Les règles douloureuses : Une souffrance invisible qui mérite d’être entendue

Les menstruations, très souvent appelées règles, sont un phénomène biologique naturel qui fait partie du cycle menstruel de la femme. Si certaines traversent ces périodes sans difficultés particulières, d’autres vivent chaque mois des douleurs parfois insupportables. Étudiante en deuxième année, Marie-Florentine Tougouma (nom d‘emprunt) souffre de ces douleurs depuis l’apparition de ses premières règles perturbant profondément son quotidien. Pour elle, les règles ne se résument pas à un simple écoulement sanguin, elles relèvent d’une souffrance intense qui affecte aussi bien sa santé, ses études de même que son bien-être. Marie-Florentine affirme que cette douleur est trop souvent minimisée ou réduite à une simple conséquence de la féminité.

Marie-Florentine avait 13 ans lorsqu’elle a eu ses premières règles. Ce jour-là, elle n’avait aucune idée de ce qui allait arriver. Elle ressentait déjà des douleurs au bas-ventre, sans imaginer qu’elles annonçaient le début de sa vie menstruelle. « C’est arrivé sans que je m’en rende compte. J’avais mal au bas-ventre et, en allant aux toilettes, je me suis rendue compte que j’étais tachée », se souvient-elle.

Comparativement à la plupart des adolescentes, Marie-Florentine n’a pas été prise au dépourvu. Grâce à ses grandes sœurs et à sa mère, les règles n’étaient pas un sujet tabou dans sa famille. Elle savait donc de quoi il s’agissait. « Je n’ai pas eu peur. J’étais surtout intriguée, d’autant plus que je n’étais pas à la maison. Sur le moment, j’étais étonnée et un peu désorientée », raconte-t-elle.

Mais, sur le champ, ce ne sont pas les règles elles-mêmes qui l’ont le plus marquée Mais, la douleur qui les accompagnait. « Ce qui m’effrayait le plus, c’était la douleur. Pour une jeune fille de 13 ans, ce n’est pas du tout facile de supporter une telle souffrance. » Déclare-t-elle.

Depuis ces premières douleurs, chaque période menstruelle est devenue pour elle une épreuve qu’elle continue d’affronter aujourd’hui, une douleur impossible à décrire. Lorsqu’elle évoque ce qu’elle ressent pendant ses règles, Marie-Florentine peine à trouver les mots. « Il est difficile de décrire cette douleur. Elle est insupportable, presque inexplicable. À certains moments, j’ai l’impression qu’il n’existe pas de douleur plus forte que celle que je ressens pendant mes règles », dit-t-elle. Cette douleur est présente depuis ses premières règles et, malgré les années, son intensité n’a pas diminué.

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 Des études et une vie sociale, entre parenthèses

À chaque cycle menstruel, la jeune étudiante voit son quotidien complètement bouleversé. Les douleurs affectent toutes ses activités. Pendant ces périodes, les douleurs perturbent son sommeil, la privent de ses activités de loisirs et l’empêchent d’assister aux cours.  « Lorsque j’ai mes règles, je ne peux pas sortir. La douleur est tellement forte que je n’arrive pas à bouger, ni à assister aux cours », explique-t-elle.

Pour Marie-Florentine, cette réalité est devenue une routine aux moments de ses menstrues, une douleur qu’elle subit chaque mois sans véritable solution.

Des traitements sans véritables succès

Face à cette souffrance qu’elle endure chaque mois, elle a consulté mainte fois, des professionnels de santé et suivi plusieurs traitements Cependant, aucun n’a réellement résolu son problème. « J’ai suivi plusieurs traitements qui n’ont pas réglé le problème. Aujourd’hui, je supporte simplement la douleur jusqu’à la fin de mes règles », confie-t-elle.

Les tabous pèsent sur les filles

Avoir des règles douloureuses est encore une souffrance très banalisée. Au-delà de la douleur physique qu’elle ressent, la jeune étudiante déplore le regard que la société porte sur les règles douloureuses. Selon elle, beaucoup continuent de considérer cette souffrance comme une étape normale de la vie des femmes. « On nous dit très souvent : « Tu es une femme, c’est normal. » Entendre de telles phrases, est extrêmement révoltant. Les gens minimisent notre douleur, et c’est très frustrant. Cela donne l’impression que notre souffrance n’a aucune importance », déclare-t-elle.

Elle estime que cette banalisation empêche de nombreuses femmes d’être écoutées et correctement accompagnées.  

Pour Marie, les préjugés autour des menstruations contribuent à alimenter le silence. « Tant que les règles resteront un sujet tabou, beaucoup de femmes n’oseront pas parler librement de leurs difficultés », affirme-t-elle.

Si elle reconnaît que son moral est affecté pendant cette période, elle précise que cela ne remet pas en cause sa confiance en elle. Elle dit n’avoir jamais eu honte de parler de ses règles car elle estime qu’il s’agit d’un phénomène naturel qui mérite d’être abordé sans gêne.

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Les règles douloureuses doivent enfin être prises au sérieux

Au regard de tout ce qu’elle vit durant ses périodes menstruels, Marie-Florentine souhaite que les règles douloureuses soient davantage reconnues, prises en charge comme un véritable problème de santé et non pas comme une douleur normale que les femmes doivent subir chaque fois. Elle appelle à une meilleure sensibilisation, afin de briser les tabous autour des règles et à un accompagnement plus adapté des femmes concernées.

Elle plaide également pour la mise en place d’un congé menstruel destiné aux élèves, aux étudiantes, aux travailleuses et à toutes les femmes qui souffrent particulièrement de douleurs pendant leurs règles. « Nous n’avons pas toutes la même capacité à supporter la douleur. Ce n’est pas parce que certaines personnes ne ressentent pas ce que nous vivons qu’elles doivent minimiser notre souffrance et réduire notre douleur à la féminité. Ce sujet doit être pris au sérieux », conclut-elle.

Augustine Sawadogo stagiaire

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