La grossesse censée être une étape de bonheur et de soutien mutuel dans le couple, devient souvent une période de distanciation, voire de rejet de la part du conjoint. Certains le font inconsciemment. D’autres aussi pensent que la grossesse est une étape qui concerne uniquement la femme. L’homme ne peut rien faire pour l’accompagner car c’est elle qui porte le fœtus. Au final, la femme se retrouve à vivre seule cette étape et à subir une pression émotionnelle et des frustrations.
Les changements physiques, les bouleversements hormonaux et les inquiétudes liées à l’accouchement font que plusieurs femmes enceintes ressentent un grand besoin de soutien et de présence de la part de leur conjoint. Mais, dans beaucoup de foyers, la réalité est toute autre.
Par manque de communication, par ignorance ou simplement parce qu’ils ne savent pas comment accompagner leur partenaire, certains hommes prennent leurs distances durant la grossesse. Résultat : plusieurs futures mamans vivent leur grossesse avec un sentiment d’abandon, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une première expérience. Nous avons donc recueilli l’avis des femmes sur le sujet.
« J’avais surtout, besoin que mon mari soit présent et qu’il me rassure avec des mots doux. Mais, j’ai senti que plus mon ventre grossissait, plus il s’éloignait de moi », témoigne Inès Zida.
La même situation est constatée chez Aminata Ouattara, une jeune mère qui dit avoir vécu sa grossesse, toute seule. « A chaque fois que je réclamais l’attention de mon mari, il me disait que depuis que je suis enceinte, je suis trop capricieuse. A un moment donné, il rentrait tard pour s’assurer qu’à son retour, je sois déjà endormie pour ne pas le déranger », dit-elle.
Mariam Daboné, elle, a également vécue une expérience similaire. « À ma première grossesse, je pensais que ça allait être comme les couples qui sortent marcher, faire du sport main dans la main, aller aux consultations prénatales ensemble. Mais, à ma grande surprise, mon mari me disait que j’aimais trop me plaindre, même pour un massage, je dois négocier », explique la jeune mère.
Pour Sanata Zongo, une femme du troisième âge, la présence du père est très importante pour la femme enceinte. « De mon expérience, j’ai vu que s’il y a trop de disputes pendant la grossesse, l’enfant sera plus tard soit très turbulent, soit triste. Il ne se comprend pas lui-même. Alors que la femme enceinte qui est en paix avec son mari sera accomplie en plus d’avoir des enfants heureux », lance-t-elle.
La vision des hommes
Après les femmes, nous sommes allés à la rencontre des hommes pour comprendre cette distance occasionnée par la grossesse.
Le premier interrogé, Pascal Ouédraogo semble être de la team féodale. Pour lui, la grossesse concerne seulement les femmes car ce sont elles qui portent les enfants et pas les hommes.
Pour son collègue Ali Kaboré, c’est une autre pensée. « Je ne savais pas qu’on devait aider sa femme enceinte. Pour moi, mon rôle, c’est de rapporter de l’argent pour qu’elle ne manque de rien. C’est comme ça que Dieu a partagé les rôles dans le couple », nous explique-t-il.
Un autre homme Alain Soré dit ne pas savoir quoi faire pour aider sa femme. Mais, si elle lui demande quelque chose, il est à son service.
Face à ces expériences vécues aussi bien par les femmes que par les hommes, l’avis d’un spécialiste permet de mieux comprendre les enjeux psychologiques liés à cette période pour le couple.
Pour la psychologue Kadidja Dramé, la distance du conjoint lors de la grossesse s’explique par les changements de comportement chez certaines femmes enceintes. Ces comportements peuvent déstabiliser les hommes, qui ne savent pas toujours comment réagir d’où la nécessité, de sensibiliser les couples sur cette question. « Ce sont les changements de comportements de la femme qui font que l’homme ne comprend pas grand-chose. Mais, il est essentiel pour les hommes d’être en alerte sur le sujet pour pouvoir accompagner la femme », dit-elle.

Alors que plusieurs femmes témoignent d’un manque d’attention et de soutien pendant leur grossesse, la spécialiste insiste sur l’importance de l’accompagnement émotionnel du conjoint.
Pour elle, la grossesse est une période durant laquelle, la femme a particulièrement besoin d’apaisement et de stabilité émotionnelle. L’homme a le devoir de comprendre et d’accompagner sa partenaire car l’objectif commun du couple est le bien-être de l’enfant. Les conditions psychologiques sont parfois, plus importantes que les conditions physiologiques.
« La femme est de nature sensible et la présence bienveillante du père permet à l’enfant de venir dans de bonnes conditions, parce que l’enfant partage les émotions et les humeurs de sa mère depuis le ventre », ajoute-t-elle.
Contrairement à ce que pensent certains hommes, l’accompagnement ne se limite pas aux consultations prénatales. Il passe aussi par l’attention, les compliments, les paroles rassurantes et la disponibilité émotionnelle. Elle confie que c’est une richesse immatérielle qui mérite d’être développée en Afrique, surtout au Burkina Faso.
Elle termine en lançant un appel aux couples. « Je conseille aux couples d’apprendre à se former pour pouvoir être efficaces, pour pouvoir s’accompagner. Parce que c’est ça qui va créer des familles équilibrées, qui à leur tour vont créer un Burkina équilibré. Parce que la cellule qu’est la famille est la cellule élémentaire de la société et si la cellule élémentaire se porte bien, la société aussi se portera bien », rassure-t-elle.
Les hommes sont donc, invités à faire preuve de compréhension et d’empathie à l’égard de leur conjointe, à les soutenir durant cette étape cruciale de la vie de couple.
Latyfah Sawadogo/Queenmafa.net


