membre du laboratoire genre, ces résultats confirment l’ampleur du phénomène. « Nous avons adopté une approche méthodologique mixte, qualitative et quantitative, afin de mesurer l’ampleur des violences et d’en comprendre les causes profondes.
Les résultats montrent clairement que les violences basées sur le genre affectent durablement le parcours scolaire et les ambitions des filles », explique-t-il.
Loin de se limiter qu’à ces conséquences, l’étude révelé également l’existence de violences communautaires et familiales, liées à des normes socioculturelles discriminatoires, notamment la priorisation de l’éducation des garçons au détriment des filles.
Ces pratiques contribuent à la déscolarisation, aux grossesses en milieu scolaire et aux mariages précoces, autant de facteurs compromettant l’avenir éducatif des jeunes filles. « Le moment n’est plus au questionnement mais à l’action.
Les autorités doivent prendre ce phénomène à bras-le-corps pour permettre aux filles de poursuivre sereinement leurs études », a plaidé Dr Daniel Nabié.
À travers cette étude, le mouvement Femin-In entend aller au-delà du diagnostic car selon Yacine Yattara, chargé de projet, l’objectif est de transformer les résultats en décisions concrètes. « Après la restitution, nous avons organisé cette table ronde avec les décideurs, le ministère, les bailleurs de fonds et les partenaires afin de susciter des engagements politiques et financiers pour lutter efficacement contre les violences faites aux filles et aux femmes », a-t-elle notifié.

Les organisations de la société civile partenaires saluent également l’initiative.
Pour Étienne Koula, responsable plaidoyer à SOS Jeunesse et Défis, l’étude constitue un outil stratégique. « Ces résultats vont nous permettre de renforcer nos actions de sensibilisation, de plaidoyer et de protection des survivantes », a-t-il indiqué.
Aussi, a-t-il pris la résolution qu’avec son organisation, les résultats issues de cette étude seront vulgarisés.
Les participants à l’atelier ont convenu de la nécessité de valider un plan d’action budgétisé, afin de faire de la lutte contre les violences basées sur le genre en milieu scolaire une priorité politique et financière.
Fabrice Sandwidi/Queenmafa.net


