Avec 124 cas recensés depuis 1950, dont plus de la moitié depuis 2000, l’organisme Femmes autochtones du Québec tire la sonnette d’alarme et appelle à une mobilisation urgente.
Au Québec, l’organisme Femmes autochtones du Québec (FAQ) a dévoilé une cartographie bouleversante recensant 124 femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones disparues ou assassinées entre 1950 et 2026. Plus de 50 % de ces cas ont été enregistrés depuis l’an 2000, preuve que ce fléau est loin d’appartenir au passé. « Derrière chaque donnée, il y a des familles et des communautés en détresse », a rappelé Marjolaine Étienne, présidente de FAQ, en présentant ce projet mené sur trois ans avec l’appui de l’UQO et du Foyer pour femmes autochtones du Québec.
La carte révèle une concentration des disparitions dans le sud du Québec, notamment à Montréal, en Outaouais, au Nunavik et en Montérégie. Les victimes sont majoritairement des jeunes femmes de 18 à 39 ans, souvent tuées dans un contexte de violence conjugale ou familiale. Sur les 124 cas recensés, 96 concernent des femmes assassinées et 14 disparues jamais retrouvées.

Au-delà des chiffres, cette cartographie est conçue comme un outil de mémoire et de mobilisation. Elle illustre des vies brisées et rappelle l’urgence d’agir face à une violence systémique qui touche encore aujourd’hui les communautés autochtones. Les limites administratives et structurelles compliquent la documentation complète, mais environ 220 parcours de vie ont pu être honorés grâce à ce travail.
Pierre Simard, directeur de l’Association des directeurs de police des Premières Nations et Inuit du Québec, a souligné que plus de 2500 dossiers liés à la violence ont été ouverts en 2024, un chiffre probablement sous-estimé en raison des difficultés de dénonciation dans les communautés.

Des témoignages poignants, comme celui de Bridget Tolley de Kitigan Zibi, ont marqué la présentation. « On a besoin de justice, qu’on rende des comptes à nos familles pour qu’elles puissent commencer à guérir », a-t-elle déclaré, rappelant l’attente de plus de 25 ans pour voir ce travail de mémoire aboutir.
Ce projet, financé en partie par le gouvernement fédéral, met en lumière des causes systémiques profondes et rappelle le rôle essentiel des femmes dans la transmission culturelle et linguistique. « Si on protège les femmes, on protège les enfants. Si on protège les enfants, on protège nos collectivités », a insisté Marjolaine Étienne.
Elisabeth KOAMA (Stagiaire)


