Mariage publié sur facebook, un média a-t-il le droit d’en parler et de critiquer ? : L’analyse de Abasse Balima

Lorsqu’une personnalité publique se marie et décide de publier elle-même sur les réseaux sociaux des photos et vidéos de son mariage, ou que celles-ci sont diffusées avec son accord par des personnes de son entourage, une question importante se pose : jusqu’où ces contenus relèvent-ils encore de la sphère privée ? Une émission télévisée décide d’en parler. Au cours des échanges, des chroniqueurs analysent l’événement et donnent leurs avis, notamment sur certains éléments visibles sur les images publiées. La personne concernée estime alors que son mariage relève de sa vie privée et demande la suppression de l’émission. Le média, de son côté, n’obtempère pas, enfin, pour le moment.  Alors, qui a raison ? Qui a tort ? Et surtout, où se situe la limite entre vie privée, exposition volontaire sur les réseaux sociaux, droit à l’image et liberté d’expression des médias ? Queen Mafa vous partage la réflexion de Abasse Balima, passionné des technologies de l’information et de la communication.

Précisons que notre analyse n’a pas vocation d’être une consultation juridique. Il s’agit surtout d’une occasion de sensibiliser sur les réalités du numérique. Car le cyberespace n’est pas une zone de non-droit. Mais, c’est également un espace qui possède ses propres réalités : publier, partager et rendre accessible, une information peut avoir des conséquences que nous ne mesurons pas toujours au moment de cliquer sur « Publier ».

  1. Le mariage appartient d’abord à la vie personnelle et cela est indéniable.

Se marier est un événement personnel. Être une personnalité publique ne signifie pas renoncer à toute vie privée. Un ministre, un artiste, un entrepreneur, un influenceur ou toute autre personnalité connue conserve des droits sur sa vie privée, son honneur, sa réputation et son image.

  1. La publication des photos et vidéos

Cependant, lorsque vous décidez vous-même de publier les photos et vidéos de votre mariage sur les réseaux sociaux, particulièrement avec une visibilité publique, vous rendez volontairement certains éléments de cet événement accessibles au public. On est d’accord que cela ne signifie pas : « Je renonce à tous mes droits ».

Mais, il devient beaucoup plus difficile de soutenir que l’existence du mariage et tout ce que vous avez vous-même rendu public constituent encore un secret relevant exclusivement de votre intimité.

  1. Facebook n’est pas votre salon

C’est probablement l’enseignement numérique le plus important de cette histoire. Car publier quelque chose publiquement sur un réseau social, c’est accepter qu’il puisse être vu, commenté, partagé et discuté par un nombre potentiellement considérable de personnes.

Une publication « publique » est totalement différente d’une information confidentielle.

  1. Mais attention, publication publique ne veut pas dire, libre de droits. Voilà une confusion fréquente

Une photo accessible publiquement n’est pas nécessairement une photo que n’importe qui peut exploiter de n’importe quelle manière.

Le droit à l’image, le droit d’auteur, la protection de la dignité, de l’honneur et de la réputation continuent d’exister.

Il faut donc distinguer l’accès à une information de la liberté de réutiliser son contenu.

  1. Un média peut-il parler du mariage ?

En principe, oui, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une personnalité publique et que celle-ci a elle-même rendu l’événement public.

Il faut savoir qu’un média peut reprendre une information publiquement accessible, la mettre en perspective et la commenter, sous réserve du respect des règles professionnelles et juridiques applicables.

Dire qu’une personnalité s’est mariée n’est donc pas automatiquement une atteinte à sa vie privée lorsque cette même personne l’a publiquement annoncé.

  1. Maintenant peut-on critiquer la robe de la mariée ?

C’est ici que les choses deviennent intéressantes. Dire : « Je n’aime pas cette robe. » ou « Cette tenue ne correspond pas à nos traditions. » ou « Je trouve ce choix vestimentaire inapproprié pour cette cérémonie. », constitue essentiellement une opinion ou un jugement de valeur.

On peut trouver ces commentaires élégants, sévères, inutiles ou déplacés. Mais juridiquement, une opinion négative n’est pas automatiquement une diffamation.

D’ailleurs si elle avait trouvé la robe magnifique, on aurait la même situation?

  1. Critiquer une tenue et attaquer une personne sont deux choses différentes, à mon avis.

La frontière peut toutefois, être rapidement franchie.  « Je trouve sa robe simplice» est une appréciation portant principalement sur la tenue.

Employer une expression outrageante ou méprisante directement contre la mariée peut relever d’une tout autre analyse.

Lui attribuer un comportement précis susceptible de porter atteinte à son honneur ou à sa réputation peut encore poser une autre question juridique.

Il faut donc examiner les mots exacts employés, leur contexte et la personne visée.

  1. Attention à ne pas tout mélanger entre Opinion, injure et diffamation

Ces notions sont différentes. Une opinion exprime essentiellement une appréciation. Une injure peut notamment prendre la forme d’une expression outrageante, d’un terme de mépris ou d’une invective. La diffamation, quant à elle, repose sur l’allégation ou l’imputation d’un fait précis susceptible de porter atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne.

Dire « je n’aime pas sa tenue » et affirmer un fait grave concernant la moralité de la personne ne se situent donc pas sur le même terrain.

  1. Maintenant, peut-on alors, exiger la suppression de toute l’émission ?

Pour ma part on peut toujours demander un retrait, mais pouvoir juridiquement l’imposer est une autre question.

Si une émission d’une heure comporte quelques minutes de commentaires critiques sur une tenue, demander la suppression de l’intégralité de l’émission pourrait être disproportionné, surtout en l’absence d’injure, de diffamation ou d’atteinte caractérisée à un droit.

Selon les circonstances, le retrait du passage litigieux, une rectification ou un droit de réponse peuvent constituer des réponses beaucoup plus appropriées.

  1. La vraie leçon est aussi numérique : réfléchissez avant de publier

Les réseaux sociaux ont considérablement brouillé la frontière entre vie privée et espace public. Nous voulons parfois simultanément publier notre vie devant des milliers de personnes, recevoir les félicitations et réactions, montrer nos événements personnels,  bénéficier de leur visibilité… tout en souhaitant ensuite, contrôler intégralement les conversations que ces publications provoquent.

Or, dès qu’un contenu est volontairement rendu public, le contrôle que nous exerçons sur sa circulation et sur les réactions qu’il suscite devient nécessairement plus limité.

La bonne question avant de publier n’est donc plus seulement : « Est-ce que j’ai envie de partager cette photo ? » Mais aussi : « Suis-je prêt à ce que des inconnus, des pages Facebook, des blogueurs ou des médias voient, discutent et commentent ce que je m’apprête à rendre public ? »

Être une personnalité publique ne supprime pas le droit à la vie privée.  Publier sa vie privée ne supprime pas le droit à l’image.  Et la liberté de la presse ne supprime pas l’obligation de respecter la dignité et la réputation des personnes.

 

 

 

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