La chevelure est un élément initiatique sacré. Ce n’est pas juste une touffe qu’on porte sur la tête. Cette précision est de Sonkogl Naaba Kaongo qui a animé un panel lors de la première édition du festival Afro Renai-science. Pour lui, il était important de clarifier la thématique de la chevelure pour que chacun puisse comprendre que l’Afrique a des valeurs culturelles qui doivent être pérennisées.
Votre intervention a porté spécifiquement sur la chevelure. Que peut-on retenir ?
La chevelure est l’ensemble des cheveux d’une personne, qu’ils soient longs ou courts. La chevelure n’a aucun sens si celui ou celle qui la porte ignore tout, de son origine et de ses enjeux. Par conséquent, les populations resteront des filles, des femmes et des hommes totalement désemparés, qui n’auront pas cette fierté de porter des cheveux noirs ou d’avoir des racines noires.
Je précise que la chevelure a un lien direct avec la culture. Quand on aime sa culture, on aime sa chevelure et on aime également sa peau. C’est ce que nous avons essayé de démontrer scientifiquement, pendant le panel pour mettre à nu, le complexe instauré par les civilisations occidentales.
Que représentent les cheveux pour la femme ?
Les cheveux de la femme représentent sa liberté, son ancrage sur le plan culturel, son intelligence, sa féminité et sa compréhension de l’univers. Ils peuvent être un symbole de séduction et de beauté.
Par exemple, on ne coupe pas les feuilles d’un arbre, n’importe comment. Il y a un jour spécifique pour ça étant donné qu’il y a des connexions cosmiques. C’est également la même chose pour les cheveux. Porter les cheveux ne se résume pas à un élément esthétique. Il devient une sensibilité profondément, sacrée.
Aujourd’hui, porter des cheveux n’a plus le même sens que dans le passé. Quel est votre regard, à ce sujet ?
Porter des cheveux peut avoir des aspects positifs tout comme, être rasé n’a pas forcément une plus-value chez tout le monde puisqu’on ne conçoit pas l’importance des cheveux, de la même manière. Par exemple, chez nous au Burkina Faso, le Naabiga a sa coiffure, propre à lui. Le poèga et le tan-soba ont, eux aussi, leur coiffure.
Au temps colonial, il y avait une doctrine, je pense, en 1785 où il était interdit aux femmes noires de garder leurs cheveux. Cela était visible dans leur quotidien, jusque dans les plantations où elles travaillaient. Porter ses cheveux voulait dire que la personne avait toujours son appartenance ethnique et sa représentation sociale.
Donc, laisser l’homme noir avec cette chevelure voulait dire qu’il avait déjà un identifiant sur lequel, il pouvait mener une révolution. Les maîtres avaient bien compris cela. Voilà pourquoi, ils avaient jugé primordial de raser la tête de ceux qui étaient à leur service pour qu’il n’y ait pas une tentative de révolution. Ils voulaient que l’homme noir reste à sa place, celui de l’esclave. Vous voyez qu’en passant par les cheveux, on arrive facilement à déclassifier la culture d’un peuple.
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Comment selon vous, peut-on anéantir ces complexes et valoriser nos cheveux ?
Ces complexes ont été installé dans notre éducation avec des objectifs bien précis. On le voit, aujourd’hui, on accepte une femme qui a des faux cheveux à l’école. Mais, on refuse un jeune homme qui porte des locks qui sont naturels. Quel contraste ! Il va falloir travailler davantage à ce que les gens s’acceptent et s’aiment tels qu’ils sont.
Je vous présente mon cas particulier pour que vous puissiez comprendre. Je suis un Naaba et la plupart du temps, j’ai toujours des cheveux courts. En fait, c’est une représentation sociale de notre culture, une appropriation de la royauté.
Chez nous, c’est une question d’hiérarchie et une place spécifique est accordée à chacun et tout le monde la respecte. J’ajoute aussi qu’être chauve n’est pas une malédiction.

Les cheveux pourrissent-ils ?
Non. Les cheveux ne pourrissent jamais. Ils demeurent dans l’éternité et constituent un renouvellement de cycle. Quand on les coupe, ils repoussent. Mon combat actuel, c’est contre les mèches qui donnent le cancer et profitent aux industries, au détriment de la santé de nos populations.
Les cheveux sont une faveur divine que dieu nous a donnés pour protéger notre tête. Avec le soleil en Afrique, vous voyez qu’on arrive à supporter. Quand vous regardez les cheveux, ils ont la forme d’un ADN. On ne doit pas dire cheveux crépus. Mais, cheveux en spirales.
Vous avez dit qu’on peut faire des études de mathématiques sur nos têtes. Comment expliquez-vous cela ?
C’est vrai. Les coiffures comportent des figures de symétrie, de géométrie, d’arithmétique… On a la preuve avec les coiffeurs et coiffeuses qui utilisent la théorie de l’ADN. Pour faire des modèles, ils utilisent une logique suivie de formes et de calculs pour les longueurs, les tailles, les dessins…
Comment voyez-vous, le monde actuel de la jeunesse ?
Je n’en veux pas à notre génération car elle est le fruit de l’éducation qu’elle a reçue. Les jeunes ne font que reproduire ce qu’ils constatent chez les adultes. Vous voyez ! Les femmes se promènent avec des mèches sur la tête. On les critique. Mais, on sait que les hommes aiment ça. Ils admirent ces coiffures. C’est pourquoi, quand certains hommes deviennent riches, ils s’en vont chercher les femmes qui portent les mèches (rires).
Que pensez-vous de la suspension temporaire des concours de beauté par le ministère en charge de la culture ?
Regardez ! Dans nos compétitions de Miss, c’est tout ce qui n’est pas africain qui est majoritairement représenté, valorisé et même primé. Donc, nous saluons la décision du ministère de la culture qui a bien fait d’annuler ces évènements qui endoctrinent les mentalités sur le plan civilisationnel. Donc, vous comprenez que chaque femme, qui estime que la perfection est blanche ou arabe, va tout faire pour imiter leur comportement.
Tant qu’on ne reviendra pas à nos sources, la femme africaine va toujours penser, sur le plan éducatif et familial qu’elle n’est pas une femme « complète » parce qu’elle ne ressemble pas aux femmes occidentales. Malheureusement, c’est quelque chose qui a été installé depuis longtemps, dans les esprits. Mais, nous essayons de démystifier ces idées afin que la femme noire puisse se positionner au centre du monde, de la vie. Elle, qui est la première dans cette humanité.
Entretien réalisé par Francoise Tougry


